Chine. Tiananmen, 22 ans plus tard, la politique de répression se poursuit

Il y a 22 ans, l’Armée populaire de libération ouvrait le feu sur des manifestants pacifiques à Pékin et dans plusieurs autres villes, tuant des centaines, si ce n’est des milliers, d’étudiants et d’autres simples citoyens qui s’étaient rassemblés pour réclamer un gouvernement plus ouvert et plus réceptif.

Au cours des deux décennies qui se sont écoulées depuis cette brutale répression de manifestants sans armes, le gouvernement chinois a écarté tous les appels visant à obtenir que soient relatés de façon ouverte et honnête les faits qui se sont produits sur la place Tiananmen et aux alentours les 3 et 4 juin 1989. Ce qui, pour de nombreuses personnes, fut un massacre est qualifié aujourd’hui de simple « trouble politique » par le Parti communiste chinois. Cette semaine, la Chine a ouvert ses archives nationales secrètes, mais a justifié sa décision de ne pas rendre publics de documents historiques sur Tiananmen (et d’autres troubles regrettables) par le souci de ne pas attenter à la « vie privée » ou à la « réputation » des personnes.

Cependant les tactiques brutales et la répression utilisées par le gouvernement pour réprimer le mouvement étudiant en faveur de la démocratie en 1989 ne font pas seulement partie de l’histoire. Elles continuent d’être un outil employé pour supprimer la possibilité même de défier le monopole du Parti communiste sur le pouvoir. Leur utilisation enfreint régulièrement les libertés d’expression, d’association et de réunion inscrites dans la Constitution chinoise.

Récemment, le gouvernement a réagi aux soulèvements populaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord par des actes d’intimidation, des menaces et l’interpellation de toute personne considérée comme susceptible de critiquer ouvertement le régime.

Depuis la fin février, Amnesty International a recueilli des informations concernant plus de 130 militants, blogueurs, avocats et autres personnes, interpellés par la police, soumis à une surveillance ou à des actes d’intimidation par les forces de sécurité ou ayant disparu. Certains ont participé au mouvement étudiant pour la démocratie de 1989 et se retrouvent une nouvelle fois victimes de persécutions. Beaucoup ont à répondre d’« incitation à la subversion », accusation vague comme celle de « contre révolution » largement utilisée lors de la répression de 1989. Parmi eux se trouvent :


Chen Wei
 : militant du Sichuan, emmené par la police le 20 février, inculpé depuis d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Ding Mao : autre militant du Sichuan, fondateur du Parti démocratique social, parti non reconnu légalement. La police a arrêté Ding Mao le 19 février. Il est également inculpé d’« incitation à la subversion ».

Li Hai  : la police a arrêté Li Hai le 26 février pour « provocation de troubles » parce qu’il avait diffusé des informations sur la Révolution du Jasmin en Afrique du Nord et Moyen-Orient. Il est actuellement sous surveillance dans l’attente de son procès. Li Hai avait été emprisonné au milieu des années 1990 pour « divulgation de secrets d’État » pour avoir établi une liste de noms de personnes emprisonnées après les manifestations de Tiananmen en 1989.

Wang Lihong : ancien médecin placée sous surveillance le 20 février et arrêtée le lendemain. Elle est accusée d’avoir « provoqué un attroupement en vue de troubler l’ordre public ».

Le gouvernement chinois utilise de plus en plus souvent l’accusation d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État » pour emprisonner les opposants. Xiu Liaobo, Prix Nobel de la Paix et Liu Xianbin, un militant, qui ont tous deux contribué à l’élaboration d’un manifeste politique appelant à un changement politique pacifique en Chine, la Charte 08, purgent des peines de prison de 11 et 10 ans respectivement pour incitation à la subversion. Tous deux avaient déjà été emprisonnés pour leur rôle dans le mouvement étudiant de 1989.

Parmi les autres militants récemment inculpés d’incitation à la subversion figurent le militant Hu Jun et l’écrivain Ran Yunfei.

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