En prison pour avoir commémoré Tiananmen

Le 4 juin : un jour ordinaire ? C’est ce qu’affirment les autorités chinoises. Il s’agit pourtant cette année du 28e anniversaire de la répression de Tiananmen. Le 4 juin 1989, les autorités chinoises avaient envoyé l’armée face aux mouvements de protestation étudiants, intellectuels et ouvriers qui dénonçaient la corruption des fonctionnaires. Cette répression militaire, souvent qualifiée de massacre, a fait un grand nombre de victimes civiles et fait état d’importantes violations des droits humains. À ce jour, les autorités chinoises refusent toujours de reconnaître ces violations et de commémorer officiellement cet événement. Plus qu’une simple amnésie collective imposée, toute allusion à ce qu’il s’est passé est passible d’un séjour derrière les barreaux. Quatre activistes en ont fait les frais. Inculpés pour "incitation à la subversion de l’État” Le 4 mars 2017, Fu Hailu, Chen Bing, Zhang Jinyong et Luo Fuyu ont été inculpés pour avoir commémoré l’anniversaire de la répression. Ils ont été accusés “d’incitation à la subversion de l’État” pour avoir produit et fait la promotion de leur propre baijiu, un alcool très consommé en Chine, commémorant le 28e anniversaire de la répression de Tiananmen. Les quatre activistes ont été arrêtés entre le 28 mai et le 21 juin 2016 par des agents de la sécurité publique. Ils sont actuellement détenus au centre de détention de la ville de Chengdu, dans la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine). Ils n’ont pas été autorisés (...)

En avril 1989, des manifestations organisées à l’instigation de plusieurs étudiants qui se réunissaient initialement pour honorer la mémoire du haut responsable du Parti communiste Hu Yaobang se sont propagées rapidement dans l’ensemble du pays. Les étudiants réclamaient qu’il soit mis fin à la corruption des fonctionnaires et appelaient à des réformes politiques et économiques. Leurs demandes ont emporté l’adhésion d’un large public. Des manifestations pacifiques ont eu lieu à Pékin et dans toute la Chine. Les autorités n’ont pas réussi à persuader les manifestants de rentrer chez eux. Compte tenu de l’escalade des tensions à Pékin, l’état de siège a été instauré le 20 mai 1989.

Dans la nuit du 3 juin 1989, des militaires lourdement armés et des centaines de véhicules blindés sont arrivés dans la ville pour mettre fin aux manifestations en faveur de la démocratie. De nombreux civils, dont des enfants et des personnes âgées, ont été abattus par des soldats. Le 4 juin 1989, l’armée avait pris totalement le contrôle de Pékin.

Fin juin 1989, les autorités chinoises ont publié un rapport officiel dans lequel elles affirmaient que « plus de 3 000 civils avaient été blessés et plus de 200, dont 36 étudiants, avaient trouvé la mort dans les émeutes ». Elles y indiquaient aussi que plusieurs dizaines de militaires étaient décédés. Pourtant, le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans les violations des droits humains qui ont eu lieu au cours de la répression militaire, et n’a jamais amené les responsables à rendre des comptes devant la loi. Chaque année, la justice devient plus inaccessible pour les membres des familles des centaines, si ce n’est des milliers, de personnes tuées ou blessées à Pékin et dans toute la Chine.

Immédiatement après la répression militaire, les autorités ont commencé à traquer les personnes qui avaient participé aux manifestations. De nombreux civils ont été arrêtés, torturés ou emprisonnés à l’issue de procès iniques. Beaucoup ont été inculpés de crimes « contre-révolutionnaires ». Bien que les infractions « contre-révolutionnaires » aient été supprimées du Code pénal en 1997, les affaires concernant des personnes déjà incarcérées pour de telles infractions, notamment celles ayant participé aux manifestations de 1989 en faveur de la démocratie, n’ont pas été réexaminées.

La position radicale du gouvernement à propos du réexamen de la répression de Tiananmen se reflète dans la façon dont il traite les personnes qui ont courageusement tenté de commémorer l’événement, comme les Mères de Tiananmen, une association de défense composée principalement de parents dont les enfants ont été tués lors de la répression militaire de 1989. La liberté de mouvement de ces personnes est restreinte, elles sont victimes de harcèlement et sont surveillées. Jiang Peikun, le mari de Ding Zilin et membre fondateur des Mères de Tiananmen, est mort en 2015 avant d’avoir pu obtenir justice pour son fils Jiang Jielian, abattu d’une balle dans le cœur la nuit du 3 juin 1989. Miao Deshun, la dernière personne (à la connaissance d’Amnesty International) en détention pour des activités directement liées à la répression militaire de 1989, a été libéré en octobre 2016.

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