L’exécution de Motiur Rahman Nizami ne rendra pas justice aux victimes

L’exécution de Motiur Rahman Nizami est une mesure déplorable des autorités bangladaises qui ne rendra pas justice aux victimes de crimes de guerre, a déclaré Amnesty International mardi 10 mai.

Motiur Rahman Nizami, chef du parti politique bangladais Jamaat e Islami, a été exécuté par pendaison à la prison centrale de Dacca mardi 10 mai. Il avait été condamné à mort par le Tribunal pour les crimes de droit international du Bangladesh en octobre 2014, après avoir été reconnu coupable de meurtre, de torture, de viol et du massacre de nombreux intellectuels pendant la guerre d’indépendance de 1971 dans le pays.

« Nous sommes consternés que les autorités bangladaises aient exécuté Motiur Rahman Nizami. Les victimes des terribles événements de la guerre de libération de 1971 méritent justice, mais ôter une autre vie n’est pas la solution, a déclaré Champa Patel, directrice du bureau régional d’Amnesty International pour l’Asie du Sud.

«  La peine de mort est toujours une violation des droits humains, mais son application est d’autant plus préoccupante lorsque l’exécution fait suite à une procédure entachée d’irrégularités. De sérieux doutes quant à l’équité du procès de Motiur Rahman Nizami – et des procédures du Tribunal pour les crimes de droit international en général – subsistent encore. Les victimes d’atrocités commises par le passé méritent mieux qu’une procédure entachée d’irrégularités.

« Nous appelons les autorités du Bangladesh à se joindre à la majorité des autres pays du monde en tournant le dos à ce châtiment cruel et irréversible, et à instaurer un moratoire sur l’application de la peine capitale en vue de l’abolir définitivement. »

Le gouvernement a le devoir d’amener les auteurs de crimes de guerre à rendre des comptes, et les mesures qu’il prend en ce sens sont une bonne chose. Cependant, de nombreuses organisations fiables, dont Amnesty International et les Nations unies, ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’équité des procès devant le Tribunal pour les crimes de droit international. Rien n’a pourtant été fait.

« La décision prise aujourd’hui survient dans une période politiquement sensible pour le Bangladesh, et toutes les parties doivent veiller à ce que le calme règne dans le pays. Les forces de sécurité doivent veiller au respect du droit de manifester pacifiquement, et les dirigeants politiques de tout bord doivent demander à leurs sympathisants de ne pas commettre de violations des droits humains », a déclaré Champa Patel.

Amnesty International s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, quelles que soient la nature du crime commis, la personnalité de son auteur ou la méthode utilisée par l’État pour l’exécuter.

Complément d’information

En 2015, au moins 197 personnes ont été condamnées à mort au Bangladesh. Quatre l’ont été par le Tribunal pour les crimes de droit international. Cette année-là, le pays a procédé à quatre exécutions, dont celles de trois personnes condamnées par cette juridiction.

Le Tribunal pour les crimes de droit international a été instauré en 2010 par le gouvernement pour enquêter sur les violations des droits humains de grande ampleur commises durant la guerre d’indépendance de 1971 dans le pays. Amnesty International a salué la décision de traduire les responsables présumés en justice, mais a insisté sur le fait que les accusés devaient bénéficier de procès équitables, sans encourir la peine de mort. Les précédentes affaires jugées par cette juridiction ont été entachées de graves irrégularités et violations du droit à un procès équitable.

Durant le procès de Motiur Rahman Nizami, le ministère public a été autorisé à présenter 22 témoins, tandis que la défense a été limitée à quatre témoins de manière totalement arbitraire. Ses avocats disent avoir également été empêchés d’interroger un témoin-clé de l’accusation. En outre, on leur a accordé seulement trois semaines pour préparer le procès, alors que le ministère public a eu 22 mois pour mener son enquête.

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