Kirghizistan. Un militant ouzbek emprisonné à vie pour des accusations mensongères

Communiqué de presse

ÉFAI - Index AI : PRE 01/315/2010

15 septembre 2010

Amnesty International demande la libération immédiate et inconditionnelle d’un défenseur des droits humains ouzbek déclaré coupable d’avoir participé au meurtre d’un policier lors des violences qui ont éclaté au Kirghizistan en juin.

Azimjan Askarov, directeur de l’organisation de défense des droits humains Vozdukh (Air), a été condamné ce mercredi 15 septembre à la réclusion à perpétuité et à la confiscation de ses biens. La décision du tribunal du district de Nooken, dans le sud du pays, est intervenue à l’issue d’un procès inique.

Cet homme a également été déclaré coupable de « tentative de participation à une prise d’otage », de « stockage de munitions », de « stockage de documents extrémistes », d’« incitation à la haine à l’égard d’une ethnie » et d’« organisation de troubles de masse ».

« Les charges retenues contre Azimjan Askarov ont été forgées de toutes pièces ; [cet homme] a été visé en raison de ses activités légitimes en faveur des droits humains et doit être libéré immédiatement », a déclaré Andrea Huber, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Ce militant avait filmé et photographié des homicides et des incendies volontaires visant principalement des foyers ouzbeks. Il aurait recueilli, à cette occasion, des éléments prouvant l’implication des forces de sécurité dans les violences qui ont éclaté en juin à Bazar Korgan, avant d’être arrêté par la police le 15 juin.

Six hommes et une femme ont été jugés à ses côtés pour divers chefs, notamment l’« organisation de troubles de masse » et l’implication dans le meurtre d’un policier à Bazar Korgan. En effet, un agent des forces de l’ordre avait été tué le 13 juin par une foule qui avait dressé un barrage sur une autoroute menant à cette localité du sud du pays.

Quatre des accusés ont été condamnés à la réclusion à perpétuité et à la confiscation de leurs biens, trois autres à des peines d’emprisonnement allant de neuf à 20 ans.

Lorsqu’ils ont comparu le 6 septembre, Azimjan Askarov et trois autres personnes présentaient des ecchymoses au visage qui n’étaient pas visibles à l’audience précédente. Cela semble indiquer qu’ils avaient été battus en détention.

Des observateurs des droits humains ont constaté d’autres irrégularités lors du procès. En violation des normes d’équité, l’avocat d’Azimjan Askarov n’a pas été autorisé à s’entretenir avec son client tandis que d’autres personnes présentes au tribunal, principalement des policiers et des proches de la victime, ont pu questionner l’accusé de façon impromptue. Auparavant, les membres de la famille du policier tué avaient agressé les avocats dans la salle d’audience.

« L’iniquité du procès d’Azimjan Askarov était flagrante. Le procès en appel ne doit pas se tenir dans le sud du Kirghizistan afin de garantir la sécurité de [cet homme] et de ses avocats », a ajouté Andrea Huber.

Quelque 400 000 personnes auraient fui leur domicile à la suite d’affrontements entre des bandes rivales de jeunes Kirghizes et Ouzbeks, qui ont rapidement dégénéré et donné lieu à des violences généralisées. Des centaines de morts et des milliers de blessés seraient à déplorer. Environ 75 000 personnes sont toujours sans abri.

Amnesty International a demandé l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violences du mois de juin, notamment sur l’homicide du policier, afin que les auteurs présumés de ces agissements soient traduits en justice.

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