Communiqué de presse

Il faut permettre aux Égyptiennes de manifester en paix

Amnesty International a exhorté les dirigeants militaires égyptiens à respecter le droit de manifester pacifiquement, tandis que des militantes en faveur des droits humains organisaient de nouvelles actions vendredi 23 décembre.

Des militants sont descendus dans la rue pour dénoncer le recours de l’armée à la violence contre les femmes et les opposants lors des manifestations qui se sont déroulées cette semaine et qui ont fait 17 morts, la plupart ayant été abattus.

« Les scènes de violence choquantes de ces derniers jours ne doivent pas se reproduire », a déclaré Philip Luther, directeur par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les autorités militaires égyptiennes doivent veiller à ce que les manifestants soient autorisés à exercer leur droit à la liberté d’expression de manière pacifique, sans avoir à craindre d’être agressés. Les autorités sont responsables de la sécurité de ces personnes. »

Plusieurs militantes se sont exprimées ces derniers jours au sujet du traitement brutal qu’elles ont subi aux mains de membres des forces de sécurité, qui les ont notamment frappées et menacées d’agressions sexuelles.

Des groupes de défense des droits des femmes ont organisé de nouvelles actions de protestation au Caire vendredi 23, ce qui fait craindre un regain de violence.

Le Conseil suprême des forces armées, qui dirige le pays, a diffusé une déclaration annonçant que forces armées et police n’interviendraient pas lors de la manifestation de vendredi.

Cependant, dans d’autres déclarations récentes, le Conseil suprême a essayé de montrer les militants sous un jour peu flatteur, assurant qu’ils étaient irresponsables et violents ou les accusant de « comploter pour abolir l’État ».

Un haut responsable militaire a même affirmé que les forces armées avaient le droit de tirer à balles réelles sur les manifestants.

« Ce genre de déclaration constitue une incitation à châtier les manifestants. Les défenseures des droits humains et les militantes doivent être autorisées à se prononcer contre les violations des droits fondamentaux commises par le Conseil suprême des forces armées », a poursuivi Philip Luther.

« Les autorités ne doivent pas recourir à la force contre des manifestants pacifiques et ne doivent pas soumettre les femmes à des violences liées au genre. »

Les violences ont repris vendredi 16 décembres lorsque les forces armées ont cherché à disperser un sit-in en faveur de la fin du régime militaire.

Mardi 20 décembre, des femmes ont défilé à travers Le Caire, brandissant des images choquantes montrant des soldats frappant et déshabillant des manifestantes lors d’actions de protestation précédentes.

Cette année, les forces armées et la police antiémeutes égyptiennes ont régulièrement employé la violence contre les femmes, notamment en infligeant des tests de virginité à des manifestantes et en faisant subir des agressions sexuelles à des femmes journalistes.

Le 16 décembre, des soldats ont été vus en train de donner des coups, de pied notamment, à des manifestantes aux alentours de la place Tahrir.

Un clip vidéo en ligne a montré deux femmes se faire traîner par terre par des représentants des autorités.

Les habits d’une d’entre elles lui ont été arrachés avant qu’un soldat ne piétine son torse. L’autre, Azza Hilal, a été violemment frappée à la tête et au visage. D’autres manifestantes ont été traînées par les cheveux.

Des membres des forces armées ont emmené au moins huit manifestantes dans un bâtiment du Parlement dans le centre du Caire. Ils leur auraient donné des coups de bâton et certaines ont été molestées par des soldats ou menacées d’agression sexuelle. Au moins deux ont été hospitalisées.

Des militantes égyptiennes prennent la parole

Plusieurs défenseures des droits humains et militantes ont évoqué ce qu’elles ont vécu en détention le 16 décembre (tous les clips sont en arabe) :

Farida al Hossy

Farida al Hossy a été agressée alors qu’elle s’éloignait en courant du centre de soins d’urgence de la place Tahrir. D’abord, un groupe de soldats l’a rouée de coups de matraque, puis l’un d’eux a continué à la frapper et à la gifler. Elle a été placée en détention avec d’autres manifestantes, toutes blessées et ensanglantées, dans un bâtiment du Parlement ; elles ont ensuite été remises en liberté par un haut-gradé contrit.

Ghada Kamal – 28 ans, pharmacienne, membre du mouvement pro-démocratie des « Jeunes du 6 avril »

Ghada Kamal explique qu’elle a spécifiquement été prise pour cible en raison d’une confrontation antérieure avec des soldats masqués sur la place Tahrir ; ils l’avaient menacée d’agression sexuelle. Lorsqu’elle a essayé d’aider une jeune fille qui avait été sauvagement battue sur la place, elle a été frappée à la tête. Elle a été reconnue par un soldat qui l’avait vue manifester plus tôt ce jour-là ; on l’a alors emmenée à l’intérieur du bâtiment. Elle a également été menacée d’agression sexuelle durant sa détention.

Mona Seif – membre d’un groupe de défense des droits humains s’opposant aux procès de civils devant des tribunaux militaires

Mona Seif a été arrêtée alors qu’elle quittait le centre de soins d’urgence de la place Tahrir, où elle se cachait avec un petit garçon. Les soldats lui ont arraché l’enfant et l’ont frappée. Elle a été emmenée dans une pièce où se trouvaient un autre mineur, plusieurs femmes plus âgées, une jeune femme et une journaliste. Elle affirme qu’un officier a identifié la jeune femme comme étant une militante, l’a traînée hors de la pièce et l’a rouée de coups. Des officiers et des soldats ont par ailleurs obligé une autre femme à enlever son niqab et l’ont insultée, tandis que plusieurs officiers ont giflé une des femmes plus âgées.

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