Les Armes Continuent à Arriver - Mais qui Paye ? (William Ashton) L’appétit de l’armée birmane pour les armes apparaît insatiable. William Ashton détaille les achats récents du régime.

Le Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement ou SPDC, s’est donné beaucoup de mal ces derniers mois pour expliquer à la communauté internationale qu’il consacre un effort considérable pour mettre en place une nouvelle “feuille de route” vers une démocratie multipartite et pour introduire des mesures en faveur d’une économie plus ouverte. Le gouvernement militaire a aussi revendiqué des avancées majeures dans la promotion de l’éducation et de la santé publique comme dans le développement de l’infrastructure civile du pays.

Le régime de Rangoon peut certainement se prévaloir d’un accroissement de l’activité diplomatique et montrer aux visiteurs étrangers beaucoup de nouvelles routes, constructions et barrages. Cependant, les déclarations du SPDC continuent à passer sous silence le fait que, pendant les 15 dernières années, probablement 35 à 45 % de son budget annuel ont été alloués aux forces armées ou Tatmadaw. Cela n’inclut pas d’autres affectations significatives destinées à la défense, provenant de sources hors budget et de paiements officieux qui n’apparaissent jamais dans les comptes nationaux. Aussi, tandis qu’une proportion de plus en plus importante des dépenses militaires annuelles de la Birmanie est maintenant consacrée de façon régulière au paiement du personnel et à la maintenance du matériel, un pourcentage élevé reste toujours consacré à l’acquisition de nouvelles armes et d’équipement à l’étranger.

Une Expansion Militaire Continue

Quand les forces armées ont repris le pouvoir politique en 1988, elles ont lancé un programme ambitieux d’expansion et de modernisation de l’armée. Depuis lors, le régime a continuellement dépensé une proportion plus grande du budget national à la défense que tout autre pays dans la région d’Asie du Sud-Est. Les forces armées birmanes ont doublé en taille. Elles sont devenues de la sorte la seconde force armée en Asie du Sud-Est et ont obtenu le 15éme rang dans le monde. De nouvelles structures de contrôle et de commandement ont été mises en place et les capacités dans des secteurs clefs, comme l’espionnage, les communications et la logistique, ont été considérablement augmentées. L’infrastructure militaire du pays a aussi été améliorée. De plus, l’armée birmane a acquis un grand choix de blindés à chenilles, à roues, à remorques, de l’artillerie autopropulsée, des armes de défense aériennes, des armes légères, d’équipement de transport, et de communications. L’armée de l’air a pris livraison de plus de 150 hélicoptères, d’avions de chasse, d’avions pour des offensives terrestres, d’avions de transport et d’avions pour la formation. La Marine birmane s’est aussi développée dramatiquement, avec de nouvelles corvettes, des patrouilleurs lance-missiles, des patrouilleurs côtiers et embarcations fluviales.

L ‘ énorme développement, depuis 1988,de l’afflux d’armes et d’équipement comme les difficultés grandissantes à maintenir le matériel actuel entièrement opérationnel, devraient désormais logiquement ralentir les programmes d’acquisition du Tatmadaw. Pourtant, pendant les 18 derniers mois, il est clair que le régime de Rangoon a continué à accorder la plus haute priorité au développement des capacités militaires du pays.

Tandis que certains des projets plus ambitieux du SPDC, comme l’acquisition programmée d’armes stratégiques, ont été reportés, d’autres contrats importants ont été maintenus. La Chine reste le fournisseur principal de la Birmanie en technologie militaire, mais, malgré un embargo sur les armes imposé par ses fournisseurs traditionnels, le régime a réussi à trouver un certain nombre de nouveaux vendeurs.

