Le président Obama doit aborder le problème de la répression et des violations des droits humains en Éthiopie .

Amnesty International a demandé le 18 mai au président Barack Obama et aux autres dirigeants du G8 d’évoquer la situation dramatique des droits humains lors de leur rencontre avec le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi à Camp David le 19 mai. M. Zenawi ne doit pas bénéficier lors des réunions sur la sécurité alimentaire d’un « laissez-passer » sur la question des droits humains, a déclaré l’organisation.

Le Premier ministre éthiopien participera avec les dirigeants du Bénin, du Ghana et de la Tanzanie à une discussion avec les leaders du G8 sur la question de la sécurité alimentaire. Cette rencontre est l’occasion pour l’administration Obama de demander à Meles Zenawi d’en finir avec les lois répressives dans ce pays de la Corne de l’Afrique.

Amnesty International et Human Rights Watch se félicitent que les dirigeants du G8 se penchent sur le problème grave de la sécurité alimentaire, mais soulignent que le président Obama et ses collègues doivent profiter de cette occasion pour dire à Meles Zenawi que la question des droits humains est tout aussi importante. On ne peut pas fermer les yeux sur la répression exercée actuellement par le gouvernement de M. Zenawi à l’encontre de l’opposition politique. Le gouvernement des États-Unis doit exhorter le Premier ministre éthiopien à mettre un terme aux pratiques abusives qui entravent le travail des journalistes et des militants et répandent la peur parmi les citoyens ordinaires.

Dans le monde entier M. Zenawi est accueilli à bras ouverts et félicité pour les progrès dont se targue le régime éthiopien en matière de croissance économique, de développement et de lutte contre le terrorisme. Mais pendant ce temps les citoyens éthiopiens subissent des restrictions toujours plus grandes à l’exercice de leurs droits fondamentaux. Depuis les soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les autorités d’Addis Abeba nourrissent une vive crainte vis-à-vis de toute possible contestation populaire. Elles ont fait arrêter des dizaines de membres de l’opposition et de journalistes indépendants qui avaient osé critiquer le gouvernement ou appeler à la tenue de rassemblements pacifiques.

Le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien (FDRPE) est au pouvoir depuis plus de 20 ans. Le régime de M. Zenawi n’a cessé de tout mettre en œuvre pour étouffer la dissidence dans le pays : emprisonnement d’opposants et de journalistes, tirs à balles réelles contre des manifestants non armés et recours aux moyens de l’État pour affaiblir l’opposition politique.

La répression de liberté d’expression s’est accrue de manière alarmante ces dernières années. La Loi relative à la lutte contre le terrorisme de 2009 a donné au gouvernement une large gamme de moyens pour réprimer les « activités terroristes ». Les dispositions du texte permettent, entre autres, de sanctionner d’une peine de 10 à 20 ans d’emprisonnement la publication de toute déclaration pouvant être comprise comme une incitation à des actes terroristes.

Plusieurs journalistes ont été condamnés en 2011 à des peines d’emprisonnement aux termes de cette loi de large application, dont les ressortissants suédois Martin Schibbye et Johan Person, venus en Éthiopie pour effectuer un reportage sur le conflit dans la région somalie. Déclarés coupables d’activités terroristes, ils purgent actuellement une peine de 11 années de détention.

Le journaliste dissident Eskinder Nega, qui a remporté cette année le prestigieux prix PEN/Barbara Goldsmith pour la liberté d’écrire, est sous le coup d’un procès pour terrorisme et trahison, des chefs prononcés après qu’il eut critiqué le gouvernement et réclamé des réformes ainsi qu’une plus grande liberté de la presse.

Le cas d’Eskinder Nega doit être pour les dirigeants du G8 un exemple flagrant des raisons pour lesquelles on ne peut pas accorder au gouvernement de M. Zenawi lors du sommet un laissez-passer sur les droits humains. Le journaliste est emprisonné pour la seule raison qu’il a osé faire son travail de professionnel des médias.

L’année 2009 a également vu l’adoption de la loi sur les sociétés et associations caritatives, qui a privé les organisations de défense des droits humains de financements dont elles avaient cruellement besoin et perturbé leur fonctionnement interne, ce qui a restreint sévèrement leur capacité à mener leurs activités. Ces organisations ont été contraintes de licencier du personnel et de réduire un certain nombre de programmes essentiels, ce qui a permis aux autorités de limiter davantage encore les libertés fondamentales. La législation a été utilisée pour geler les actifs (d’un montant de plus d’un million de dollars des États-Unis) des deux plus grandes organisations de défense des droits humains du pays.

En 2008, juste avant l’adoption des nouvelles dispositions, l’Association des avocates éthiopiennes, la plus importante organisation de défense des droits des femmes dans le pays, fournissait une aide juridictionnelle gratuite à plus de 17 000 femmes et développait une action bénéficiant à des dizaines de milliers de personnes. L’organisation n’a aujourd’hui pratiquement plus aucune activité. L’aide juridique n’est plus dispensée – par des bénévoles – qu’à un nombre limité de femmes.

Les élections successives ont été marquées par la fraude et la répression des autorités. Près de 200 manifestants ont été tués en 2005 lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un rassemblement organisé à Addis Abeba après les élections législatives par l’opposition, qui accusait le parti au pouvoir d’avoir falsifié les résultats. Pour les élections de 2010, les ressources publiques ont été largement mobilisées pour faire échec aux formations d’opposition, et le parti de Meles Zenawi est sorti vainqueur du scrutin avec 99,6% des suffrages.

Les lois répressives ont brisé la société civile et permis à Meles Zenawi d’assoir son pouvoir et de régner par la peur.

Lauréate du prix Nobel de la paix, Amnesty International est une organisation militante qui regroupe des citoyens ordinaires ; plus de 3 millions de sympathisants, militants et bénévoles dans plus de 150 pays se mobilisent pour défendre les droits humains dans le monde entier. L’organisation enquête sur les atteintes aux droits humains commises et les dénonce, informe et mobilise l’opinion publique et mène des actions pour protéger les personnes partout où sont niées la justice, la liberté, la vérité et la dignité.

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