INDONÉSIE : Les droits humains sacrifiés à la sécurité en Aceh

Index AI : ASA 21/018/2004
ÉFAI

Mardi 11 mai 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les populations de Nanggroe Aceh Darussalam (Aceh) vivent désormais dans la peur constante d’être tuées, torturées ou arrêtées. Un an après l’imposition de la loi martiale par le gouvernement indonésien, la violence s’est tellement répandue qu’il est presque impossible de vivre une vie normale. Amnesty International demande au gouvernement indonésien de cesser de sacrifier les droits humains au nom de la sécurité.

« Dans presque tous les domaines, l’état d’urgence militaire est préjudiciable à la vie des citoyens ordinaires », a déclaré Amnesty International. « Les habitants sont terrorisés par les nombreux homicides, et par la menace constante d’arrestation, de torture et de mauvais traitements. Dans le même temps, la vie sociale et économique est gravement perturbée par l’intensité des opérations militaires », a ajouté l’organisation.

Amnesty International possède de nouveaux témoignages de personnes ayant été torturées aussi bien par l’armée que par la police ces derniers mois. Parmi les méthodes utilisées figurent les passages à tabac, les brûlures de cigarette, les sacs plastique enfilés sur la tête, et les chocs électriques. Amnesty International a également reçu des informations crédibles faisant état de viols et d’autres formes de violence sexuelle à l’encontre des femmes.

Ainsi, une jeune fille de douze ans du nord de l’Aceh aurait été violée par des militaires indonésiens, en août 2003. Trois femmes de l’est de l’Aceh, dont une enceinte, auraient été forcées de se déshabiller et brutalisées par des soldats. À la connaissance d’Amnesty International, aucune de ces affaires n’a fait l’objet d’une enquête.

Sous l’état d’urgence militaire en Aceh, les violations des droits humains par les forces de sécurité se sont multipliées. Selon les autorités indonésiennes, environ 2 000 personnes ont été tuées l’année dernière par les forces de sécurité. Selon des éléments de plus en plus probants, de nombreuses personnes tuées étaient des civils ; des membres du groupe indépendantiste Mouvement pour l’Aceh libre ont aussi fait l’objet d’homicides illégaux.

Les forces de sécurité ont également procédé à des arrestations à grande échelle. Les forces de sécurité affirment avoir arrêté 2 100 personnes. Des centaines de personnes ont été jugées pour leur appartenance ou leur soutien au Mouvement pour l’Aceh libre. Cependant, des éléments probants montrent que beaucoup de ces personnes ont été condamnées sur la base d’aveux arrachés sous la torture.

« Ces procès sont purement politiques, a déclaré Amnesty International. Ils montrent que les tentatives actuelles pour réformer le système judiciaire, notamment en renforçant son indépendance, n’ont eu que peu d’impact sur les tribunaux, dans le contexte très tendu qui prévaut en Aceh. »

La semaine dernière, l’armée indonésienne a reconnu que des violences s’étaient produites, et affirmé que 429 affaires avaient été traduites devant des tribunaux militaires, dont certaines impliquaient des violations des droits humains. La condamnation la plus sévère serait pour l’instant de trois ans et demi de prison pour viol. Amnesty International se félicite que les problèmes en Aceh soient reconnus, mais considère que l’armée n’est pas suffisamment impartiale pour juger les affaires de violations des droits humains par ses propres membres. L’organisation estime également que ces affaires ne constituent qu’une petite part de l’ensemble des atteintes aux droits humains.

Amnesty International demande au gouvernement indonésien de condamner publiquement les violations des droits humains en Aceh, et de prendre des mesures immédiates pour y mettre un terme, notamment en ouvrant des enquêtes efficaces, indépendantes et impartiales sur toutes les allégations de violations.

L’organisation a aussi souligné la nécessité d’accorder un accès immédiat aux observateurs des droits humains, aux organisations humanitaires et aux journalistes, à qui la province est quasiment fermée depuis l’année dernière.

Contexte

Le 19 mai 2003, l’état d’urgence militaire a été déclaré pour six mois en Aceh, après la rupture des pourparlers de paix entre le gouvernement indonésien et le Mouvement pour l’Aceh libre, un groupe indépendantiste armé. D’importantes opérations militaires ont eu lieu contre ce mouvement dans le cadre de l’état d’urgence, qui a été prolongé de six mois en novembre, jusqu’au 19 mai 2004.

Des milliers de civils ont été tués pendant ce conflit qui oppose depuis vingt-sept ans le Mouvement pour l’Aceh libre au gouvernement. Les forces de sécurité indonésiennes ont commis de graves violations des droits humains, comme des homicides illégaux, des « disparitions » et des actes de torture au cours d’opérations contre le Mouvement pour l’Aceh libre. Celui-ci s’est également rendu responsable d’atteintes aux droits humains, notamment des prises d’otages et des homicides illégaux.

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