Livraisons d’Armes

Les transactions d’armes avec la Birmanie durant les 18 derniers mois :

La Chine

Rangoon est en relation constante avec Pékin afin de garantir l’entretien de toutes les armes et de l’équipement militaire, achetés à la Chine, et dont le montant est évalué à plusieurs milliards de dollars, depuis 1988. Pourtant, le SPDC est intéressé dans l’acquisition de nouvelles armes et du nouveau matériel continue à être livré. On a observé le passage de 200 poids-lourds traversant la frontière birmano-chinoise, chargés de cargaisons d’armes pour l’armée de l’air”, de lance-fusées à têtes multiples et probablement de l’artillerie. On dit également qu’en mars 2004 l’Armée birmane négociait encore un autre contrat avec la Chine, cette fois pour acheter des armes usagées, progressivement retirées de l’Armée Populaire de Libération. De plus, des rumeurs circulent selon lesquelles la Birmanie serait en pourparlers avec la Chine pour l’achat d’hélicoptères de combat, de dragueurs de mines, de missiles anti-navires et de mines marines.

La Corée du Nord

La relation qui se développe entre Rangoon et Pyongyang dépasse largement la fourniture de munitions pour armes légères achetées en 1990 et les seize pièces d’artillerie 130mm acquises par le SPDC en 1998. En 2003 par exemple, une équipe de techniciens nord-Coréens a été envoyée à Rangoon pour installer des missiles sol-sol sur quelques nouveaux navires de la Marine birmane. De plus, des discussions ont eu lieu entre Rangoon et Pyongyang sur l’achat d’un petit sous-marin et probablement même un certain nombre de missiles balistiques SCUD de faible portée. Vers la fin de l’année dernière, il a même été question que la Corée du Nord aide la Birmanie à la construction d’un réacteur nucléaire, soulevant le spectre que le régime de Rangoon acquière un jour l’arme nucléaire.

L’Inde

Dans le but de se rapprocher de la Birmanie, l’Inde a fourni au Tatmadaw une série d’armes, de munitions et d’équipement. En mai 2003, le Ministère de la Défense Nationale indienne a confirmé qu’il avait vendu au Tatmadaw quatre-vingts obusiers de 75mm.L’Inde aurait aussi vendu à Rangoon des munitions pour mortiers et pour d’autres pièces d’artillerie, ainsi que des équipements de communication de pointe. Une délégation militaire birmane visitant l’Inde au début de 2004, a dit que le Tatmadaw appréciait les futurs contrats d’armes. Le Ministre de la Défense Nationale indien a déclaré que New Delhi tenait à vendre des navires à la Birmanie. Une démonstration de l’avion de combat indien en Birmanie cette année laisse supposer de nouvelles ventes d’armes à l’Armée de l’air birmane.

L’Ukraine

La presse de langue russe déclarait à la fin de l’an 2002 que l’Ukraine aurait conclu un contrat pour fournir quelques systèmes radars 36D6 à la Birmanie. Au milieu de 2003,il a été annoncé que l’Ukraine aurait vendu 50 blindés T-72 au Tatmadaw. En février 2004, un bateau battant pavillon ukrainien a fait une livraison secrète à Rangoon, probablement d’armes de défense aérienne. En mai 2003 également, un des principaux exportateurs d’armes d’Ukraine a signé avec la Birmanie un contrat d’une valeur de 500 millions US$, destiné à la fourniture de composants pour 1,000 BTR-3U véhicules blindés légers de transport de troupes. Dans les dix années à venir ces véhicules seront livrés en pièces détachées et assemblés en Birmanie dans une usine spécialement construite dans ce but. D’autres contrats d’armes entre Rangoon et Kiev sont probables.

La Serbie

En décembre 2003, des sources serbes ont laissé entendre que Rangoon avait conclu un contrat avec Belgrade pour acheter un certain nombre d’obusiers autopropulsés « Nora ». Le coût de ces armes, qui sont commercialisées par Jugoimport-SDPR, est inconnu. De plus, en mars 2004, environ 30 ingénieurs serbes sont arrivés en Birmanie pour réparer et améliorer 12 avions à réaction Soko g-4 de l’Armée de l’air birmane, qui avaient été achetés à la République de la Yougoslavie dans les années 1990. Cet avion a été immobilisé pendant plusieurs années, en grande partie à cause d’un manque de pièces de rechange.

