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Jabeur Mejri, Tunisie : vos mots peuvent changer des vies

À l’heure où des sympathisants d’Amnesty prennent part au Marathon annuel des lettres de l’organisation, nous avons rencontré Jabeur Mejri (en Tunisie), dont le cas a été mis en avant l’an dernier. Par l’équipe Tunisie d’Amnesty International.

«  J’en ai deux maintenant !  » Jabeur Mejri sourit en désignant un album contenant des centaines de photos de soutien prises par des membres d’Amnesty International. Elles ont été transmises à Jabeur et sa famille lorsqu’il était en détention en Tunisie ces deux dernières années.

En mars 2012, Jabeur a été condamné à sept ans et demi de prison pour avoir publié sur Facebook des propos considérés comme insultants à l’égard de l’islam et du prophète Mahomet. « La prison a été difficile », nous a-t-il dit. « Les autres prisonniers me harcelaient et me frappaient en raison de mes opinions et les gardiens ne faisaient rien pour me protéger. »

Messages de soutien

Après l’emprisonnement de Jabeur, des sympathisants d’Amnesty du monde entier ont joint leurs forces pour réclamer sa libération. Des milliers de personnes ont signé des pétitions et des centaines d’autres ont adressé de message de soutien à cet homme et à sa famille. Des militants sont descendus dans la rue en Tunisie et à travers le monde. Et beaucoup ont écrit aux autorités dans le cadre de l’édition 2013 du Marathon des lettres d’Amnesty. Notre équipe est toujours restée en contact avec la famille de Jabeur et ses avocats, s’assurant qu’il allait bien et restant à l’affût des moindres évolutions de son cas.

Enfin, après exactement deux ans de prison et des mois de promesses creuses, il a été libéré à la faveur d’une grâce accordée par le président Moncef Marzouki en mars 2014. «  C’est en regardant les informations télévisées que j’ai appris que j’avais été gracié », a-t-il déclaré. « Personne à la prison ne me l’avait dit. »

Jabeur a de nouveau été arrêté en avril, et condamné à huit mois et demi de prison supplémentaires pour outrage à fonctionnaire. Il nous dit qu’il s’était disputé avec ce fonctionnaire parce qu’il pensait que celui-ci lui avait fourni des informations incorrectes. Heureusement, en octobre 2014, il a de nouveau bénéficié d’une grâce présidentielle. Jabeur a été libéré à titre provisoire, car il est désormais visé par des accusations de vol, qu’il nie farouchement.

La peur de l’avenir

Malgré sa libération, Jabeur ne se sent pas libre. « J’ai peur quand je suis dans la rue que quelqu’un me fasse du mal ou qu’on me mette de nouveau en prison  », dit-il. « Et j’ai peur pour mes parents, qui ont déjà beaucoup enduré ces deux dernières années. J’ai aussi peur pour mon avenir, je veux un futur, travailler et avoir une famille mais je crains que ce ne soit pas possible ici. »

Jabeur est effrayé par les réactions à ses opinions sur la religion en Tunisie. En fait, le président Marzouki a essayé de justifier le manque d’empressement à le libérer par le risque que Jabeur ne soit attaqué par des groupes choqués par ses opinions. La répression et les restrictions à la liberté d’expression étaient la marque de fabrique du régime du président Ben Ali, mais un nouveau gouvernement aura bientôt la possibilité de garantir que les personnes comme Jabeur Mejri puissent exprimer pacifiquement leurs opinions sans crainte de menaces ni d’actes d’intimidation.


Vous influencez le cours des choses

Alors que s’ouvre le Marathon des lettres 2014, le cas de Jabeur montre à quel point vos paroles et messages de soutien peuvent influer sur la vie de certaines personnes de manière positive. Avant notre départ, il nous dit combien votre soutien fait bouger les choses.

« Ma situation s’est améliorée lorsque les projecteurs ont été braqués sur mon cas, et certains militants et avocats sont venus me rendre visite en prison », dit-il. « Le soutien apporté par Amnesty International a eu un énorme impact, je suis très heureux que vous ayez fait connaître mon cas, non seulement auprès de vos militants mais également au sein du public tunisien. »

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