Signer en ligne Le journalisme n’est pas un crime

Dans le monde entier, des journalistes sont arrêtés de façon arbitraire, emprisonnés, torturés ou soumis à d’autres formes d’atteintes à leurs droits. Ils sont envoyés derrière les barreaux ou même tués pour avoir posé des questions gênantes pour les autorités ou pour avoir adopté une position ne correspondant pas aux discours officiels. Que ce soit au Burundi, en Turquie, en Égypte ou encore au Mexique, Amnesty International se mobilise pour des cas particuliers, qui sont représentatifs de centaines d’autres cas d’attaques contre la liberté de la presse.

La liberté d’expression est un droit humain fondamental et le travail des journalistes est essentiel. En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, signez notre pétition adressée aux dirigeants de 10 pays (Égypte, Turquie, Arabie saoudite, Burundi, Mexique, Azerbaïdjan, Thaïlande, Cameroun, Chine et Angola) qui répriment le droit à l’information. Rappelez-leur que le journalisme n’est pas un crime et appelez-les à protéger ceux qui en ont fait leur métier.

Vous trouverez dans la partie "Complément d’information", ci-dessous, une liste de cas pour lesquels Amnesty International se mobilise et demande d’agir, dans les 10 pays cités précédemment. Il existe bien sûr des cas dans de nombreux autres pays, et nous ne manquons pas de lancer des actions urgentes et des pétitions en leur faveur à chaque fois que le moment est opportun.

Voici plusieurs des cas pour lesquels Amnesty International se mobilise :

1. Shawkan, Égypte
Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, connu sous le nom de « Shawkan », est détenu depuis près de trois ans pour avoir photographié les violences des forces de sécurité lors de la dispersion d’un sit-in organisé au Caire. Il a été torturé en détention et est inculpé d’accusations fallacieuses qui lui font encourir la peine de mort.

Shawkan compte parmi au moins 20 journalistes détenus en raison de leur travail en Égypte, selon le Syndicat égyptien de la presse.

2. Can Dündar et Erdem Gül, Turquie
En novembre 2015, Can Dündar, rédacteur en chef du journal Cumhuriyet, et son représentant à Ankara, Erdem Gül, ont été inculpés d’espionnage, de divulgation de secrets d’État et d’aide à une organisation terroriste. Ces inculpations faisaient suite à la publication de deux articles dans le journal en juin 2015 selon lesquels les services de renseignements auraient transféré des armes à un groupe armé en Syrie en 2014. Recep Tayyip Erdo ?an, alors Premier ministre, avait affirmé que les camions fournissaient une aide humanitaire. S’ils sont déclarés coupables, les deux hommes encourent la réclusion à perpétuité.

3. Raif Badawi, Arabie saoudite
Le blogueur Raif Badawi a été condamné le 7 mai 2014 par le tribunal pénal de Djedda à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, assortis d’une interdiction de voyager pendant 10 ans à l’issue de sa peine, d’une interdiction d’utiliser les médias et d’une amende d’1 million de riyals saoudiens (environ 226.000 euros). Ce jugement est lié à la création de son site internet « Libérez les libéraux saoudiens ». Il a été flagellé une première fois en public le 9 janvier 2015 et devait recevoir 50 autres coups tous les vendredis. En conséquence d’une énorme mobilisation mondiale en sa faveur, Raif n’a jusqu’ici pas été flagellé une nouvelle fois.

4. Esdras Ndikumana, Burundi
En août 2015, Esdras Ndikumana, correspondant pour l’AFP et Radio France Internationale (RFI), a été arrêté alors qu’il prenait des photos sur les lieux de l’assassinat d’un général. Selon le Comité pour la protection des journalistes, Esdras Ndikumana a déclaré avoir été frappé dans le dos, sur les jambes et la plante des pieds. Il vit désormais en exil.

5. Druklo, Chine
Druklo, de son nom de plume « Shokjang », jeune écrivain et blogueur tibétain connu pour sa critique du comportement du gouvernement chinois vis-à-vis des Tibétains, est condamné à trois ans de prison pour « incitation au séparatisme ». Il a été déclaré coupable à l’issue d’un procès inique au cours duquel il n’a pas pu consulter d’avocat. Il affirme qu’il a été condamné parce qu’il a posté en ligne des articles sur la liberté religieuse et sur le dalaï-lama, et parce qu’il possédait un livre interdit.

