Communiqué de presse

Bahreïn. Il faut libérer un militant qui encourt trois années de prison pour des tweets « insultants »

Les autorités de Bahreïn doivent immédiatement relâcher Nabeel Rajab, un militant des droits humains détenu pour avoir publié des tweets jugés insultants à l’égard des ministères de l’Intérieur et de la Défense, a déclaré Amnesty International avant le jugement qui sera prononcé dans cette affaire mercredi 29 octobre 2014.

« Déclarer Nabeel Rajab coupable serait une terrible injustice. Cela ne ferait que confirmer que le droit à la liberté d’expression est battu en brèche à Bahreïn  », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

«  Poursuivre une personne en justice simplement parce qu’elle a exprimé ses opinions politiques de manière pacifique est clairement une forme de répression et une violation éhontée de ses droits. Nabeel Rajab est un prisonnier d’opinion, il doit être libéré immédiatement et les poursuites ouvertes contre lui doivent être abandonnées. »

« Depuis les soulèvements de 2011, le gouvernement a assuré à plusieurs reprises à la communauté internationale que Bahreïn a entamé un processus de réforme, mais l’arrestation de Nabeel Rajab montre que les promesses en faveur d’un meilleur respect des libertés fondamentales ne restent qu’un espoir lointain. L’issue de son procès mercredi 29 octobre permettra réellement de jauger la sincérité de l’engagement des autorités en faveur des droits humains. »

Nabeel Rajab est le président du Centre bahreïnite pour les droits humains et le directeur du Centre du Golfe pour les droits humains. Il a été arrêté en octobre pour avoir commenté en ligne des informations selon lesquelles des membres des forces de sécurité de Bahreïn avaient rejoint le groupe armé État islamique en Irak. Il a été inculpé d’« insultes publiques à l’égard d’institutions officielles » et encourt une peine de trois ans de prison.

La législation bahreïnite érige en infraction l’outrage ou le manque de respect à l’égard des chefs d’État, de figures publiques, de l’armée, d’institutions gouvernementales, du drapeau ou d’autres symboles.

Lors de sa première audience, le 19 octobre, Nabeel Rajab a expliqué qu’il avait simplement exercé son droit à la liberté d’expression, et qu’en sa qualité de militant des droits humains il l’avait fait pacifiquement. Il a nié les charges retenues contre lui et déclaré qu’il n’avait commis aucun crime. Seul son frère aîné a pu assister à l’audience, le reste de la famille n’y a pas été autorisée. Il est incarcéré au poste de police d’al Hoora depuis son arrestation.

Amnesty International a exhorté à maintes reprises les autorités bahreïnites à supprimer du Code pénal les articles érigeant l’exercice de la liberté d’expression en infraction, mais cette requête est pour l’instant restée lettre morte.

Peu après l’arrestation de Nabeel Rajab, le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies a réclamé sa libération. Seuls les gouvernements norvégien et américain ont pour l’instant publiquement demandé sa remise en liberté.

«  Le silence de la communauté internationale sur les violations des droits humains à Bahreïn est assourdissant. Les gouvernements entretenant des liens étroits avec Bahreïn, en particulier le Royaume-Uni, et qui prétendent soutenir un programme de réforme sur le terrain des droits humains, doivent s’exprimer publiquement et dénoncer l’arrestation de Nabeel Rajab et d’autres critiques du gouvernement », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

Complément d’information

Nabeel Rajab est rentré à Bahreïn le 30 septembre après deux mois passés à travers l’Europe pour attirer l’attention sur la situation des droits humains dans son pays et plaider pour le respect de ces droits. Nabeel Rajab avait précédemment purgé une peine de deux ans à la prison de Jaw pour participation à un « rassemblement illégal », « troubles à l’ordre public » et « appel et participation à des manifestations » à Manama « sans notification préalable ». Il a été libéré en mai 2014.

D’autres militants bahreïnites ont été visés par des poursuites pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Le militant Nader Abdulemam a été condamné à six mois de prison mercredi 22 octobre pour avoir « insulté » une figure religieuse sacrée - il s’était exprimé sur Twitter à propos de Khalid ibn al Walid, un compagnon du prophète Mahomet.

Zainab Al Khawaja, une militante en faveur des droits humains en fin de grossesse, a été arrêtée le 14 octobre pour avoir déchiré une photo du roi de Bahreïn au tribunal et est actuellement incarcérée et jugée pour « outrage public au roi ». De même, Ghada Jamsheer, une défenseure des droits des femmes, est poursuivie pour des propos qu’elle a tenus sur Twitter dénonçant la corruption à l’hôpital universitaire du roi Hamad.

Amnesty International demande aux autorités bahreïnites d’abandonner les poursuites dans toutes ces affaires et de libérer ces militants, qui sont uniquement détenus pour avoir pacifiquement fait état de leur opinion.

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