Communiqué de presse

Japon — Les victimes du système d’esclavage sexuel mis en place par l’armée attendent toujours justice

Alors que l’on commémore le 67e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Amnesty International appelle une nouvelle fois le gouvernement du Japon à rendre justice aux femmes victimes du système d’esclavage sexuel mis en place par l’armée japonaise.

En outre, cela fait cinq ans que la Chambre des représentants des États-Unis a adopté une résolution exhortant le gouvernement japonais à rendre justice aux victimes de cet esclavage. Cette résolution qualifie le système d’esclavage sexuel de « sans précédent par sa cruauté et son ampleur », « l’un des plus grands exemples de traite d’êtres humains au 20e siècle ».

Depuis 2007, à l’instar des États-Unis, le Canada, les Pays-Bas, la Corée du Sud, Taïwan et le Parlement européen, qui représente les 27 États membres de l’Union européenne, ont adopté des résolutions appelant le gouvernement du Japon à assumer sa responsabilité et à présenter des excuses pour les crimes qu’ont subis ces femmes.

Ces résolutions et les pressions internationales croissantes à l’égard du Japon sont le fruit de la campagne menée dans le monde entier par les victimes du système d’esclavage sexuel, en faveur de la justice et contre les violences faites aux femmes.

L’une d’entre elles, Gil Won-ok, à l’occasion de sa venue en Europe en 2007, s’est exprimée devant les Parlements européen et néerlandais, leur demandant d’inciter le gouvernement japonais à résoudre cette question. Lorsqu’elle avait 13 ans, on lui a promis un travail en usine, mais elle s’est retrouvée dans une maison de prostitution située dans le nord-est de la Chine, où elle a dû travailler comme « femme de réconfort ». Gil Won-ok est sortie de son silence en 1998, 53 ans après cette expérience traumatisante, et s’est depuis lors rendue en Europe, au Japon, en Australie et aux États-Unis, réclamant justice pour elle-même et pour toutes les victimes de cet esclavage sexuel mis en place par l’armée japonaise, ainsi que la fin des violences contre les femmes.

La grande majorité des « femmes de réconfort » avaient moins de 20 ans, et certaines n’avaient que 12 ans lorsqu’elles ont été enlevées. L’armée impériale japonaise a usé de violence et de tromperie pour obtenir des femmes et des jeunes filles. Les rescapées ont rarement parlé de ce qu’elles avaient vécu, bien qu’elles aient souffert de problèmes de santé physiques et mentaux, d’isolement, de honte et souvent d’extrême pauvreté du fait de leur servitude.

De 1932 environ jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des femmes de toutes les zones de la région Asie-Pacifique ont été réduites en esclavage sexuel par l’armée impériale japonaise. Toutefois, à ce jour, le Japon n’a pas présenté d’excuses complètes aux victimes, n’a pas admis la responsabilité légale de ces crimes ni accordé pleinement réparation à toutes les victimes.

Plusieurs organes de suivi des traités des Nations unies, notamment le Comité des droits de l’homme, le Comité contre la torture et le Comité pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ont demandé au gouvernement de présenter ses excuses, d’assumer ses responsabilités, y compris sa responsabilité légale pour le système d’esclavage sexuel mis en place par l’armée, et de proposer aux victimes des mesures adéquates de réadaptation, y compris des indemnisations.

En mai 2010, lors de la 14e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes a présenté un rapport dans lequel elle notait que les « femmes de réconfort », en tant que victimes de crimes sexuels, ne souhaitaient pas recevoir une indemnisation économique sans des excuses officielles ni la reconnaissance officielle de la responsabilité de l’État. Au cours d’une visite au Japon en mai 2010, Navi Pillay, haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, a elle aussi invité le gouvernement japonais à prendre davantage que des « demi-mesures » et à traiter une fois pour toutes de la question des « femmes de réconfort » en présentant des excuses et en accordant des réparations aux milliers de femmes victimes de servitude sexuelle pendant la guerre.

Malgré les pressions internationales, le gouvernement japonais continue de refuser de leur rendre justice, en soutenant que la question de l’obligation d’accorder des réparations a été réglée par le biais des traités de paix et des accords qui cherchaient à exclure d’autres réparations. Cependant, les indemnisations proposées par l’État japonais ne sont pas conformes aux normes internationales relatives aux réparations et sont perçues par les victimes comme un moyen d’acheter leur silence. Ces femmes sont aujourd’hui très âgées, et beaucoup sont mortes sans que justice leur ait été rendue.

Amnesty International invite le gouvernement du Japon à accorder sans plus attendre des réparations aux victimes, et plus particulièrement à :

 admettre son entière responsabilité, y compris sa responsabilité légale, dans le système des « femmes de réconfort », de façon à reconnaître publiquement le tort causé à ces femmes, sous une forme acceptable pour la majorité d’entre elles ;
 présenter des excuses complètes dépourvues de toute ambiguïté pour les crimes commis contre ces femmes ;
 accorder directement des réparations appropriées et réelles, conformément aux normes internationales, à l’issue d’une concertation avec les victimes visant à définir la teneur de réparations pleines et entières ;
 veiller à ce que les manuels d’enseignement au Japon rendent compte de manière exacte du système d’esclavage sexuel mis en place pendant la Seconde Guerre mondiale.

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