La Russie

À la fin de 2002,le SPDC a acheté huit avions de combat, des MiG-29B-12 et deux MiG-29UB biplaces, à la Russie, pour un coût annoncé de 130 millions US$. Tous ces avions ont été livrés en Birmanie vers la fin de 2003. De plus, en juillet 2002, Rangoon a signé un contrat avec le Ministère russe de l’Énergie atomique (Minatom) pour la construction d’un réacteur nucléaire. Même si le projet a rencontré des problèmes importants, probablement en raison de son coût, il est vraisemblablement encore d’actualité. Il est probable que les cargaisons d’équipement militaire russe détectées en Birmanie du sud, en avril 2003, que l’on pouvait supposer contenir des composants pour le réacteur nucléaire, étaient, en fait, la livraison d’un nouveau système de communications.

La Slovaquie

Selon un bulletin d’informations, daté d’octobre 2003, la société slovaque Unipex est actuellement soupçonnée de participer à l’exportation illégale en Birmanie de machines destinées à la fabrication “de grenades d’artillerie” (probablement des grenades propulsées par fusée).

Il est probable que d’autres contrats avaient été signés, mais pas encore rendus publics. Les visites fréquentes à Rangoon de cargos nord-coréens et ukrainiens, ces 18 derniers mois, et les mesures prises pour cacher la nature de leurs cargaisons suggèrent fortement que d’autres livraisons d’armes et d’équipement aient eu lieu. Plusieurs pays de l’Europe de l’Est tiennent à vendre des armes en Birmanie. En outre, des pays tels que Singapour, le Pakistan et Israël gardent des liens privilégiés avec Rangoon. Tous ont des systèmes d’armes qui se trouvent sur la liste des demandes du Tatmadaw. Dans le passé, ces facteurs ont souvent abouti à des ventes substantielles d’armes et d’équipement militaire à la Birmanie comme à la conclusion de contrats de formation en relation avec ces ventes.

La Facture

En considérant les conséquences financières de ces ventes, différents facteurs doivent être gardés à l’esprit. Non seulement le régime doit couvrir le prix d’achat initial de ces armes, mais il doit faire face aux dépenses permanentes pour les maintenir en état, pour abriter ces équipements, pour acheter des pièces de rechange et pour former les personnels qui les utilisent et les réparent. Ce dernier point implique souvent l’envoi de personnel militaire sélectionné à l’étranger pour une formation spécialisée et dans quelques cas il faut loger les experts militaires étrangers dans le pays. Certaines de ces dépenses peuvent être payées en monnaie locale, mais elles constituent toujours un lourd prélèvement sur les précieuses réserves de change de la Birmanie. Le régime est toujours en mesure de gagner des devises fortes grâce à l’exportation de gaz, de pierres précieuses, de teck, de produits agricoles et d’autres ressources naturelles, mais son économie fait face à de sérieux problèmes. Les nouvelles sanctions imposées par les EU en juin 2003,à la suite d’une émeute fomentée par le gouvernement pour violemment attaquer le leader d’opposition démocratique Aung Suu San Kyi, n’ont pas amélioré la situation économique du pays.

Dans le passé, certaines de ces dépenses ont été honorées par des accords commerciaux, grâce auxquels la Birmanie payait une partie de ses contrats avec des marchandises primaires comme le riz et le teck. La Corée du Nord et la Russie, par exemple, ont accepté de telles matières premières pour le paiement d’une partie des armes et d’équipement militaire. Même le réacteur nucléaire russe pourrait être payé en partie par du troc. Pour des raisons stratégiques et autres, quelques fournisseurs d’armes ont été aussi très généreux dans leurs conditions. Par exemple, la Chine a offert à plusieurs reprises au régime de Rangoon “des prix spéciaux d’ami” pour des armes et a laissé dépasser les dernières échéances pour le remboursement de prêts. La société ukrainienne qui a vendu à la Birmanie les APCs a probablement accepté cette forme de règlement. Compte tenu, cependant, des dettes actuelles du régime, de son besoin ininterrompu d’un appui logistique étranger et de ses dernières acquisitions, l’investissement financier exigé maintenant et dans l’avenir à la charge de ce pays sera considérable. Ces dépenses devront être, en effet, inévitablement faites au détriment d’autres secteurs du budget qui ont grand besoin de ressources, pourtant rares.

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