BIÉLORUSSIE - Sanctionnés pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression

Index AI : EUR 49/007/2005

DÉCLARATION PUBLIQUE

La répression de toute forme d’opposition au régime d’Alexandre Loukachenko en Biélorussie se poursuit. Au cours des deux dernières semaines, trois nouvelles personnalités politiques d’opposition viennent d’être emprisonnées, en violation flagrante de leur droit à la liberté d’expression, pour avoir organisé des manifestations pacifiques.

Andreï Klimov, Nikolaï Statkevitch et Pavel Severinets ont été condamnés au titre de l’article 342 du Code pénal qui pénalise l’organisation et la participation à des actions publiques troublant l’ordre public.

Le 10 juin, Andreï Klimov a été condamné à un an et demi de « restriction de liberté » au titre de l’article 342 du Code pénal,, pour avoir organisé des manifestations de masse à Minsk le 25 mars 2005. Andreï Klimov devra résider en dehors de Minsk sous surveillance policière spéciale et devra effectuer des « travaux d’intérêt général ». Andreï Klimov est sorti libre de la salle d’audience en attendant le jugement en appel. Des investigations sont toujours en cours à propos d’une autre charge pesant contre lui, pour diffamation envers le président. La date de l’audience pour ce procès n’a pas encore été annoncée.

Le 31 mai, Nikolaï Statkevitch et Pavel Severinets ont été condamnés par le tribunal du district central de Minsk à trois années de rééducation par le travail au titre de l’article 342 du Code pénal, pour avoir organisé des manifestations à Minsk après le référendum et les élections d’octobre 2004. En raison d’une amnistie proclamée en lien avec le 60ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, leurs peines ont été automatiquement réduites à deux années. Nikolaï Statkevitch, qui avait refusé de se lever à l’audience a d’ores et déjà été placé en détention pour outrage à l’autorité de la justice ; Pavel Severinets est libre en attendant le jugement en appel. Nikolaï Statkevitch a refusé de faire appel, pour protester contre l’injustice des procédures légal.es. Les deux hommes ont subi des pressions constantes de la part des autorités en raison de leurs activités dans l’opposition. Nikolaï Statkevitch est président du parti d’opposition social-démocrate et Pavel Severinets est le chef du mouvement de jeunesse du Popular Front (Front populaire). Amnesty International s’inquiète des risques accrus auxquels se trouvent confrontés les citoyens qui critiquent le gouvernement biélorusse et juge particulièrement alarmant le fait que les autorités aient décidé de poursuivre ces trois hommes au pénal plutôt qu’au titre du Code administratif qui prévoit des peines beaucoup plus légères. C’est une nouvelle preuve de l’intolérance croissante du président Loukachenko envers toute forme de critique ou d’opposition .
Amnesty International considère que Nikolaï Statkevitch est un prisonnier d’opinion et réclame sa remise en liberté immédiate et sans condition ; l’organisation demande également que soient abandonnées les charges pesant contre Andreï Klimov et Pavel Severinets. Amnesty International considèrera ces trois hommes comme des prisonniers d’opinion s’ils sont incarcérés ou placés en liberté restreinte sous surveillance policière.

Complément d’information

Les manifestations d’octobre 2004 pour lesquelles Nikolaï Statkevitch et Pavel Severinets ont été condamnés avaient été organisées pour protester contre les élections parlementaires et le référendum du 17 octobre. Les autorités biélorusses avaient annoncé que plus de 77 p. cent des votants s’étaient prononcés en faveur de la possibilité pour le président Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, de briguer un troisième mandat consécutif. Selon les observateurs indépendants, y compris ceux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), les élections et le référendum n’ont pas respecté les normes de la démocratie. Une cinquantaine de manifestants avaient été poussés à coups de matraques dans les cars de la police et quarante personnes étaient ensuite passées en jugement. De nombreux manifestants, parmi lesquels Pavel Severinets et Nikolaï Statkevitch, avaient été condamnés à des peines allant jusqu’à quinze jours de détention administrative.

Le 25 mars 2005, jusqu’à deux mille personnes s’étaient rassemblées pendant environ quatre heures place d’Octobre, dans le centre de Minsk, pour prendre part à la manifestation en faveur de la Journée de la liberté. Au moins trente personnes ont été arrêtées et un certain nombre de personnes interpellées ont été violemment frappées, notamment dans les cars de police qui les emmenaient vers des centres de détention préventive à Minsk. La Journée de la liberté commémore la création, le 25 mars 1918, de la République populaire de Biélorussie, considérée comme première ébauche d’une Biélorussie indépendante. La République populaire de Biélorussie n’a existé que brièvement, les Bolchéviques ayant proclamé dès le 1er janvier 1919 l’établissement d’une République socialiste soviétique de Biélorussie, qui intégra plus tard l’Union soviétique. Pour l’intelligentsia comme pour un certain nombre de partis d’opposition en Biélorussie, la Journée de la liberté est symbole de fierté nationale, mais les autorités ne reconnaissent pas cette date, au motif que la République populaire de Biélorussie aurait été créée par les forces d’occupation allemandes. Depuis l’indépendance de la Biélorussie en 1991, des manifestations de grande envergure ont eu lieu à cette date, elles se sont traduites par des mises en détention en grand nombre toutes ces années passées.

Pour plus d’informations, voir également le document suivant (disponible en anglais uniquement) Belarus : Suppressing the last voices of peaceful dissent, (index AI : EUR 49/004/2005)

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International au 02 543 79 04 ou consulter les sites http://www.amnesty.be et http://www.amnesty.org.

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