AFGHANISTAN. La conférence de Kaboul fait craindre que la recherche d’une paix à court terme ne sacrifie les droits humains

ÉFAI - 16 juillet 2010

En Afghanistan, les projets d’accord de paix avec les talibans risquent de compromettre sérieusement les droits du peuple afghan, et en particulier ceux des femmes, à moins qu’ils ne contiennent des critères concrets relatifs aux droits humains, a déclaré Amnesty International ce vendredi 16 juillet dans une lettre ouverte.

Cette lettre est transmise aux représentants de plus de 70 États partenaires et organismes internationaux de donateurs et aux délégués afghans venus de toutes les régions du pays qui participeront à la conférence organisée pour donner suite aux engagements contractés à Londres en janvier 2010, dont celui d’élaborer des plans pour un processus de paix avec les talibans et d’autres groupes armés.

« Amnesty International craint que les droits humains, et en particulier les droits des femmes, ne soient en danger alors que le gouvernement afghan tente, avec les États-Unis et l’OTAN, de trouver rapidement une solution au conflit avec les talibans et d’autres groupes armés, a déclaré Sam Zarifi, le directeur du programme Asie-Pacifique de l’organisation.

« Les talibans sont connus pour avoir bafoué les droits humains, et en particulier les droits des femmes, et s’ils souhaitent de nouveau faire partie du gouvernement ils devront montrer qu’ils sont disposés à changer d’attitude. »

Dans les zones qu’ils contrôlent actuellement, les talibans, comme lorsqu’ils étaient au gouvernement, ont sérieusement restreint les droits des fillettes, des jeunes filles et des femmes, les privant notamment d’éducation, d’emploi, du droit de circuler librement et de toute participation et représentation politiques.

En Afghanistan, les talibans et les autres groupes rebelles qui leur sont liés font peu de cas des droits humains et des lois de la guerre, prenant systématiquement et délibérément pour cible des civils, des travailleurs humanitaires et des établissements civils comme des écoles (en particulier des écoles de filles).

La stratégie de réconciliation risque de légitimer l’impunité au sein de la société afghane pour les auteurs d’atteintes aux droits humains, dont certaines pourraient être constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

« Le gouvernement afghan et ses partenaires de la communauté internationale doivent s’assurer que les anciens talibans et membres d’autres groupes armés qui se sont rendus coupables d’atteintes aux droits humains, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ne bénéficient pas d’amnisties et soient traduits en justice, a ajouté Sam Zarifi.

« Nous devons nous rappeler ce qui s’est déjà passé en Afghanistan : à plusieurs reprises au cours des 30 dernières années, une situation de paix au cours de laquelle ni la justice ni les droits humains n’étaient respectés a conduit à de nouveaux conflits et à de graves atteintes à ces droits. Une paix sans justice ni droits humains n’est pas une vraie paix. Seule la promotion des droits humains et de l’état de droit pourra mener à une sécurité réelle et durable. »

Dans une lettre adressée aux participants à la conférence internationale de Kaboul, Amnesty International a formulé les recommandations suivantes en matière de droits humains :

• toutes les stratégies de réconciliation doivent prévoir la protection et la surveillance des droits humains, y compris des droits des femmes ;

• tout accord doit comprendre des critères permettant de vérifier que les parties respectent bien leurs obligations en matière de droits humains ;

• les femmes afghanes doivent être représentées d’une manière significative au cours des différentes étapes de planification et lors des pourparlers de réconciliation, conformément aux dispositions de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies ;

• les pourparlers de réconciliation ne doivent pas mener à l’impunité pour les auteurs d’atteintes graves aux droits humains et de crimes de guerre.

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