Jouer le jeu et interagir pour un traité solide sur le commerce des armes

Par Frank Johansson, directeur de la section finlandaise d’Amnesty International

Un diplomate expérimenté m’a dit un jour que la diplomatie multilatérale c’est un étrange théâtre d’ombres. La plupart du temps, les répliques échangées sur la scène lors des réunions officielles ne représentent que de simples signes indicateurs de ce qui se passe réellement en dehors de la salle ou dans les coulisses.

Comme je participe au travail de pression d’Amnesty International dans le dernier spectacle en date – les négociations pour un traité sur le commerce des armes qui se tiennent à l’ONU à New York ce mois-ci – je me rends compte qu’il avait raison.

Même si le langage diplomatique utilisé dans la grande salle de conférence – extrêmement courtois, avec des expressions subtiles qui signifient exactement le contraire de ce qui est littéralement dit – est intéressant pendant un moment, à la longue c’est épuisant.

Si vous voulez vraiment faire changer les choses, il vous faut être auprès des bonnes personnes au bon moment.

Ce qui est nécessaire, pour pouvoir jouer ce rôle, c’est d’avoir de bons contacts dans les équipes de négociateurs des gouvernements. Grâce à eux, vous pouvez mieux comprendre ce qui est réellement en train de se passer.

Si vous voyez un représentant d’un gouvernement qui se promène avec un ordinateur portable ouvert et qui parle avec d’autres représentants gouvernementaux, alors vous pouvez être sûr qu’ils sont en train de négocier le texte d’une proposition commune pour le traité.

Dans ce type de cas, il vous faut simplement trouver le ou la diplomate que vous connaissez bien et qui semble abordable, et l’amener à vous donner des tuyaux. Vous pouvez ensuite communiquer ces informations à vos collègues de l’équipe d’Amnesty – qui ont eu simultanément des discussions avec d’autres représentants gouvernementaux – et essayer d’assembler les différentes pièces du puzzle.

Jeudi dernier, à l’approche du moment butoir pour le dépôt des propositions de texte concernant les types d’armes couverts par le traité, on pouvait voir les gens courir dans tous les sens dans la salle, comme des fourmis se déplaçant à la hâte de bureau en bureau.

Comme l’un de ceux qui couraient le plus était un délégué ami d’un pays nordique, l’équipe d’experts d’Amnesty avait déjà pu analyser le projet de texte et faire des suggestions.

Je n’avais donc plus qu’à le suivre à la trace : repérer qui il approchait, et si c’était quelqu’un d’un gouvernement figurant sur ma liste, foncer sur lui et lui demander de venir discuter avec moi à l’extérieur de la salle. S’il s’agissait d’une personne dont mes collègues s’occupaient, je leur laissais l’initiative.

Bien entendu, il faut agir au bon moment : il suffit de regarder ailleurs pendant quelques secondes pour manquer une belle occasion.

Mais ça ne peut pas toujours aller dans le même sens : il faut donner si on veut recevoir. À Amnesty, nous avons la chance d’avoir une très solide équipe d’experts qui nous donnent, à nous l’équipe qui se trouve dans la salle, tous les éléments factuels et stratégiques dont nous avons besoin pour pouvoir réellement offrir beaucoup en retour aux représentants gouvernementaux.

C’est la grande qualité de nos analyses qui nous permet d’établir les contacts dont nous avons besoin pour effectuer notre travail : comme les gouvernements comprennent que nous maîtrisons notre sujet, ils sont prêts à discuter avec nous.

La diplomatie avec les moyens de communication modernes permet d’envoyer par courriel aux délégués des commentaires alors même que la session a déjà débuté. Des bouts de papier contenant de précieux éléments d’information sont scannés et partagés en une fraction de seconde avec les collègues et les diplomates. On a parfois l’impression de travailler tout le temps en mode accéléré.

Les informations ne sont pas partagées seulement avec l’équipe d’Amnesty International ici à New York mais aussi avec notre réseau de collègues qui mènent le travail de pression dans les capitales du monde entier.

Les discussions relatives au traité sur le commerce des armes entrent à présent dans la période cruciale et intense des derniers quinze jours des négociations.

J’écris tout cela pendant ma dernière journée passée dans cette salle à observer ce processus. Je vais passer le relais à un des collègues d’Amnesty avant de retourner en Finlande. Soyez bien certains qu’ils sont parfaitement au courant de toutes les informations que nous avons réunies et de tous les contacts établis au cours des deux dernières semaines. Tous les diplomates avec qui j’ai travaillé ont été avertis de ce changement.

Je suis triste de partir car, comme l’a souligné lors de son discours la présidente du Liberia et lauréate du prix Nobel de la paix Ellen Johnson Sirleaf, cette occasion qui s’offre à nous de marquer l’histoire ne se présente qu’une fois dans la vie de chacun. J’ai eu l’immense chance de pouvoir participer à cet important processus.

Je souhaite bonne chance à ceux qui vont rester jusqu’à la fin. Jouez le jeu et soyez auprès des bonnes personnes au bon moment. Et quand le rideau final sera tombé, nous disposerons d’un solide traité sur le commerce des armes qui protégera les droits humains.

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