L’utilisation d’armes chimiques contre les civils s’intensifie

La ville syrienne d’Alep a été la cible d’une attaque au chlore présumée qui, si elle est confirmée, constitue un crime de guerre, et indique que les forces gouvernementales syriennes intensifient l’utilisation d’armes chimiques contre les civils, a déclaré Amnesty International le 11 août.

Cette attaque ayant visé un quartier résidentiel d’Alep contrôlé par des groupes armés représente le troisième cas signalé d’utilisation d’armes chimiques dans le nord de la Syrie en l’espace de deux semaines seulement, et elle aurait fait quatre morts au moins. Amnesty International a confirmé qu’au moins 60 autres personnes, des enfants pour la plupart, ont présenté des lésions caractéristiques d’une attaque au chlore et eu besoin de soins médicaux.

« Cette attaque contre la ville d’Alep constitue une nouvelle violation flagrante du droit international humanitaire et fait apparaître un schéma très inquiétant d’utilisation répétée d’armes chimiques par les forces du régime  », a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

Cette dernière attaque est intervenue alors que la Russie a annoncé un cessez-le-feu quotidien de trois heures dans la ville, la population ayant absolument besoin d’une aide humanitaire dans certains secteurs.

« Nous demandons que cessent immédiatement les raids aériens visant des cibles civiles à Alep. Les attaques chimiques et les autres crimes de guerre doivent absolument cesser. Nous demandons également que l’aide parvienne librement aux dizaines de milliers de personnes bloquées dans l’est de la ville, a déclaré Magdalena Mughrabi.

« Trois heures par jour pour fournir cette aide, c’est très insuffisant compte tenu de l’ampleur de la crise humanitaire dans l’est d’Alep et du fait que chaque livraison d’aide est dangereuse et prend beaucoup de temps. »

Amnesty International s’est entretenue avec un médecin à Alep qui a indiqué que parmi les 60 personnes blessées lors de la dernière attaque, on dénombre 40 enfants.

«  Ils présentaient tous les mêmes symptômes, qui se manifestaient principalement par une toux et un souffle court. Les vêtements des gens sentaient indubitablement le chlore, a-t-il précisé.

« Nous allons bientôt manquer de fournitures médicales si les attaques continuent d’être aussi fréquentes. »

En juillet, les forces armées syriennes, avec l’appui des forces aériennes russes, ont encerclé l’est d’Alep, aux mains de groupes armés depuis 2012. Ce siège mené par les forces gouvernementales a empêché quelque 250 000 personnes d’avoir accès à des denrées alimentaires de base, à des médicaments et au carburant qui permet aux ambulances de rouler et aux générateurs des hôpitaux de fonctionner.

La Russie mène des frappes aériennes sur la Syrie depuis le mois de septembre de l’an dernier, en soutien aux forces gouvernementales.

L’attaque du 10 août a eu lieu dans le secteur d’al Zibdiye à Alep, à un kilomètre de la ligne de front.

Cette semaine, des groupes armés ont brisé le siège établi par les forces gouvernementales syriennes, mais les forces russes et gouvernementales ont réagi en bombardant intensivement la ville.

Deux bombes-barils contenant du chlore auraient été lâchées le 1er août sur deux quartiers de la ville de Saraqeb, dans la province d’Idlib, et auraient blessé 28 civils.

Cette attaque a eu lieu un an presque exactement après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution créant un mécanisme chargé d’enquêter sur les attaques chimiques menées en Syrie et d’identifier leurs auteurs. S’il est confirmé que les bombes lâchées le 10 août contenaient du chlore, cela viendra souligner que les forces gouvernementales, ainsi que les autres parties au conflit, continuent de commettre de nombreuses violations flagrantes du droit international humanitaire en toute impunité.
Les médias ont rapporté le 2 août qu’une autre attaque chimique avait été menée contre la ville d’Alep. La Convention sur l’interdiction des armes chimiques interdit l’élaboration, la production, le stockage, le transfert et l’utilisation d’armes chimiques et oblige les États parties à détruire leurs stocks d’armes chimiques. L’utilisation d’armes interdites telles que les armes chimiques constitue un crime de guerre aux termes du droit international coutumier.

Les forces gouvernementales syriennes sont soupçonnées d’avoir mené de nombreuses attaques au chlore et avec d’autres armes chimiques contre des secteurs contrôlés par l’opposition depuis 2012, qui ont fait des centaines de morts et infligé de terribles blessures à beaucoup d’autres personnes. Toutes ces attaques sont interdites par le droit international humanitaire.

En septembre 2013, après que des centaines de personnes sont mortes des suites d’une attaque présumée au gaz sarin à Ghouta, aux abords de Damas, la Syrie a adhéré à la Convention sur les armes chimiques et s’est engagée à détruire les stocks syriens d’agents chimiques interdits.
Cependant, un an plus tard, en septembre 2014, une mission d’établissement des faits diligentée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a recueilli des informations convaincantes confirmant qu’un agent chimique toxique avait été utilisé « de manière systématique et répétée » comme une arme dans des villages du nord de la Syrie au début de l’année dernière.

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