Gambie. Le gouvernement doit mettre fin à la répression

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

(Abuja) Les dirigeants africains et la communauté internationale doivent faire pression sur les autorités gambiennes pour qu’elles cessent d’utiliser leurs forces de sécurité comme outil de répression, a déclaré Amnesty International ce mardi 11 novembre, à l’occasion de la présentation de son rapport sur la situation des droits humains en Gambie. La présentation du rapport d’Amnesty International coïncide avec la réunion de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui se tient à Abuja, au Nigéria, du 10 au 24 novembre.

Nous demandons instamment à la Commission africaine d’aborder en priorité la question de la situation des droits humains en Gambie et d’adopter une résolution susceptible d’aider à mettre fin à la torture, aux arrestations et aux homicides perpétrés par les forces de sécurité locales. Nous demandons instamment à tous les dirigeants africains de faire pression sur la Gambie afin de mettre fin à la culture de l’impunité qui bénéficie depuis trop longtemps aux auteurs d’atteintes aux droits humains dans ce pays , a déclaré Tania Bernath, chargée de recherche sur la Gambie à Amnesty International.

Au cours des quatorze années au pouvoir du président Yahya Jammeh, six coups d’état auraient été déjoués. Le plus récent s’est produit en mars 2006 et a conduit à l’arrestation d’au moins 59 personnes, parmi lesquelles beaucoup ont été soumises à des périodes de détention illégale et à des procès inéquitables, certaines torturées ou même exécutées de façon extrajudiciaire.

Le rapport d’Amnesty International Gambie : la peur règne fait état de violations des droits humains par l’armée, l’agence nationale de renseignements et la police, utilisées par le gouvernement pour étouffer toute opposition, notamment après la tentative de coup d’État de mars 2006. Le rapport s’appuie sur des entretiens menés avec des personnes victimes d’atteintes à leurs droits fondamentaux en Gambie entre octobre 2007 et septembre 2008.

Dans son rapport, Amnesty International s’interroge sur une trentaine d’affaires dans lesquelles des personnes sont détenues sans avoir été inculpées. Beaucoup n’ont pas été autorisées à contacter leurs familles ou leurs avocats et sont incarcérées dans des conditions déplorables à la prison Mile 2.

L’organisation souligne aussi que l’absence de respect des règles du droit et de la justice de la part du gouvernement rend difficile la lutte contre l’impunité en Gambie. Les avocats sont réticents à accepter des dossiers d’atteintes aux droits humains par crainte des représailles et les familles des victimes n’osent pas parler. Les médias, pour la plupart, pratiquent l’autocensure par peur des arrestations, des amendes, des menaces et agressions physiques dont sont victimes ceux qui sont accusés de critiquer le gouvernement. Toute opposition publique a cessé.

Un défenseur des droits humains a expliqué à Amnesty International : Une fois que vous êtes arrêté [en Gambie], vous êtes hors de la protection de la loi et soumis à toutes sortes d’atteintes à vos droits fondamentaux de la part de la police, de l’armée et de l’agence nationale de renseignements.

La peur règne à présent en Gambie où toute personne perçue comme ennemie du gouvernement risque à tout moment d’être arrêtée, torturée, voire tuée, selon Tania Bernath. Nous demandons instamment au gouvernement gambien d’intégrer dans le droit national les normes du droit international relatif aux droits humains, de cesser de recourir à la torture et aux exécutions extrajudiciaires et de libérer toutes les personnes détenues sans avoir été inculpées.

En outre, Amnesty International appelle le gouvernement à enquêter sur les allégations de torture, mauvais traitements, détentions illégales et disparitions, à rendre publiques les conclusions de ces enquêtes et à poursuivre en justice les responsables présumés de tels actes.

D’autres organisations font écho à ces appels à l’action. La communauté internationale et les membres de l’Union africaine ne doivent pas fermer les yeux sur ce qui se passe en Gambie. Il faut faire pression sur les autorités gambiennes pour s’assurer que le gouvernement prend au sérieux ses obligations internationales en matière de droits humains, a déclaré Adetokunbo Mumuni, directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale SERAP (Socio-Economic Rights and Accountability Project).

Si la Commission africaine adoptait une résolution sur la Gambie, ce serait un pas important en vue d’un plus grand respect des droits humains en Gambie, et un rappel au gouvernement de son obligation d’agir de bonne foi pour mettre fin à la culture d’impunité ancrée dans le pays qui alimente les atteintes aux droits humains , a déclaré Stella Amadi, du Centre pour la démocratie et le développement.

Note aux rédactions

En raison du risque élevé de représailles contre les personnes ayant parlé à Amnesty International, de nombreux témoignages figurant dans le rapport sont anonymes. Les entretiens avec des personnes ont souvent été menés en dehors de la Gambie pour s’assurer de leur sécurité.

Amnesty International travaille avec d’autres organisations non gouvernementales nationales et internationales à l’adoption d’une résolution spécifique sur la Gambie par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Parmi ces organisations on peut citer l’Open Society Justice Initiative, le Centre pour la démocratie et le développement, le SERAP (Socio-Economic Rights and Accountability Project), le Centre de recherche et de documentation pour les défenseurs des droits des femmes et la Fondation pour les médias en Afrique de l’Ouest. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a son siège en Gambie.

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