C’est la deuxième fois que Druklo est pris pour cible par les autorités chinoises. En 2010, il a été incarcéré pour avoir coédité un magazine interdit qui contenait des articles sur les manifestations tibétaines.

6. Khadidja Ismaïlova, Azerbaïdjan
Khadidja Ismaïlova est une journaliste d’investigation lauréate de plusieurs prix qui a dénoncé la corruption en Azerbaïdjan, impliquant notamment la famille du président. Elle purge aujourd’hui une peine de sept ans et demi de prison dans le cadre de la répression que mènent les autorités contre la liberté d’expression.

Elle a été la cible de menaces personnelles, de harcèlement et de tentatives de chantage en vue de la faire taire. Refusant de se laisser intimider, elle a finalement été arrêtée en décembre 2014 et condamnée en septembre 2015, à l’issue d’un procès inique, pour des charges fallacieuses de détournement de fonds, entreprise illégale, évasion fiscale et abus d’autorité.

En 2015, le gouvernement a continué de réprimer les journalistes, les opposants politiques et les personnes considérées comme hostiles au parti au pouvoir. Quatre stations de radio privées indépendantes ont été détruites par la police lors d’une tentative de coup d’État en mai 2015.

7. Anabel Flores Salazar, Mexique
La journaliste spécialisée dans les affaires criminelles Anabel Flores Salazar a été assassinée en février 2016 après avoir été enlevée chez elle par des hommes armés. Elle travaillait pour un journal local dans l’État de Veracruz.

Son assassinat rappelle cruellement la dure réalité à laquelle sont confrontés des milliers de journalistes dans tout le Mexique, l’un des pays les plus dangereux au monde pour les professionnels des médias. Veracruz est l’un des États du Mexique les plus dangereux pour les journalistes : au moins 17 d’entre eux y ont été tués depuis 2010.

8. Sedrick de Carvalho et Domigos da Cruz, Angola
Sedrick de Carvalho et Domigos da Cruz sont deux journalistes parmi 17 militants pacifiques arrêtés pour avoir pris part à un groupe de lecture au sein duquel des jeunes débattaient de la démocratie et de la liberté. Ils ont été inculpés de « préparation d’actes de rébellion » et de « conspiration criminelle » en Angola et condamnés respectivement à quatre ans et demi et huit ans et demi de prison en mars 2016.

Emprisonnés uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique, ces hommes sont des prisonniers d’opinion. Ils sont victimes d’un gouvernement déterminé à intimider quiconque ose remettre en cause sa politique répressive.

9. Somyot Prueksakasemsuk, Thaïlande
En 2011, le rédacteur en chef Somyot Prueksakasemsuk a publié deux articles mettant en scène un monarque de fiction qui, selon les autorités, insultaient la famille royale de Thaïlande. Il a été condamné à 10 ans de prison au titre de la Loi relative au crime de lèse-majesté, qui interdit toute parole ou action « diffamant, insultant ou menaçant le roi, la reine, le prince héritier ou le régent ».

Depuis quelques années, les autorités thaïlandaises invoquent de plus en plus des lois répressives pour réduire au silence la dissidence pacifique. Somyot Prueksakasemsuk et tous les prisonniers d’opinion doivent être libérés immédiatement et sans condition.

10. Baba Wame, Rodrigue Tongue et Félix Ebolé Bola, Cameroun
Les journalistes Baba Wame, Rodrigue Tongue et Félix Ebolé Bola pourraient être incarcérés, car ils refusent de dévoiler leurs sources pour un article sur lequel ils travaillaient. Ils enquêtaient sur des informations faisant état de collaboration entre les forces de sécurité et un groupe armé de République centrafricaine accusé d’avoir attaqué une ville dans l’est du Cameroun.

Les journalistes ont été accusés de ne pas avoir divulgué leurs sources ni partagé des informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. Ils nient avoir découvert des éléments susceptibles de compromettre la sécurité nationale et affirment vouloir protéger leurs sources. Le droit des journalistes de ne pas révéler leurs sources est un fondement de la liberté d’expression, qui contribue à garantir la libre circulation de l’information.

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