COLOMBIE ET PANAMA : Droit d’asile en danger

Index AI : AMR 23/078/2003
ÉFAI

Vendredi 12 décembre 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Il est tout à fait inacceptable que des réfugiés continuent à être rapatriés
de force vers des pays dans lesquels ils risquent d’être victimes de graves
violations de leurs droits fondamentaux, a déclaré Amnesty International
après le rapatriement forcé de 85 réfugiés colombiens depuis le sud du
Panama le 11 décembre 2003.

Selon des renseignements récents, lors de rencontres entre réfugiés et
personnels civils et militaires panaméens et colombiens, les réfugiés
auraient été informés qu’à leur retour en Colombie ils devraient s’engager
dans les plantations de palmiers africains et devenir membres d’unités de
paysans soldats ou de réseaux d’informateurs civils dans le département du
Chocó en Colombie.

Ces structures, établies dans le but de renforcer la stratégie
anti-insurrectionnelle des militaires, ont été critiquées par les
organisations de défense des droits humains du fait qu’elles brouillent la
distinction entre populations civiles et combattants et qu’elles risquent de
fournir aux paramilitaires les moyens de réapparaître sous une nouvelle
forme.

« Certains éléments tendent à prouver que non seulement ces rapatriements
sont loin d’être volontaires mais que les réfugiés risquent d’être la cible
d’attaques par les groupes paramilitaires soutenus par l’armée s’ils ne
collaborent pas. Par ailleurs, des groupes de la guérilla colombienne ont
déclaré cibles militaires les membres des réseaux d’informateurs et les
paysans soldats ainsi que leurs familles », a souligné Amnesty
International.

Au cours des prochains mois, plus de trois cents réfugiés pourraient être
rapatriés vers le département du Chocó depuis le Panama.

« Ce type de coopération entre le Panama et la Colombie remet gravement en
question la nature civile et humanitaire de la protection des réfugiés, a
déclaré Amnesty International. Cela risque d’entraîner davantage la
population civile dans le conflit. »

Lors des réunions qui ont eu lieu à Yavize et Jaqué au Panama en août 2003,
des fonctionnaires panaméens de l’immigration et des gardes nationaux ont
empêché des auxiliaires laïcs des Églises qui accompagnaient les réfugiés de
prendre part aux réunions et ont fait signer à ces derniers un document les
engageant à accepter leur « renvoi volontaire ». Les autorités panaméennes
auraient menacé certains réfugiés de rapatriement forcé s’ils refusaient un
retour volontaire en décembre.

À la pression exercée à l’encontre des réfugiés pour qu’ils rentrent se
seraient ajoutées des accusations de participation à des « activités
illégales » qui auraient également concerné les organisations
non-gouvernementales et groupements émanant des Églises qui les
accompagnent.

« Ces accusations mettent les réfugiés en danger, a poursuivi Amnesty
International. Dans le passé, ceux qui ont été qualifiés de subversifs par
les forces de sécurité ou leurs alliés paramilitaires ont fréquemment été
victimes de graves violations des droits humains commises par les forces de
sécurité ou les paramilitaires.

« Il est de la responsabilité des gouvernements panaméen et colombien et de
la communauté internationale de garantir aux réfugiés protection et respect
de leurs droits fondamentaux », a conclu Amnesty International.

Complément d’information

De nombreux réfugiés ont fui la Colombie à la suite d’incursions conjointes
des forces militaires et paramilitaires au sein des populations civiles dans
les villes et villages du département du Chocó, du fait des combats entre
ces forces et les groupes de la guérilla et à cause des menaces de la
guérilla. Les paramilitaires responsables du déplacement forcé de nombreux
réfugiés poursuivent leurs opérations dans le département du Chocó avec le
soutien des forces de sécurité. Les forces de la guérilla maintiennent
également une forte présence dans ce département ; en conséquence, la région
est toujours le théâtre de conflits et la sécurité des populations civiles
ne peut y être assurée.

En avril, Amnesty International a fait part de sa préoccupation au sujet du
rapatriement forcé de plus de cent réfugiés colombiens d’une même communauté
au Panama. Au cours d’une campagne d’intimidation, les forces de sécurité
panaméenne ont forcé ces réfugiés à signer un document destiné à indiquer
que tous les retours étaient volontaires.

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