JAMAÏQUE : Quatre nouveaux homicides ressemblent fort à des exécutions extrajudiciaires par la police.

Index AI : AMR 38/012/2003

Vendredi 9 mai 2003

Amnesty International est très préoccupée par quatre nouveaux homicides
commis par la Crime Management Unit (CMU, Unité de lutte contre le crime),
qui ressemblent fort à des exécutions extrajudiciaires. La CMU serait
impliquée dans de nombreuses violations des droits humains depuis sa
création, en septembre 2000.

« Une fois de plus, la CMU tue dans des circonstances douteuses. Combien de
temps encore cette unité de police sera-t-elle autorisée à semer la mort
dans le pays avant que les autorités prennent des mesures efficaces pour que
la police rende compte de ses actes ? » a déclaré Piers Bannister, chercheur
pour les Caraïbes anglophones au Secrétariat international d’Amnesty
International, ce vendredi 9 mai.

Le soir du 7 mai 2003, des membres de la CMU ont tué deux hommes et deux
femmes dans le district de Crawle, à Clarendon. Les policiers affirment
avoir été pris pour cibles, avoir riposté et avoir trouvé par la suite
quatre personnes dans une maison, gravement blessées. Ces quatre personnes
sont décédées avant leur admission à l’hôpital.

« Cette affaire ressemble fort à une exécution extrajudiciaire. La version
des policiers est vigoureusement contestée par les voisins, qui sont
nombreux à témoigner qu’il s’agissait d’homicides commis par des policiers.
Aucune des victimes n’a survécu, même pas jusqu’à l’hôpital. Aucun des
policiers n’a été blessé, bien qu’ils prétendent avoir essuyé un feu nourri
en arrivant sur place », a précisé Amnesty International.

Selon certains médias, la fille de l’une des femmes, âgée de huit ans, a été
expulsée de la pièce avant que les policiers n’abattent sa mère.

Ces faits récents ressemblent de manière frappante à l’homicide des sept
jeunes gens commis par la CMU à Braeton, en mars 2001. Le substitut du
procureur général (DPP, Director of public prosecutions) n’a toujours pas
rendu sa décision quant à une éventuelle inculpation des policiers impliqués
dans cette affaire, malgré des éléments accablants prouvant que ces jeunes
gens ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires.

« Les autorités doivent faire en sorte que les responsabilités pour ces
quatre homicides soient promptement établies », a souligné Piers Bannister.

Amnesty International a établi de nombreux dossiers concernant
l’insuffisance des enquêtes sur des exécutions extrajudiciaires présumées
commises par la police jamaïcaine au cours de ces trois dernières années.

« L’enquête sur ce quadruple homicide doit être approfondie, prompte et
exhaustive, et doit respecter les normes définies par le droit international
relatives aux enquêtes sur les exécutions illégales présumées commises par
des agents de l’État. Les policiers impliqués doivent être immédiatement
suspendus de leurs fonctions, en attendant le résultat de l’enquête. Tout
policier impliqué dans un acte illégal doit être inculpé et traduit en
justice de manière prompte et équitable. Il est temps de mettre fin à
l’immunité policière pour les homicides en Jamaïque », a conclu Pier
Bannister.

Contexte

Les médias ont donné le nom de trois des victimes, les identifiant comme
étant Lewena Thompson, âgée de 39 ans, Angela Richards, âgée de 45 ans, et
Kirk Gordon. La quatrième personne n’a pas encore été identifiée.

La Jamaïque souffre d’un niveau alarmant d’homicides commis par la police.
En 2002, les policiers ont tué 133 personnes pour une population de
seulement 2,6 millions de personnes. Certes, ces homicides correspondent
parfois à un recours légitime à la force meurtrière, mais dans bien des cas,
de nombreux éléments donnent à penser qu’il s’agit d’exécutions
extrajudiciaires.

Cependant, pratiquement aucun policier n’a été poursuivi sous inculpation
d’homicide illégal. Malgré les nombreuses déclarations du gouvernement et du
DPP selon lesquelles les policiers impliqués dans ces homicides illégaux ne
jouissent d’aucune immunité, les autorités se montrent toujours incapables
de citer les policiers effectivement jugés, et encore moins condamnés. La
dernière condamnation relative à un homicide illégal commis par un policier
connue d’Amnesty International remonte à l’année 1999.l

Pour de plus amples informations sur la situation en Jamaïque, ou plus de
détails sur l’affaire Patrick Genius, veuillez consulter Jamaica : Killings
and violence by police : how many more victims ? [Jamaïque. Homicides et
violence de la police : combien de victimes encore ?] (index AI :
38/003/2001) et Jamaica : The killing of the Braeton Seven - A justice
system on trial [Jamaïque. L’homicide des Sept de Braeton - Un système
judiciaire en procès] (index AI : 38/005/2003)

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