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Exécutions au Bélarus

Le Bélarus a repris les exécutions en 2014. Il est temps d’exercer des pression plus fortes sur le seul pays d’Europe qui recourt encore à la peine de mort, écrit Jan Wetzel d’Amnesty International.

Cette année, Amnesty International a indiqué que le Bélarus n’avait procédé à aucune exécution en 2013. C’était la première fois depuis 2009 que ce pays avait passé un an sans ôter la vie à un condamné. En juin 2013, le chef de l’Église orthodoxe bélarussienne a même appelé à l’abolition de la peine de mort. Il s’agissait là d’évolutions positives dans un pays qui a continué à utiliser un châtiment que le reste du continent a relégué au passé. Il a cependant été révélé récemment qu’au moins deux hommes ont été mis à mort en 2014.

À la mi-avril, Pavel Selioun a été exécuté dans le secret. Ce même mois, la condamnation de Rygor Iouzeptchouk à la peine capitale a été appliquée, mais cette information a seulement été rendue publique le 8 mai. Ils avaient été condamnés à mort en 2013 ; les condamnations ont été confirmées en juillet et septembre respectivement, et des recours en grâce ont automatiquement été présentés au président bélarussien Alexandre Loukachenko.

Tamara, la mère de Pavel, a elle-même écrit au président afin de solliciter sa clémence. On ne lui a jamais dit que le recours avait été rejeté, ni que l’exécution était imminente. Tamara a seulement appris la nouvelle par le biais de leur avocate qui ne savait rien non plus de cette exécution avant d’aller rendre visite à Pavel en prison. Il lui avait alors été dit : « Il est parti, conformément à sa condamnation. » Une lettre officielle a confirmé plus tard que l’exécution avait eu lieu le 17 avril.

Au moins deux autres hommes, Edouard Lykaou et Alexandre Hariounou, eux aussi condamnés à la peine capitale en 2013, se trouvent toujours dans le couloir de la mort et pourraient être exécutés d’un moment à l’autre.

Une balle dans la nuque

Au Bélarus, les condamnations à mort sont appliquées sans avertissement. Les proches, les avocats et les prisonniers eux-mêmes ne sont pas notifiés à l’avance. On les fait sortir de leur cellule, on leur dit que leur recours en grâce a été rejeté, puis on les force à se mettre à genoux et on leur tire une balle dans la nuque. Les données relatives à la peine de mort au Bélarus continuent à être classées secret d’État.

Le secret entourant ce châtiment est assimilable à un traitement cruel, inhumain et dégradant, non seulement pour les condamnés mais également pour leur famille.

Amnesty International a recueilli de nombreux témoignages de proches de personnes ayant fait l’objet d’une exécution secrète ces dernières années. Ces récits montrent à quel point ils ont souffert du mépris total des autorités pour leurs droits et pour les obligations du Bélarus aux termes du droit international.

Le rapporteur spécial sur le Bélarus indique dans son rapport le plus récent qu’aucun progrès n’a été effectué sur le plan des droits humains au cours de l’année écoulée. Le 25 avril, il a réitéré ses inquiétudes sur le recours à la peine capitale. Il a demandé une suspension immédiate des condamnations à mort et l’arrêt des exécutions.

En juin à Genève, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies se penchera une nouvelle fois sur la situation des droits humains au Bélarus. En 2013, le Conseil a seulement mentionné « l’attention portée par rapporteur spécial à la question de la peine de mort au Bélarus » lorsqu’il a reconduit le mandat de celui-ci pour une année supplémentaire. Cette année, le Conseil passera-t-il encore quasiment sous silence cet aspect crucial du bilan du Bélarus en matière de droits humains ?

Nous espérons que non.

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