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Bahreïn : message de remerciement de Nabeel Rajab, prisonnier d’opinion tout juste libéré

Nabeel Rajab, défenseur des droits humains bahreïnite emprisonné pour avoir appelé à des manifestations contre le gouvernement, a été libéré le 24 mai. Il a parlé à Amnesty International des deux années qu’il a passées enfermé derrière des barreaux, mais pas pour autant réduit au silence, et de ce que le soutien de personnes du monde entier signifie pour lui.

Je m’appelle Nabeel Rajab, je suis le président du Centre des droits humains de Bahreïn, ainsi que le directeur du Centre pour les droits humains dans les pays du Golfe. Je viens d’être libéré de prison, où j’ai passé deux ans en raison de mon travail légitime et pacifique en faveur des droits humains.

Je fais partie des nombreux défenseurs des droits humains de Bahreïn et de la région qui sont pris pour cible, attaqués, arrêtés et emprisonnés. J’ai été jeté en prison pour « pratiques illégales, incitation à des rassemblements illégaux et organisation de manifestations non autorisées à travers Twitter et d’autres sites de réseaux sociaux », des chefs d’accusation fabriqués de toutes pièces.

En janvier, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a estimé que ma détention revêtait un caractère arbitraire. Les autorités utilisent le système judiciaire de Bahreïn pour s’en prendre aux militants et aux défenseurs des droits humains. Il est important de souligner que je n’ai pas été libéré dans un geste de bonne volonté mais parce que j’ai purgé la totalité de ma peine.


Deux années difficiles

J’ai passé deux ans loin de ma précieuse famille et du travail que j’aime tant, qui consiste à défendre les droits des gens. Deux ans pendant lesquels j’ai été maintenu à l’écart des autres prisonniers d’opinion, dans un autre bâtiment de la prison de Jaw : les autorités voulaient s’assurer que je ne pourrais pas communiquer avec eux.

Pendant cette période d’isolement, ma femme me racontait, lors de nos brefs échanges téléphoniques et de nos rencontres, la solidarité que me témoignait le monde libre, ainsi que les campagnes organisées par Amnesty et par d’autres. Cela me faisait ressentir, au fond de mon cœur, que je n’étais pas seul.

Les autorités bahreïnites essayaient de briser ma détermination et mon moral. Mais j’étais chaque jour plus résolu à poursuivre ma lutte pour défendre les libertés fondamentales.

Le plus douloureux, ça a été lorsque ma mère, qui m’a toujours soutenu et aidé, est morte. Les autorités ne m’ont pas autorisé à assister aux cérémonies de condoléances. Mais la solidarité des gens qui aiment la liberté m’a donné une dose de force supplémentaire.


Créer des centaines de nouveaux militants

Je sais que le prix à payer est élevé quand on travaille en faveur des droits humains dans cette partie du monde. Mais j’ai l’intention de continuer. Peut-être que certains doivent verser un tribut pour obtenir démocratie, justice et respect des droits humains. Je fais partie des nombreuses personnes prêtes à payer ce prix pour mon pays et pour les générations à venir.

Les autorités m’ont arrêté dans le but d’envoyer un message, de faire savoir que, si vous défendez publiquement les droits humains à Bahreïn, vous serez arrêté. Bizarrement, elles ne se sont pas rendu compte qu’en faisant cela elles avaient créé des centaines de militants qui vont suivre le même chemin que moi.

À Bahreïn, la plupart des responsables politiques et des militants en faveur des droits humains sont derrière les barreaux. Je m’emploie sans cesse à les faire libérer, en ayant recours à diverses méthodes pacifiques. Nous aurons ensuite besoin que soit instauré un dialogue national sain qui mènera au respect des droits des personnes.

Mes collègues du Centre des droits humains de Bahreïn et moi-même avons reçu de nombreuses récompenses dans le domaine des droits humains, pour avoir défendu les droits civils et fondamentaux de tous les Bahreïnites. Nous continuerons notre travail parce qu’il y a encore de nombreux prisonniers politiques, y compris des prisonniers d’opinion, détenus sur la base de fausses accusations.

Je veux remercier tous les membres d’Amnesty International pour leur persévérance dans la défense des droits humains et de la liberté. Et merci de toutes les actions et de tout le travail de campagne que vous avez menés pour me faire libérer. Votre travail m’a donné l’espoir d’un avenir meilleur pour le monde entier.

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