Les États-Unis doivent remédier à un taux de mortalité maternelle consternant

Téléchargez le rapport en anglais ICI

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Liz Logelin, juste après avoir accouché de sa fille Madeline en mars 2008. Elle est morte quelques jours plus tard du fait d’une embolie pulmonaire © Matthew Logelin

Amnesty International a appelé le président américain Barack Obama ce vendredi 12 mars 2010 à faire face aux taux de mortalité maternelle et de complications liées à la grossesse, en forte hausse, qui touchent plus particulièrement les femmes issues de minorités et celles qui vivent dans la pauvreté.

Dans son rapport intitulé Deadly Delivery : The Maternal Health Care Crisis in the USA, Amnesty International réclame que des mesures soient prises face à une crise qui coûte la vie à deux à trois femmes par jour aux États-Unis, en raison de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement.

Au total, 1,7 million de femmes, ce qui représente un tiers de l’ensemble des femmes enceintes dans le pays, souffrent chaque année de complications liées à la grossesse.

Dans son rapport, Amnesty International révèle que les complications liées à la grossesse qui risquent de causer la mort, appelées « catastrophes obstétricales évitées de justesse », augmentent dans des proportions alarmantes – de 25 % depuis 1998.

Ce phénomène touche particulièrement les femmes issues de minorités, les femmes vivant dans la pauvreté, les Amérindiennes, les immigrantes et celles qui parlent peu ou pas anglais.
« Le bilan extraordinaire des États-Unis en matière de progrès de la médecine rend leur approche peu méthodique de la santé maternelle d’autant plus scandaleuse et indigne, a déclaré Larry Cox, directeur exécutif de la section américaine d’Amnesty International.
« Une santé maternelle digne de ce nom ne doit pas être considérée comme un luxe réservé à celles qui peuvent accéder aux meilleurs hôpitaux et aux meilleurs médecins. Dans le pays le plus riche du globe, les femmes ne devraient pas mourir de complications et d’urgences pouvant être évitées. »

Se plaçant au 41e rang mondial lorsqu’il s’agit de mesurer le risque de mortalité maternelle au cours d’une vie, derrière presque toutes les nations industrialisées, les États-Unis ne sont pas parvenus à inverser la tendance à la hausse constatée depuis 20 ans en matière de décès évitables liés à la maternité, et ce malgré les engagements qu’ils ont pris en ce sens.
« Si les mères meurent, ce n’est pas parce que les États-Unis sont incapables de fournir des soins appropriés, mais parce qu’il n’y a pas de volonté politique propre à garantir que toutes les femmes puissent bénéficier de ces soins », a expliqué Larry Cox.
Par ailleurs, l’analyse d’Amnesty International révèle que le projet de réforme du système de santé présenté au Congrès ne prend pas en compte la crise de la santé maternelle.
« La réforme est principalement axée sur la couverture maladie et la réduction des coûts de santé. Même les prévisions les plus optimistes estiment que les propositions débattues priveront malgré tout des millions de personnes d’un accès à des soins abordables, a indiqué Rachel Ward, qui a participé à la rédaction du rapport.
« En outre, la réforme n’aborde pas la discrimination, les défaillances du système et l’absence d’obligation de rendre des comptes pour le gouvernement, qu’évoque Amnesty International dans son rapport. »
À la lumière des nombreuses défaillances systémiques que dénonce le rapport, une prise en main rapide et globale, au niveau fédéral, est requise.

Parmi ces lacunes, citons notamment :

• Les obstacles aux soins s’avèrent généralisés, bien que les États-Unis consacrent à la santé le budget le plus élevé au monde et pas moins de 62 milliards d’euro aux coûts hospitaliers liés à la grossesse et à l’accouchement – devançant tous les autres types de soins hospitaliers.

• Près de 13 millions de femmes en âge de procréer (de 15 à 44 ans), soit une sur cinq, n’ont aucune assurance maladie. Les femmes issues de minorités représentent un peu moins d’un tiers (32 %) de l’ensemble des femmes aux États-Unis, mais un peu plus de la moitié (51 %) des femmes qui ne sont pas assurées.

• Une femme sur quatre ne reçoit pas de soins prénataux appropriés, et ce dès le premier trimestre. Cette proportion s’élève à une sur trois pour les Afro-Américaines et les Amérindiennes.

• Les procédures administratives contraignantes pour bénéficier de Medicaid – programme visant à fournir une assurance maladie aux personnes à faibles revenus – retardent grandement l’accès à des soins prénataux vitaux pour les femmes enceintes souhaitant bénéficier de prestations prises en charge par le gouvernement.

• Le manque de professionnels de santé entrave fortement l’accès à des soins adéquats dispensés en temps voulu, particulièrement dans les zones rurales et les zones urbaines défavorisées. En 2008, 64 millions de personnes vivaient dans des zones dépourvues de soins élémentaires suffisants (ce qui englobe les soins maternels).

• De nombreuses femmes n’ont pas leur mot à dire quant aux décisions concernant leur santé et les risques liés à des interventions comme les accouchements provoqués et les césariennes. Aux États-Unis, près d’un tiers des femmes accouchent par césarienne – deux fois plus que le taux préconisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

• Le nombre de décès maternels est très largement sous-estimé, les États-Unis ne disposant pas d’un système efficace de collecte de données.
Par ailleurs, Amnesty International a demandé aux autorités américaines de mettre vigoureusement en œuvre les lois fédérales contre la discrimination et de renforcer le financement au niveau fédéral des centres de soins qualifiés d’ici 2011, afin qu’un nombre accru de femmes bénéficient de soins de santé maternelle abordables.

Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale d’Amnesty International Exigeons la dignité, qui vise à mettre fin aux atteintes aux droits humains qui font sombrer les gens dans la pauvreté et les y maintiennent. Elle encourage les gens dans le monde entier à exiger que les gouvernements, les grandes entreprises et les autres détenteurs du pouvoir écoutent la voix de ceux qui vivent dans la pauvreté, et reconnaissent et protègent leurs droits.

Pour en savoir plus, consultez le site d’Amnesty International en cliquant ici.

Pour consulter la version intégrale, en anglais, du rapport intitulé Deadly Delivery : The Maternal Health Care Crisis in the USA, cliquez ici.

A l’occasion de la fête des mères, agissez, écrivez aux autorités américaines.

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