GUATÉMALA : Le pays renoue encore davantage avec un sombre passé

Index AI : AMR 34/043/2003
ÉFAI

Mercredi 16 juillet 2003.

« Le gouvernement du Guatémala semble condamné à répéter les erreurs du
passé, au lieu de demander des comptes aux structures et aux individus
responsables de graves atteintes aux droits humains commises au cours du
conflit armé », a déclaré Amnesty International après la décision de la Cour
constitutionnelle autorisant le général Efrain Rios Montt à poser sa
candidature à l’élection présidentielle.

Le général Rios Montt se trouvait au pouvoir pendant la période la plus
sanglante du conflit armé guatémaltèque, et fait l’objet de poursuites
judiciaires dans son pays pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité,
y compris génocide, ainsi que d’autres anciens membres de son état-major et
de celui de l’ex-président Romeo Lucas Garcia (1978-1982).

« Rios Montt est impliqué dans des milliers d’homicides, de "disparitions"
et d’actes de torture commis au cours de son mandat présidentiel.
L’approbation de sa candidature est une insulte aux victimes et augure mal
de la transition d’après-conflit au Guatémala », a déclaré l’organisation.

Tandis que le pays se prépare pour les élections générales de novembre, la
violence politique se déchaîne. Ces dernières semaines, des groupes de
défense des droits humains ont dénoncé une campagne systématique de menaces
de mort et d’actes d’intimidation visant des militants politiques et des
journalistes indépendants. Un nombre croissant de témoins, d’avocats, de
journalistes et de défenseurs des droits humains sont obligés de se cacher
ou de s’exiler.

« Ces violences systématiques rappellent de manière inquiétante la
répression qui avait lieu par le passé, à une époque sanglante et cruelle »,
a souligné l’organisation.

Le manque de volonté politique de rompre avec ce passé empêche la réforme
des services de renseignement au Guatémala, ce qui constitue une régression
supplémentaire. Le gouvernement guatémaltèque étudie à l’heure actuelle les
textes de loi définissant les modalités de fonctionnement du Secretaria de
Asuntos Administrativos y de Seguridad (SAAS, Secrétariat aux affaires
administratives et à la sécurité de la présidence). Il s’agit de l’organe
civil qui remplacera l’une des unités de renseignement militaire les plus
tristement célèbres du Guatémala, l’Estado Mayor Presidencial (EMP,
État-major présidentiel).

« Les réformes proposées nous inquiètent beaucoup, dans la mesure où ces
textes de loi risquent de mettre en place une organisation qui, tout en
restant théoriquement civile, ne diffèrera guère des anciennes structures
militaires. Un tel habillage est inacceptable », a déclaré Amnesty
International.

Comme Amnesty International l’a rappelé, tout service remplaçant l’EMP doit
subordonner les organisations de renseignement militaires à un contrôle
civil, et établir un processus permettant d’identifier les responsables de
l’EMP impliqués dans des atteintes aux droits humains, de les rayer des
cadres de l’État et de les traduire en justice, dans le respect du droit
guatémaltèque et international.

« En l’absence de telles mesures, le remplacement de l’EMP risque de se
limiter à un "recyclage" des éléments répressifs dans une nouvelle unité,
perpétuant ainsi le cycle de la violence et de l’impunité », a répété
Amnesty International.

De plus, la semaine dernière, il est apparu qu’en juin 2003, le président
Portillo avait donné son accord à un transfert clandestin supplémentaire de
14 millions de Quetzales (soit environ 1,6 million d’euros) de certains
services gouvernementaux vers l’EMP, et ce un jour après avoir renouvelé sa
promesse d’abolir l’EMP auprès de l’envoyé spécial des Nations unies au
Guatémala.

« Le fait que le président Portillo continue à transférer des fonds
supplémentaires vers l’EMP, malgré ses promesses de dissoudre cette unité,
montre de manière spectaculaire la différence existant entre ses promesses
et la réalité », a déclaré Amnesty International ce mercredi 16 juillet.

Le gouvernement guatémaltèque semble également profiter de ce climat de
violence pour justifier d’autres mesures de militarisation. Depuis le 11
juillet, plus de 300 soldats ont participé à des opérations conjointes, ou
fuerzas combinadas, avec la Policia Nacional Civil (PNC ; Police nationale
civile), afin de mener des opérations de maintien de l’ordre dans la
capitale, Guatemala City, ce qui constitue une violation supplémentaire des
accords de paix de 1996.

« Amnesty International demande aux candidats aux élections ayant lieu cette
année de s’engager à rectifier le cap désastreux pris par le pays en matière
de droits humains, et à inverser ce processus pernicieux de remilitarisation
 », a souligné l’organisation.

« En l’absence de mesures claires et courageuses des dirigeants politiques
du pays, les Guatémaltèques continueront à souffrir de leur passé sanglant.
 »

Contexte

L’ancien chef d’État militaire Efrain Rios Montt est théoriquement sous le
coup d’une interdiction constitutionnelle de se présenter aux élections
présidentielles, en raison de sa participation à un coup d’État en 1982.
Cependant, la Cour constitutionnelle a statué ce 14 juillet qu’il avait le
droit de se présenter à l’élection présidentielle de novembre 2003. Cette
nouvelle décision a annulé celles des autres tribunaux du Guatémala, y
compris de la Cour suprême.

L’EMP était officiellement chargé d’assurer la sécurité du président et du
vice-président. Travaillant souvent en collaboration avec des délinquants de
droit commun et des groupes de sécurité clandestins, il a surveillé, harcelé
et exécuté de manière extrajudiciaire des personnalités appartenant aux
mouvements de défense des droits humains, comme l’évêque Girardi et
l’anthropologue Myrna Mack. Les accords de paix de 1996 demandaient
l’abolition de l’EMP, mais plus de six ans plus tard, le président Portillo
a augmenté son budget à plusieurs reprises. Le président Portillo a
également promis à plusieurs reprises que l’EMP serait remplacé par une
nouvelle unité le 31 octobre de cette année.

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