Condamnation d’un bombardement meurtrier en Côte d’Ivoire

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

18 mars 2011

Les forces de sécurité de Côte d’Ivoire doivent cesser de bombarder des zones civiles, a dit Amnesty International aujourd’hui, après que les forces loyales au président sortant, Laurent Gbagbo, eurent lancé des obus sur un marché d’Abidjan, tuant au moins 20 personnes et en blessant environ 60 autres.

Des obus de mortier sont tombés sans aucun avertissement sur un marché dans le quartier d’Abobo, au nord d’Abidjan, jeudi après-midi. Ce bombardement est l’un des incidents les plus graves survenus à Abidjan depuis le début de l’actuelle crise en Côte d’Ivoire, déclenchée par l’élection présidentielle controversée qui s’est tenue il y a quatre mois.


« Les forces de sécurité responsables de ce terrible bombardement doivent immédiatement cesser un tel recours à la force qui entraîne des morts et des blessés parmi les populations qui vaquent à leurs activités quotidiennes »
, a dit Véronique Aubert, directrice adjointe du Programme Afrique d’Amnesty International.

« Aux termes du droit international, les forces de sécurité ne doivent recourir à la force que de manière proportionnelle à l’objectif recherché. Il est totalement inacceptable de lancer une telle attaque qui tue et blesse un nombre important de personnes alors que celles-ci ne constituent aucunement et pour quiconque une menace immédiate. »

Un témoin oculaire a dit à un chercheur d’Amnesty International qui est actuellement en mission à Abidjan : « Cet après-midi, avant la prière de 13h00, des femmes vendaient leurs produits sur le marché de Gagnoa Gare, à Abobo. Tout était tranquille quand soudain nous avons entendu un grand bruit et un obus est tombé. Au moins dix personnes, principalement des femmes, ont été tuées et d’autres ont été blessées. »

Un autre obus a atteint la cour intérieure du logement d’une famille à Abobo. Un témoin a indiqué à Amnesty International : « Nous étions tranquillement assis dans la cour lorsqu’un obus est tombé sur nous. Trois membres de ma famille sont morts. Leurs corps ont été déposés à la morgue d’Anyama ».

Une femme qui était présente sur les lieux au moment de cette attaque a dit : « Mon fils qui est un adolescent a été gravement blessé par l’obus et il est mort quelques heures plus tard à l’hôpital d’Abobo ».

Un autre témoin a raconté que, peu de temps après la prière de 13 heures, des enfants jouaient par terre lorsqu’un obus est tombé. « Une dame, Bamba Aminata, est entrée dans la cour avec son bébé, elle a été fauchée par un obus. Elle est décédée de ses blessures à l’hôpital quelques heures plus tard. Son bébé a été blessé et un autre bébé âgé de seize mois a été tué par ce même obus ».

Un homme qui se trouvait à l’hôpital d’Abobo a dit à Amnesty International qu’il avait vu les corps de 13 personnes tuées, y compris une femme et un enfant âgé de cinq ou six ans.

Au cours des dernières semaines, des affrontements ont eu lieu à Abobo entre un groupe armé dénommé « le commando invisible » et des forces de sécurité loyales à Laurent Gbagbo.

Cette semaine, pour la première fois depuis le début de la crise, ces affrontements se sont étendus à d’autres quartiers d’Abidjan, notamment à Yopougon, Adjamé et Cocody où ce « commando invisible » tente d’implanter sa présence.

Les violences ont récemment repris en Côte d’Ivoire à la suite de l’élection présidentielle contestée de novembre 2010. Le candidat de l’opposition, Alassane Ouattara, a été internationalement reconnu comme vainqueur de l’élection mais le président sortant, Laurent Gbagbo, refuse de reconnaître ces résultats.

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