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Des défis à relever pour le président Morales

Par María José Eva, chercheuse sur la Bolivie à Amnesty International.

Il n’y a aucun doute que la Bolivie a entrepris, ces dernières années, d’importantes mesures pour mettre fin à l’exclusion sociale, à la discrimination et à l’injustice. Le succès remporté récemment dans les urnes par le projet du président Evo Morales et du Mouvement pour le socialisme (MAS) confirme la popularité de ces mesures. Cependant, confiance ne doit pas nécessairement être synonyme de continuité absolue.

Il incombe maintenant au nouveau gouvernement d’approfondir ces changements et de surmonter les obstacles qui demeurent afin que les droits humains soient pleinement respectés et protégés dans le pays. Parmi ceux-ci figure la crise du système judiciaire. Le manque de confiance dans le fonctionnement de la justice est généralisé en Bolivie. La pénurie de ressources, les allégations de corruption et les manquements dans la gestion datent de plusieurs années. Ces derniers mois, cependant, les autorités ont elles-mêmes reconnu ouvertement que l’appareil judiciaire va mal.

Le nouveau gouvernement devra faire face à cette préoccupation sans demi-mesures, avec les moyens qui conviennent et des actes qui renforceront son indépendance et son efficacité ; il devra rendre la justice accessible à tous les habitants, et en particulier aux personnes défavorisées comme les femmes et les peuples indigènes.

La justice a été particulièrement évasive pour les centaines d’hommes et de femmes ayant subi des actes de torture et pour de nombreux proches de personnes victimes de disparition forcée durant les régimes militaires qui ont gouverné la Bolivie entre 1964 et 1982. Dans ces cas, l’impunité se nourrit des erreurs structurelles du système judiciaire et du manque de volonté politique pour que la justice soit une réalité.

L’une des phrases le plus souvent entendues chaque fois qu’une délégation d’Amnesty International se rendait en Bolivie ces dernières années, était : « Le peuple doit savoir, pour que cela ne se reproduise plus jamais. »

Le prochain gouvernement devra prévoir dans son programme d’avancer vers un mécanisme qui établisse la vérité sur le passé et qui soit accepté par les victimes, de fixer des mesures pour que les responsables de violations des droits humains comparaissent en justice et de garantir une réparation juste aux victimes qui aille au delà d’une indemnisation financière. À défaut, la Bolivie continuera non seulement à se montrer ouvertement méprisante à l’égard des victimes mais aussi à négliger ses obligations internationales en matière de droits humains.

Les personnes privées de liberté méritent, quant à elles, que les autorités se penchent sans tarder sur leurs droits. Les mesures prises jusqu’à présent n’ont pas permis de décongestionner les prisons ni de réduire la forte surpopulation des cellules qui contribue, en grande partie, à des épisodes de violences à l’intérieur des prisons, de plus en plus fréquents et préoccupants.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement se trouve confronté à un problème de taille, celui de l’inégalité dont souffrent les femmes et les filles, notamment indigènes et paysannes, dès lors qu’il s’agit d’accéder aux droits. Malgré plusieurs avancées normatives importantes, la discrimination structurelle demeure. Elle se manifeste dans le nombre élevé d’actes de violence contre des femmes et des filles qui restent impunis, dans la mortalité maternelle qui est l’une des plus élevées de la région, et dans l’augmentation du nombre de grossesses non désirées chez les adolescentes, parmi d’autres données alarmantes qui indiquent que le processus de démontage du patriarcat doit être approfondi sans plus tarder.

La forte majorité avec laquelle Evo Morales a été réélu lui permet d’adopter et d’appliquer une nouvelle loi sur les droits en matière de sexualité et de procréation, de renforcer les institutions et d’accorder des budgets qui permettront enfin de transformer en réalité la volonté de lutter contre une culture de discriminations et de violences envers les femmes et les filles.

Un autre défi qui attend la Bolivie est la promotion des droits des peuples indigènes. Les efforts entrepris ces dernières années pour mettre fin à plusieurs décennies de discrimination et de racisme à l’encontre des peuples indigènes devront désormais s’accompagner de mesures reconnaissant à ces derniers d’autres droits essentiels, notamment celui d’être consultés au préalable et de donner leur consentement libre et éclairé sur des questions les concernant. La reprise des discussions en vue de l’adoption d’une loi sur la consultation doit aussi figurer à l’ordre du jour des nouvelles autorités, et garantir des mécanismes de dialogue et de participation qui soient approuvés par la majorité des organisations indigènes représentatives.

Amnesty International a soulevé ces points pendant la campagne électorale dans une lettre ouverte aux candidats. Aucune réponse ne lui est parvenue à ce jour. La forte confiance dont bénéficie le nouveau gouvernement doit aussi inciter celui-ci à répondre à ces questions toujours en suspens. Le début de ce troisième mandat du président Evo Morales doit permettre une juste consécration du respect et de la protection des droits humains.

Cette note a été publiée à l’origine dans le journal La Razón.

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