Le lanceur d’alerte Mordechai Vanunu en danger

Les autorités israéliennes doivent abandonner les accusations formulées il y a deux jours contre le lanceur d’alerte nucléaire Mordechai Vanunu et lever toutes les restrictions qui lui sont toujours imposées, a déclaré Amnesty International mardi 10 mai. Ces derniers faits illustrent les persécutions systématiques dont cet homme est la cible depuis qu’il est sorti de prison il y a 12 ans, après avoir purgé une peine de 18 ans pour avoir divulgué en 1986 des informations sur la capacité nucléaire secrète d’Israël.

Le 8 mai 2016, le tribunal de Jérusalem a inculpé Mordechai Vanunu d’infraction aux restrictions, sévères et arbitraires, qui pèsent sur ses droits à la liberté de mouvement et d’expression. Cette inculpation est semble-t-il liée à une rencontre qu’il a eue avec deux ressortissants américains il y a trois ans ; à une interview qu’il a donnée à la chaîne de télévision israélienne Channel 2 en septembre 2015, pour laquelle il avait déjà été sanctionné au cours du même mois ; et au fait d’avoir changé de domicile dans le même immeuble sans informer la police.

Si Mordechai Vanunu était reconnu coupable de ces infractions et incarcéré, Amnesty International le considèrerait comme un prisonnier d’opinion détenu pour avoir simplement exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression et elle réclamerait sa remise en liberté immédiate et sans condition.

Le quotidien israélien Haaretz a cité la réponse d’Avigdor Feldman, avocat de Mordechai Vanunu, à cette dernière initiative de l’État israélien comme « le niveau le plus vil dans les persécutions et les mauvais traitements infligés à Mordechai Vanunu. J’ai honte, et celui qui a prononcé cette inculpation devrait avoir encore plus honte. » Avigdor Feldman a affirmé que cette inculpation intervenait juste avant la dernière tentative de Mordechai Vanunu pour contester son interdiction de se rendre à l’étranger, qui a récemment expiré et qui a été prolongée par une ordonnance temporaire du tribunal.

Depuis sa sortie de prison en 2004, Mordechai Vanunu et ses avocats ont tenté en vain d’obtenir la levée des restrictions cruelles et inutiles qui l’empêchent de quitter Israël ; de communiquer avec des étrangers - y compris des journalistes - sans l’accord préalable des autorités ; d’entrer dans des ambassades étrangères ou de prendre contact avec elles ; de participer à des discussions sur Internet ; il doit également informer la police de tout changement de résidence.

En septembre 2015, Mordechai Vanunu a été assigné à domicile pendant une semaine et il lui a été interdit d’utiliser Internet et de communiquer avec des journalistes à titre de sanction pour une interview qu’il avait donnée à la chaîne israélienne Channel 2. Selon le Times of Israel, Channel 2 a affirmé que l’émission avait été approuvée par la censure militaire mais que la police avait demandé à voir la version non éditée de l’interview. Les autorités israéliennes ont semble-t-il objecté à des propos que Mordechai Vanunu avait tenus pendant l’enregistrement de l’interview et qui n’avaient pas été diffusés. Au cours de l’interview, Mordechai Vanunu avait parlé de ce qui l’avait motivé à divulguer des informations sur l’armement nucléaire israélien ; de son enlèvement par le Mossad (services secrets israéliens) en Italie en 1986 ; de son mariage en mai 2015 avec sa compagne de longue date, Kristin Joachimsen, une Norvégienne professeure de théologie, et de son désir de vivre avec elle en Norvège.

L’argument du gouvernement israélien selon lequel la liberté de Mordechai Vanunu doit être strictement restreinte car il représente une menace pour la sécurité nationale devient de plus en plus absurde d’année en année. Il est largement admis que toutes les informations qu’il a révélées à des journalistes sur le programme d’armement nucléaire israélien sont déjà dans le domaine public et que de toute façon elles datent de 30 ans. Rien ne laisse penser que Mordechai Vanunu a commis une infraction pénale.

Les restrictions permanentes dont il fait l’objet sont arbitraires et contraires aux obligations d’Israël au regard du droit international, tout particulièrement le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui prohibe l’ingérence arbitraire dans la liberté de mouvement, d’expression et d’association et qui protège les individus contre toute nouvelle sanction pour la même infraction. Ces restrictions ne devraient pas faire partie des conditions de sa mise en liberté puisqu’il a purgé l’intégralité de sa peine.

Complément d’information

Mordechai Vanunu travaillait comme technicien dans la centrale nucléaire israélienne située à côté de la ville de Dimona, dans le sud du pays. Après avoir révélé des détails sur l’armement nucléaire israélien au Sunday Times, il avait été enlevé en Italie par des agents du Mossad le 30 septembre 1986 et transféré secrètement en Israël où il a été jugé et condamné à 18 ans d’emprisonnement. Selon le physicien nucléaire Frank Barnaby qui s’était entretenu en septembre 1986 avec Mordechai Vanunu comme consultant du journal britannique The Sunday Times avant la publication de ses révélations, il était motivé par l’idée que le public israélien et international avait le droit de connaître le programme d’armement nucléaire israélien et « semblait agir pour des raisons idéologiques ».

Mordechai Vanunu a été maintenu en détention prolongée au secret en violation de l’interdiction de l’arrestation et de la détention arbitraires énoncée à l’article 9 du PIDCP. Amnesty International est préoccupée par le caractère secret de son procès et la gravité des accusations dont il a été reconnu coupable, ainsi que par les 11 années qu’il a passées à l’isolement de 1986 à 2014, ce qui constituait un traitement cruel, inhumain et dégradant.

En 2014, la Cour suprême israélienne a rejeté une requête introduite par ses avocats et visant à obtenir la levée de son interdiction de voyager, pour qu’il puisse participer à une conférence sur les lanceurs d’alerte organisée par Amnesty International au Royaume-Uni et se rendre au Parlement britannique où il avait été invité par 54 députés.

Mordechai Vanunu a été emprisonné en mai 2010 pour trois mois après avoir été reconnu coupable d’infraction aux restrictions qui lui étaient imposées. On lui reprochait de s’être entretenu avec des étrangers et d’avoir essayé d’assister à la messe de Noël à Bethléem. Amnesty International le considérait comme un prisonnier d’opinion.

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