CAMBODGE : Le meurtre d’un syndicaliste fait apparaître un certain nombre d’irrégularités judiciaires

Index AI : ASA 23/009/2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

La semaine prochaine, les pays donateurs se réuniront une nouvelle fois pour décider du budget de l’aide internationale au Cambodge. Une partie des fonds ira au secteur judiciaire. Les autorités cambodgiennes n’ont pas été capables de respecter un seul des critères fixés par les donateurs en 2002 visant à encourager des améliorations dans ce secteur. L’appareil judiciaire reste faible, corrompu et soumis aux ingérences politiques.

Un rapport d’Amnesty International, rendu public ce vendredi 3 décembre, donne un complément d’informations sur le meurtre du dirigeant syndical indépendant le plus connu du Cambodge, l’enquête lamentable qui a suivi et l’absence de toute poursuite en justice à ce jour.

« L’assassinat de Chea Vichea le 22 janvier et l’enquête qui a suivi illustre en grande partie ce qui ne va pas dans le système judiciaire cambodgien, a déclaré Natalie Hill, directrice adjointe d’Amnesty International Asie. Sa mort a également jeté un coup de projecteur sur sa lutte pour les droits des travailleurs, des femmes pour la plupart, de l’industrie textile et du vêtement.

« Nous pensons que le problème le plus grave dans le domaine des droits humains au Cambodge est celui de l’impunité - le fait que l’État permette que des personnes puissent échapper à toute responsabilité pour des atteintes aux droits humains pouvant aller jusqu’au meurtre, a déclaré Natalie Hill. Comme c’est le cas pour de nombreux homicides perpétrés pour des raisons politiques, on a de sérieux doutes en ce qui concerne le dossier des suspects ; selon certaines allégations, leurs aveux auraient été arrachés sous la torture.

« Du fait du climat d’impunité qui règne dans le pays, des membres de la police et des forces armées peuvent imposer leur volonté et commettre des exactions à l’encontre des civils, certains de n’avoir jamais à répondre de leurs actes », a poursuivi Natalie Hill.

L’enquête sur la mort de Chea Vichea comporte de nombreuses irrégularités, à tous les niveaux de la procédure. Des policiers ont eu recours à des actes de torture et d’intimidation envers des suspects et des témoins. Des témoins oculaires ont déclaré ne pas trouver de ressemblance entre les hommes inculpés du meurtre et l’assassin. Des témoins craignant pour leur sécurité sont passés dans la clandestinité. « Un point particulièrement inquiétant est celui du traitement appliqué au juge chargé du dossier, selon Natalie Hill. Après qu’il eut classé l’affaire sans suite par manque de preuves, il a été publiquement critiqué par le conseil de la magistrature et muté à un autre poste. »

Chea Vichea était président de l’un des syndicats les plus importants du Cambodge, confronté à de nombreux obstacles à la fois du fait des patrons d’usines et des autorités. Il faisait campagne en faveur de meilleures conditions de travail, notamment une réduction du nombre d’heures prestées, dans le secteur du textile en particulier. L’industrie du textile et du vêtement représente environ 36 p. cent de l’économie cambodgienne, le secteur emploie 200 000 personnes.

« Malheureusement, le meurtre de Chea Vichea n’est pas un évènement exceptionnel, a déclaré Natalie Hill. Au cours des quinze dernières années, alors que la communauté internationale versait de l’argent au Cambodge pour reconstruire une économie ravagée par la guerre, des centaines d’assassinats politiques - notamment de journalistes et de militants politiques - se sont produits sans qu’il y ait de poursuites. Beaucoup de ces personnes ont perdu la vie en tentant de rebâtir leur pays.Quand le gouvernement se décidera-t-il à mettre ses paroles en actes pour redonner foi aux Cambodgiens dans la justice cambodgienne ? »
Le rapport (en anglais), intitulé The killing of trade unionist Chea Vichea est disponible sur le site http://web.amnesty.org/library/index/engasa230082004

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