Arabie saoudite. Les autorités doivent libérer une femme arrêtée pour avoir milité contre l’interdiction de conduire

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

AILRC-FR

24 mai 2011

Les autorités saoudiennes doivent relâcher une femme détenue pour avoir participé à une campagne contre l’interdiction pour les femmes de prendre le volant dans le royaume, a déclaré Amnesty International ce mardi 24 mai.

Manal al Sharif, consultante en sécurité informatique âgée de 32 ans, a été interpellée le 22 mai. La veille, elle avait été interceptée par la police alors qu’elle conduisait à Al Khubar, une ville située dans la province de l’Est du pays. Avant d’être arrêtée, elle avait téléchargé sur YouTube une vidéo d’elle au volant, le 19 mai, pour soutenir une campagne en ligne engageant le gouvernement saoudien à autoriser les femmes à conduire.


« En Arabie saoudite, les femmes subissent une forte discrimination liée au genre. L’interdiction de conduire est une forme de cette discrimination qui perpétue les restrictions imposées à leur liberté de mouvement,
a expliqué Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Le gouvernement n’a pris aucune mesure pour lever cette interdiction malgré les demandes en ce sens formulées par des militantes. Celles-ci n’ont donc d’autre choix que de s’opposer à ces restrictions par des moyens pacifiques.

« À cet égard, Manal al Sharif s’inscrit dans une longue tradition d’action par des femmes qui, dans le monde entier, mettent leur sécurité en jeu pour révéler au grand jour et dénoncer des lois et politiques discriminatoires. Nous estimons par conséquent qu’il s’agit d’une prisonnière d’opinion et nous exigeons qu’elle soit libérée immédiatement et sans condition. »

Selon les informations reçues, la police saoudienne de la circulation a intercepté Manal al-Sharif alors qu’elle se trouvait au volant de son véhicule avec son frère, Muhammad al Sharif, le 21 mai vers 17 heures.

Ils ont été détenus par la police de la circulation et la police religieuse, mais relâchés au bout de six heures après avoir, semble-t-il, été contraints de signer une déclaration dans laquelle Manal al-Sharif s’engageait à ne plus conduire en Arabie saoudite.

Ils ont tous les deux été de nouveau interpellés le 22 mai, au petit matin, et conduits dans un poste de police où on les a interrogés. Manal al Sharif a ensuite été transférée dans une prison pour femmes située à Damman, où elle est toujours maintenue en détention. Muhammad al Sharif a été relâché le 22 mai.

Le 23 mai, un porte-parole du système carcéral saoudien aurait déclaré au journal Okaz que Manal al Sharif était accusée de conduire un véhicule, d’inciter d’autres femmes à conduire, d’avoir autorisé un journaliste à l’interviewer alors qu’elle conduisait et de prévoir de publier une séquence vidéo d’elle au volant, entre autres infractions. Elle serait maintenue en détention pendant cinq jours, durant l’enquête, aurait-il ajouté.

La campagne en ligne contre l’interdiction de conduire a été lancée sur Facebook et Twitter pour exhorter les Saoudiennes détentrices d’un permis international à commencer à prendre le volant dans le pays le 17 juin. Elle encourage les femmes à conduire dans le cadre de leurs activités quotidiennes normales plutôt qu’à faire converger leurs véhicules vers un même endroit.

En 1990 un groupe de femmes avait bravé une interdiction relevant du droit coutumier en défilant pacifiquement à bord de leurs véhicules à Riyadh, la capitale. En réaction à cette manifestation, le ministre de l’Intérieur avait émis une directive officielle interdisant aux femmes de conduire, accompagnée par la suite d’une fatwa (décret religieux) prise par le grand mufti, la plus haute autorité religieuse saoudienne, qui était alors au pouvoir.

En Arabie saoudite, les femmes subissent de graves discriminations dans la législation comme en pratique. Elles n’ont pas le droit de voter et il leur faut l’autorisation d’un tuteur de sexe masculin pour voyager, exercer un emploi rémunéré, suivre des études supérieures ou se marier. Les violences domestiques contre les femmes sont réputées être omniprésentes.

« Les autorités saoudiennes doivent prendre des mesures contre la discrimination dont les femmes continuent d’être victimes, et veiller à ce qu’elle soient considérées comme des citoyens à part entière, jouissant des mêmes droits que les hommes, et traitées avec la dignité et le respect qu’elles méritent », a dit Malcolm Smart.

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