Alors que les Janjawids lancent de nouvelles attaques dans l’est du Tchad, Amnesty International appelle à la protection des civils

Déclaration publique

AFR 20/011/2006

L’absence de mesures pour empêcher de nouvelles attaques des Janjawids dans l’est du Tchad a eu pour conséquence des homicides et des déplacements massifs de civils dans la région. Comme beaucoup le craignaient, les attaques sur les villages dans l’est du Tchad ont repris avec la fin de la saison des pluies.

Les Janjawids recommencent à traverser la frontière pour attaquer des villages au Tchad oriental. Plusieurs villages, sans doute une dizaine, ont en effet été attaqués à partir du 3 octobre. Au moins 12 personnes ont été tuées. Plusieurs dizaines ont été blessées, et certaines d’entre elles sont actuellement hospitalisées à Goz Beïda. Parmi les villages attaqués figurent Djimezi, Djimeze Mobi, Djedjibe, Marfakadel, Kach-Kacha, Mirena et Awirado, dans les cantons de Bar Azoum et Signar. Quatre villages ont été incendiés.

Amnesty International connaît les noms de neuf personnes tuées, parmi lesquelles figure une femme, Khaltouma Khamis.

Comme indiqué dans le rapport publié par Amnesty International en juin 2006 sous le titre Tchad/Soudan. Les violences du Darfour atteignent le Tchad (Index AI : AFR 20/006/2006), les Janjawids ont systématiquement attaqué des villageois du Tchad oriental depuis septembre 2005, en s’en prenant spécifiquement aux membres de certains groupes ethniques comme les Dajos et les Masalits, systématiquement et inlassablement chassés chez eux. Le gouvernement du Soudan n’a pris aucune mesure pour empêcher ces attaques transfrontalières, laissant ainsi les Janjawids, souvent porteurs de cartes d’identité de paramilitaires soudanais, attaquer, piller et tuer sur le territoire tchadien comme ils l’ont fait au Darfour.

À ce jour, le gouvernement du Tchad n’a pas pu ou n’a pas voulu protéger les populations civiles de l’est du pays. La semaine dernière, l’armée tchadienne aurait été appelée pour venir au secours de ces villages, mais selon les informations reçues elle serait arrivée plusieurs heures trop tard.

Dans sa résolution 1706, le Conseil de sécurité a donné notamment pour mandat à une force de maintien de la paix des Nations unies au Darfour de surveiller « les activités transfrontières des groupes armés le long des frontières du Soudan avec le Tchad et la République centrafricaine ». Cette résolution évoquait également l’éventualité d’une présence des Nations unies dans des endroits clés à l’intérieur du Tchad.

Jusqu’à présent, le gouvernement du Soudan a refusé de consentir au déploiement d’une force des Nations unies au Darfour. La force actuellement présente dans la région, la Mission de l’Union africaine au Darfour (MUAS), ne dispose ni du mandat ni des moyens lui permettant d’empêcher réellement les Janjawids de traverser la frontière pour attaquer les villages à l’intérieur du Tchad.

La communauté internationale ne doit pas laisser la population de l’est du Tchad être l’otage des négociations de paix concernant le Darfour. Comme prévu, les attaques ont repris, les gens fuient leurs villages, certains sont tués. Une protection s’impose, maintenant. Les Janjawids n’attaquent jamais, ou en tout cas rarement, des régions qui sont protégées par des forces armées.

Le gouvernement du Soudan doit prendre des mesures pour empêcher d’autres attaques transfrontalières et pour coopérer pleinement avec la MUAS et les Nations unies afin de protéger la population du Tchad et du Darfour.

Le Tchad doit déployer l’armée partout où cela est nécessaire afin de protéger les civils. S’il n’en a pas les moyens, il lui incombe de demander l’aide de la communauté internationale.

Il appartient au Conseil de sécurité de prendre immédiatement des mesures afin que la population de l’est du Tchad soit protégée. À cette fin, il peut notamment dépêcher sur place une mission d’évaluation au titre de la résolution 1706.

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