Sri Lanka, Il faut répondre aux demandes des familles des « disparus »

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Au Sri Lanka, de nombreuses familles de victimes de disparitions forcées célèbrent le 14 février comme la « Saint-Valentin des disparus », en souvenir de leurs êtres chers, et réclament vérité et justice.

Le gouvernement sri-lankais doit rendre justice, dire la vérité et accorder des réparations aux familles de victimes de disparitions forcées, a déclaré Amnesty International, tandis que l’organisation mondiale de défense des droits humains exprime sa solidarité avec les familles des personnes disparues qui manifestent le 14 février à Colombo.

« Cette commémoration rappelle de manière poignante l’attente douloureuse des familles des disparus qui cherchent des réponses concernant le sort de leurs proches. Ces familles ont perdu la trace de leurs proches et sont ensuite privées de la vérité sur le sort qui leur a été réservé », a déclaré Biraj Patnaik, directeur d’Amnesty International pour l’Asie du Sud.

« Cette commémoration rappelle de manière poignante l’attente douloureuse des familles des disparus qui cherchent des réponses concernant le sort de leurs proches. Ces familles ont perdu la trace de leurs proches et sont ensuite privées de la vérité sur le sort qui leur a été réservé »

Tandis que de nombreuses personnes autour du monde fêtent la Saint-Valentin, les familles des personnes « disparues » au Sri Lanka célèbrent cette journée en souvenir de leurs proches et cherchent des réponses. Des centaines de familles de différentes régions du Sri Lanka se rassemblent à Colombo vendredi 14 février en mémoire de leurs proches disparus et pour réclamer justice, vérité et réparations. Elles marcheront vers les bureaux du Premier ministre Mahinda Rajapaksa et du président Gotabaya Rajapaksa.

Le Sri Lanka compte parmi les pays qui présentent le plus grand nombre de disparitions forcées au monde : entre 60 000 et 100 000 cas de disparitions forcées depuis la fin des années 1980. En outre, les autorités n’ont pas protégé les témoins et les familles en quête de vérité et de justice, et n’ont pas engagé de poursuites contre les personnes soupçonnées d’être responsables.

« Le gouvernement doit soutenir activement les démarches des familles de disparus pour obtenir des réponses. Tout d’abord, il devrait immédiatement leur fournir des informations, en publiant la liste détaillée des personnes qui se sont rendues aux forces armées lors de la phase finale du conflit armé, assortie des informations qu’il détient à leur sujet. Les autorités doivent aussi mener une enquête indépendante sur toutes les personnes soupçonnées d’être pénalement responsables des disparitions forcées et les traduire en justice dans le cadre de procès équitables devant des tribunaux civils de droit commun », a déclaré Biraj Patnaik.

Le gouvernement, en maintes occasions, a nommé ou promu des auteurs présumés de crimes relevant du droit international à des postes de pouvoir

Le Sri Lanka a fait des progrès limités sur cette question, les disparitions forcées ayant été érigées en infractions depuis mars 2018 – ce qui permet une entrée en vigueur partielle de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et le fonctionnement du Bureau des personnes disparues. Si certaines affaires liées aux disparitions forcées font l’objet d’enquêtes, le gouvernement, en maintes occasions, a nommé ou promu des auteurs présumés de crimes relevant du droit international à des postes de pouvoir, témoignant ainsi de son indifférence à l’égard des attentes des victimes du conflit.

Complément d’information

En juin 2016, l’ancienne présidente du Sri Lanka Chandrika Bandranaike Kumaratunga et responsable du Bureau gouvernemental pour l’unité nationale et la réconciliation a admis avoir reçu au moins 65 000 plaintes pour disparition depuis 1995. De jeunes Cingalais soupçonnés d’appartenir au Front populaire de libération (JVP), parti de gauche, ont été tués ou ont disparu de force lors d’opérations menées par les escadrons de la mort gérés par le gouvernement en 1989 et 1990. Les Tamouls soupçonnés d’être liés aux Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul (LTTE) étaient victimes de disparitions forcées aux mains de la police, de l’armée et des groupes paramilitaires durant le conflit qui a duré de 1983 à 2009, et cette pratique a perduré pendant plusieurs années après la fin du conflit. Les LTTE ont fait des prisonniers et enlevé des adultes et des enfants pour servir en tant que combattants. La plupart sont toujours portés disparus. Plus de 100 cadres des LTTE qui s’étaient rendus à l’armée du Sri Lanka à l’approche de la guerre en mai 2009 ont également disparu par la suite.

Les familles des victimes de disparitions forcées ne renoncent pas à leur quête d’informations sur leurs proches, dont elles sont sans nouvelles depuis des années. En 2019, le Bureau des personnes disparues a continué de superviser la datation au carbone 14 des dépouilles déterrées sur le site d’un deuxième charnier à Mannar, dans la province du Nord, a mis en place des bureaux régionaux à Matara, Mannar et Jaffna, et a publié un rapport formulant des recommandations pour une aide et une justice de transition.

En janvier 2020, le président élu Gotabaya Rajapaksa, entré en fonction en novembre 2019, a déclaré que « les personnes disparues sont en réalité mortes », sans fournir aucune explication pour cette conclusion sommaire que les associations de défense des victimes et les familles des disparus ont condamnée. Le gouvernement sri-lankais a l’obligation de dévoiler la vérité concernant les disparitions forcées, comme l’a souligné la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qui indique que chaque victime – la personne disparue et toute personne physique ayant subi un préjudice direct du fait d’une disparition forcée – a le droit de savoir la vérité sur les circonstances d’une disparition forcée et sur le sort de la personne disparue, et de connaître les avancées et les conclusions des investigations.

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