Communiqué de presse

L’Égypte doit respecter la liberté d’expression et mettre fin aux poursuites visant un journaliste

Il doit être mis fin aux poursuites visant un journaliste accusé d’avoir publié des critiques du président égyptien et des Frères musulmans, et la liberté d’expression doit être protégée, a déclaré Amnesty International.

Islam Afifi, rédacteur en chef du journal Al Dostour, doit comparaître jeudi devant le tribunal pénal de Guizeh, au Caire. Selon certaines informations, il serait accusé d’avoir publié des « informations mensongères » insultantes à l’égard du président égyptien Mohamed Morsi.

« Les autorités tout comme les Frères musulmans doivent accepter les critiques ouvertes de leurs positions et de leurs actions, sans essayer de s’abriter derrière les lois héritées de l’ère Moubarak qui criminalisent l’exercice du droit à la liberté d’expression », a commenté Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« L’Égypte doit respecter ses obligations internationales et faire en sorte que personne ne soit soumis à des poursuites pénales pour avoir émis des critiques pacifiques, même si celles-ci sont perçues comme offensantes. »

Le quotidien et site internet Al Dostour a fait l’objet d’une enquête du parquet général égyptien à la suite de plaintes concernant les critiques que ce journal avait formulées contre les Frères musulmans. Al Dostour est réputé pour sa ligne éditoriale hostile à ce mouvement : il a notamment publié en juin un article affirmant que les Frères musulmans préparaient un « massacre » si Mohamed Morsi venait à perdre l’élection présidentielle égyptienne.

Le numéro d’Al Dostour du 11 août a en outre été confisqué par les autorités pour avoir affirmé que les Frères musulmans tentaient de mettre en place un « État islamique » en Égypte.

Mohamed Morsi, qui a officiellement quitté la confrérie des Frères musulmans après sa victoire à l’élection présidentielle, avait publiquement mis en garde les médias, le 9 août, contre la diffusion de « rumeurs » qui déstabiliseraient l’Égypte.

« Il est désolant de constater que les journalistes en Égypte risquent encore d’être poursuivis pour leurs écrits, et ce malgré la “révolution du 25 janvier” qui laissait pourtant espérer des changements », a déclaré Amnesty International.

L’Égypte est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit le droit à la liberté d’expression.

Amnesty International a interpellé en juin le président Morsi dans un mémorandum, l’exhortant à revoir et abroger certaines dispositions de la législation égyptienne qui, sous le régime d’Hosni Moubarak et du Conseil suprême des forces armées (CSFA), avait été fréquemment utilisées pour faire taire les critiques visant les autorités et les personnalités publiques.

« Les autorités doivent se garder de reproduire la politique de répression des médias en vigueur sous Hosni Moubarak et le CSFA ; il faut qu’elles tolèrent la critique », a poursuivi Amnesty International.

Sous le précédent régime en effet, les autorités confisquaient des journaux et suspendaient des chaînes de télévision. Les journalistes et personnalités publiques qui critiquaient les autorités risquaient de faire l’objet de procès en diffamation.

Sous le SCAF, comme l’a constaté Amnesty International, des troupes armées et de forces de sécurité ont envahi des studios de télévision montrant la répression des manifestants ; en outre, les procureurs militaires ont convoqué pour interrogatoire des personnes, notamment des journalistes, qui avaient publiquement critiqué le conseil militaire au pouvoir.

Le recours aux procès en diffamation devant les tribunaux égyptiens a fait l’objet de critiques par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire (WGAD), dans son rapport de novembre 2008 concernant un blogueur égyptien.

Le WGAD estime que les poursuites pour calomnie et diffamation écrite ou orale doivent être considérées par les autorités égyptiennes comme relevant du droit civil et non du droit pénal, et qu’elles ne doivent pas donner lieu à des peines d’emprisonnement.

Selon le WGAD, « le droit fondamental à la liberté d’opinion et d’expression, qui est à la base du système de protection des droits humains, doit aussi être garanti lorsqu’il implique des critiques de nature politique, même quand celles-ci visent les activités de personnes ayant accédé à des responsabilités politiques importantes ».

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