Communiqué de presse

Guatemala. L’absence de consultation de la population locale ravive les conflits miniers

Le gouvernement du Guatemala souffle sur les braises de la discorde en s’abstenant de consulter la population locale avant d’accorder des licences d’exploitation aux compagnies minières, ce qui accroît le risque de voir le sang couler et les droits des citoyens piétinés, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public vendredi 19 septembre 2014.

Dans ce document, intitulé Mining in Guatemala : Rights at risk , l’organisation dénonce les lacunes dans la protection des communautés touchées par des projets miniers. Le projet de loi présenté par le gouvernement guatémaltèque ne répond pas aux inquiétudes partagées par les communautés indigènes et rurales quant à l’absence de consultation, et comporte des dispositions susceptibles d’exacerber les tensions existantes.

« Le projet de loi esquive les préoccupations de la population locale. Il ne remédie en aucune façon au problème de la consultation. S’il est promulgué, la principale conséquence sera que les opinions et les inquiétudes des communautés continueront d’être ignorées. Le gouvernement passe à côté d’une importante occasion », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

Le projet de réforme de la loi concernant l’extraction minière, élaboré en 2012, est actuellement examiné par le Congrès. Toutefois, il va reproduire les failles actuelles, notamment le délai de 10 jours pour contester les demandes de licence, qui aggrave le problème d’absence de consultation.

Les tensions résultant de l’absence de procédure équitable et de véritable consultation ont déjà débouché sur des affrontements violents, avec des heurts opposant les manifestants aux gardes de sécurité et aux policiers sur le site minier prévu.

Les normes internationales relatives aux droits humains exigent que les personnes susceptibles d’être touchées par des projets miniers soient consultées et dûment informées, et que les projets sur les terres des peuples indigènes ne soient réalisés qu’avec leur consentement libre, préalable et éclairé.

«  Analyser les répercussions d’un projet minier prend du temps, et il n’est pas réaliste que les populations susceptibles d’être touchées aient 10 jours pour examiner soigneusement une proposition et répondre à une demande de licence  », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Nous craignons que les violences qui ont marqué le passé ne se poursuivent si un processus de consultation juste et équilibré n’est pas mis en place. Nous savons également que les droits des populations autochtones ne sont pas respectés  », a déclaré Erika Guevara Rosas.

Bien souvent, les autorités ne mènent pas d’enquête approfondie sur les événements ayant fait des victimes – morts ou blessés – parmi ceux qui manifestent contre les projets miniers.

Le 13 juin 2012, la militante Yolanda Oquelí a été grièvement blessée par deux assaillants inconnus. Elle rentrait chez elle après avoir participé à une manifestation contre un projet minier lorsque deux hommes à moto lui ont coupé la route et ont ouvert le feu. L’une des balles s’est logée près de son foie. Après avoir survécu à cette attaque, elle était entrée dans la clandestinité avec sa famille.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme a ordonné au gouvernement guatémaltèque d’accorder une protection à Yolanda Oquelí et à sa famille. Bien que le ministère public ait ouvert une enquête sur l’agression, personne n’a encore été déféré à la justice.

« Il faut mettre un terme à la violence et à la répression qui vont désormais de pair avec les activités minières au Guatemala. Le gouvernement doit veiller à faire appliquer et respecter la loi afin de faciliter le dialogue et la prise de décision entre les compagnies minières, les autorités de l’État et les communautés concernées. Celles-ci doivent recevoir des informations complètes et objectives sur les avantages et les risques des projets miniers, données d’une manière claire et adaptée à leur culture », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Nous demandons aux gouvernements nationaux des compagnies minières étrangères qui opèrent au Guatemala de surveiller les agissements de ces entreprises et de leur demander de répondre de l’impact de leurs activités sur les droits humains, quel que soit leur lieu d’implantation.  »

Complément d’information

Les grandes entreprises actuellement implantées au Guatemala sont pour la plupart des filiales d’entreprises canadiennes.

Le Guatemala continue de se battre pour faire face aux atteintes aux droits humains commises par le passé durant le conflit armé interne (1960-1996). On estime à 200 000 le nombre de personnes tuées, parmi lesquelles 40 000 victimes de disparitions forcées.

Aujourd’hui, les peuples indigènes demeurent marginalisés, d’un point de vue économique et social. La propriété foncière est un grave problème et les communautés indigènes sont les principales victimes des fortes inégalités en matière de répartition des terres.

Au Guatemala, environ 30 % de la population vit dans une extrême pauvreté.

Amnesty International présente vendredi 19 septembre son rapport intitulé Mining in Guatemala : Rights at risk in Guatemala City. La délégation est composée d’Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, Sebastian Elgueta, chercheur sur l’Amérique centrale, et Tara Scurr, chargée de campagne Entreprises et droits humains pour Amnesty International Canada.

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