KOSOVO/KOSOVA (SERBIE ET MONTÉNÉGRO) : Les droits des minorités ne sont toujours pas garantis

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les violents affrontements qui se sont produits en mars au Kosovo traduisent l’échec des forces tant nationales qu’internationales dans leur mission de protection des minorités ethniques. Cinq ans après la prise en charge du Kosovo par la communauté internationale, les minorités y sont toujours aussi vulnérables, a déclaré aujourd’hui Amnesty International.

Le nouveau rapport qu’Amnesty International consacre aux violences du mois de mars dernier et à l’incapacité de la MINUK et de la KFOR à protéger les droits des minorités du Kosovo revient plus particulièrement sur les graves affrontements des 17 et 18 mars 2004. Au cours de ces deux jours, quelque 51 000 personnes auraient participé à 33 incidents graves, en différents endroits du Kosovo. De manière générale, les violences ont été commises par des membres de la population albanophone, qui s’en sont pris à des Serbes du Kosovo et à diverses autres minorités. Le bilan a été très lourd : 19 morts et plus de 950 blessés, ainsi que d’importants dégâts matériels. Plus de 4 000 personnes ont été contraintes de fuir de chez elles.

« Le nombre élevé de tués et de blessés dénote l’absence, de la part de la communauté internationale, d’une réponse cohérente et suivie aux atteintes à l’ordre public », a déclaré Amnesty International.

« La KFOR (Force internationale de paix au Kosovo), sous commandement de l’OTAN, et la police civile de la CIVPOL ne sont pas parvenues à assurer la sécurité des minorités. Les unités de ces forces sont intervenues manifestement sans coordination et sans avoir toutes la même interprétation de leur mandat. »
« La mise en place d’une structure civile de commandement pour la KFOR permettrait d’assurer une meilleure transparence en matière de violations des droits humains commises par des membres de cette force », a ajouté l’organisation.
Ce nouveau rapport examine en détail un certain nombre d’incidents, au cours desquels des soldats de la KFOR sous commandement allemand ou français se sont montrés incapables d’empêcher des attaques contre des biens appartenant à des minorités. Il examine également certaines allégations de complicité et de passivité de la part de membres de la police du Kosovo (KPS), lors de l’attaque et de l’incendie criminel dont a été victime la communauté askhali de Vucitm/Vushtrri, qui a finalement dû partir.

« Plus d’un millier de Serbes et d’Askhalis sont actuellement toujours sans abri et vivent dans des conditions très précaires, en raison de la récente flambée de violences au Kosovo, a indiqué Amnesty International. Ces personnes refusent de rentrer chez elles, dans la mesure où elles n’ont plus confiance en la capacité de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et de la KFOR à les protéger en cas de nouvelles attaques. »

Amnesty International estime que les problèmes qui expliquent les tensions entre les différents groupes ethniques n’ont malheureusement toujours pas été résolus.
« La MINUK, ainsi que les autorités de la Serbie et Monténégro, n’ont toujours pas résolu la question des personnes « disparues » avant, pendant et après le conflit de 1999. Les auteurs de violences à caractère ethnique continuent de jouir d’une totale impunité. »

« L’incertitude persistante qui plane sur le « statut final » du Kosovo contribue à la montée des tensions constatée depuis un an », estime Amnesty International.
Amnesty International demande :
 À la MINUK de remettre à la justice toute personne présumée responsable d’homicide, d’incendie criminel ou d’incitation à la violence ;
 À l’OTAN et à la KFOR d’enquêter de manière approfondie et impartiale sur le rôle et le comportement des contingents français et allemand de cette dernière, ainsi que sur le rôle et le comportement de la KPS ;
 Aux autorités provisoires locales d’ouvrir des enquêtes et des procédures disciplinaires contre les membres des administrations municipales qui se sont rendus complices, y compris par passivité, des violences commises ;
 Aux États membres de l’Union européenne (UE) d’accorder l’asile aux membres de la communauté askhali de Vucitm et de s’abstenir de renvoyer de force au Kosovo des personnes appartenant à une minorité.

Historique

Depuis l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 10 juin 1999, de la résolution 1244/1999, le Kosovo, tout en continuant théoriquement de faire partie de la Serbie et Monténégro, est administré par la MINUK, assistée par la KFOR, sous commandement de l’OTAN, qui est la seule force militaire officiellement présente sur le terrain.

Le 17 mars, des troubles ont éclaté sur le pont reliant les deux parties de la ville de Mitrovica/Mitrovice (zone nord à majorité serbe et zone sud à population albanaise). Ces troubles faisaient suite à des informations ayant circulé la veille, selon lesquelles trois enfants albanais s’étaient noyés non loin de là, dans l’Ibar, et que, selon quatre autres enfants qui se trouvaient avec eux au moment du drame, ils s’étaient jetés dans le fleuve pour échapper à des Serbes. Aucune preuve n’a été apportée à l’appui de ces dernières allégations. De son côté, la communauté serbe était très remontée, après l’agression dont avait été victime un jeune Serbe de dix-huit ans, grièvement blessé par des coups de feu tirés d’un véhicule. Cette agression, attribuée à des Albanais, avait déjà suscité la mise en place de plusieurs barrages sur l’axe principal de la ville.

Les violences de Mitrovica, qui ont fait sept morts et plusieurs centaines de blessés, se sont rapidement étendues à l’ensemble du Kosovo, et notamment à la capitale, Pristina/Prishtine, et à la quasi-totalité des villes d’importance. Des Albanais s’en sont également pris à la communauté askhali de Vucitm/Vushtrri, qui a finalement dû partir. Des Albanais ont également été obligés de fuir les zones majoritairement serbes du nord de Mitrovica/Mitrovice et de Leposavic/Leposaviq.

La classe politique albanaise, à de très rares exceptions près, n’a pas, dans un premier temps, condamné les violences. Au contraire, de nombreux responsables politiques les ont tacitement justifiées ou en ont rejeté la faute sur la MINUK et sur les Serbes, mettant en cause aussi bien leur comportement que les institutions.
Ce rapport figure dans sa version anglaise et sous le titre Kosovo/Kosova (Serbia and Montenegro) The March Violence : UNMIK and KFOR fail to protect the rights of minority communities (index AI :EUR 70/16/2004) à l’adresse suivante : http://www.web.amnesty.org/library/...

Index AI : EUR 70/018/2004

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