Italie : Inaction de la Commission européenne tandis que des femmes roms enceintes et des enfants se retrouvent sans domicile

Les récentes démolitions illégales de quartiers informels roms à travers toute l’Italie ont jeté à la rue un grand nombre de personnes extrêmement vulnérables, dont des femmes enceintes proches du terme et des enfants, certains n’étant âgés que de quelques mois, a déclaré Amnesty International mercredi 14 juin après de nouvelles recherches sur le terrain. Les multiples violations des droits humains commises par les autorités italiennes ont été recensées plusieurs jours avant que la Commission européenne, la branche exécutive de l’Union européenne (UE), ne s’abstienne à nouveau de prendre des sanctions contre les autorités italiennes pour discrimination envers les Roms.

L’organisation s’est récemment rendue dans des campements et a mené des entretiens avec des familles dont les maisons ont été détruites et qui ont été expulsées de force au cours de ces derniers mois. Parmi ces personnes, se trouvait une femme enceinte de sept mois qui s’est retrouvée sans domicile lorsque sa maison a été rasée au bulldozer deux semaines auparavant dans le quartier informel de la ville de Germagnano, à Turin. Un bulldozer aurait commencé à raser une autre maison alors qu’un enfant de neuf ans dormait dedans. Des témoins ont rapporté qu’il n’a pu être sauvé que lorsque sa mère a crié au bulldozer de s’arrêter.

En coopération avec le Centre européen pour les droits des Roms, Amnesty International appelle la Commission européenne à entamer enfin des procédures légales contre l’Italie, pour empêcher de futures expulsions forcées ainsi que la ségrégation.

« Dans le campement de Germagnano, de nombreux Roms ont peur de sortir de chez eux, ne serait-ce que pour aller chez le médecin, au cas où leur maison serait détruite pendant leur absence. Ils vivent en permanence sous la menace de perdre leur maison, et d’être ballottés à droite à gauche dans un cycle sans fin d’expulsions forcées. Leur situation se répète dans des dizaines de campements à travers l’Italie. Il est grand temps que l’Union européenne oblige l’Italie à rendre des comptes, et rende justice aux Roms qui subissent la ségrégation et la discrimination », a déclaré Fotis Filippou, directeur adjoint du programme Europe à Amnesty International.

Le 14 juin, le collège des membres de la Commission a tenu sa réunion mensuelle pour décider s’il faut lancer une procédure d’infraction contre les États qui enfreignent le droit européen. Une fois encore, aucune action n’a été prise contre l’Italie, malgré les preuves accablantes de violations des droits fondamentaux des Roms par l’Italie mises à disposition de la branche exécutive de l’UE par les organisations de défense des droits humains. En avril, le Financial Times a révélé que jusqu’à présent, une telle action avait systématiquement été empêchée afin d’« éviter un débat public préjudiciable ».

En septembre 2012, la Commission européenne a entamé une phase de dialogue bilatéral précédant une infraction, ou procédure « pilote », contre l’Italie en raison de son traitement des Roms au regard de la directive sur l’égalité raciale, en citant les expulsions forcées, la ségrégation dans des campements mono-ethniques et la discrimination dans l’accès au logement.

À l’époque, des preuves accablantes et exhaustives étaient déjà disponibles. Pourtant, malgré une accumulation de nouveaux éléments de preuve depuis cette date, aucune procédure d’infraction n’a encore été entamée près de cinq ans plus tard.

Ces derniers mois, de nombreux Roms vivant dans le quartier informel de la ville de Germagnano, à Turin, ont été expulsés de force par les autorités locales et se sont retrouvés sans domicile à de nombreuses reprises.

Suite à un décret approuvé par une autorité judiciaire, ordonnant la saisie des terres occupées, les autorités locales affirment que seules les maisons abandonnées ont été démolies. Amnesty International a cependant recueilli des informations qui font état d’une situation bien différente. Dans une affaire, un garçon de 17 ans a déclaré qu’il avait été réveillé un matin il y a trois mois, et qu’on lui avait dit de récupérer immédiatement ses affaires avant que sa maison ne soit intégralement rasée par un bulldozer. Sans préavis suffisant et sans véritables consultations ou solutions de relogement, comme l’exige le droit international, les personnes expulsées sont désormais sans domicile, obligées de vivre dans des logements exigus avec des amis ou des proches, ou poussées à recourir à des alternatives improvisées, notamment des tentes. Amnesty International a recensé des affaires similaires concernant des adultes en situation de handicap, des enfants, et des familles avec des nourrissons, qui tous se sont retrouvés sans domicile.

Cela fait longtemps que l’Italie pratique les expulsions forcées et la ségrégation des Roms dans des camps. Germagnano semble suivre la même voie que le quartier informel de Gianturco à Naples qui a été démoli après l’expulsion forcée de familles le 7 avril 2017. Suite à cela, 130 adultes et enfants roms ont été placés dans un camp spécifiquement destiné aux Roms à Via del Romani, tandis que des centaines d’autres se sont retrouvés sans aucune alternative.

Le 7 avril 2017, Associazione 21 Luglio a publié son rapport annuel accablant, révélant que 28 000 Roms avaient été la cible d’expulsions forcées, placés dans des camps isolés du reste de la population ou forcés à vivre dans des hébergements d’urgence à travers le pays.

Les statistiques dévoilent l’ampleur des violations du droit au logement infligées contre les communautés roms. À travers l’Italie, 18 000 Roms vivent dans 149 campements roms situés dans 88 localités différentes et près de 10 000 Roms vivent dans des quartiers informels et sont souvent victimes d’expulsions forcées répétées aux mains des autorités. Deux cent cinquante expulsions forcées ont été menées contre des Roms par les autorités italiennes rien que pour l’année 2016.

« L’Italie enfreint quotidiennement la directive sur l’égalité raciale en expulsant de force des Roms sans leur fournir de solution de relogement adaptée, jetant ainsi de force les populations roms dans un environnement hostile et dégradant. L’ouverture d’une procédure d’infraction contre l’Italie n’a que trop tardé. Que faut-il de plus pour que la Commission européenne se réveille, remarque ce qu’il se passe, et qu’elle agisse ?  » a déclaré Ðorđe Jovanović, le président du CEDR.

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