COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Libérez Jabeur Mejri

Alors que le monde entier célèbre la Journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre, Amnesty International réitère son appel aux autorités tunisiennes : montrez votre attachement aux droits humains et à la liberté d’expression en libérant immédiatement et sans condition le prisonnier d’opinion Jabeur Mejri.

Malgré les promesses répétées des autorités tunisiennes concernant sa libération, Jabeur Mejri reste incarcéré à la prison de Mahdia. Condamné à sept ans et demi d’emprisonnement et à une amende de 1 200 dinars tunisiens (une quarantaine d’euros) en mars 2012, parce que ses messages sur Facebook concernant le prophète Mahomet ont été jugés « insultants pour l’Islam et les musulmans » par le tribunal de première instance de Mahdia, Jabeur Mejri a déjà passé près de deux ans en prison. Cet homme n’aurait jamais dû être emprisonné pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression.

Après la confirmation de sa condamnation en appel et le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation, Jabeur Mejri ne peut être libéré que par une grâce présidentielle. Les autorités tunisiennes ont promis à plusieurs reprises que Jabeur Mejri serait libéré, mais n’ont pas encore agi, sous prétexte d’assurer sa sécurité. Amnesty International appelle donc les autorités tunisiennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger Jabeur Mejri et sa famille après sa libération, au lieu de se servir de ce prétexte pour prolonger sa détention.

Lors d’un débat au Conseil des relations extérieures, le 25 septembre 2013 et au cours d’une visite à New York, le président Marzouki, lui-même ancien prisonnier d’opinion sous la présidence de Ben Ali, a déclaré qu’il avait l’intention d’amnistier Jabeur Mejri, mais que compte tenu de la situation politique en Tunisie et des menaces des salafistes, libérer Jabeur Mejri en ce moment le mettrait en danger. Le président Marzouki a réitéré sa promesse lors d’une interview donnée à France Info le 6 novembre 2013, tout en affirmant que la libération de Jabeur Mejri ne pouvait avoir lieu au vu du climat politique tendu en Tunisie, pour des raisons de sécurité.

Amnesty International est préoccupée par l’argumentation du président tunisien, qui paraît ajouter à l’emprisonnement injuste de Jabeur Mejri l’incapacité des autorités tunisiennes à assurer sa sécurité. L’organisation souligne que les autorités tunisiennes ont l’obligation, en vertu du droit international, de garantir la liberté d’expression et d’assurer la sécurité de ceux qui exercent ce droit, indépendamment du fait que les points de vue exprimés puissent être considérés comme une offense par certains. Les autorités ne doivent pas se servir de Jabeur Mejri comme d’un prétexte, mais plutôt faire face aux menaces portées contre lui par des individus ou des groupes en désaccord avec son point de vue.

Amnesty International a lancé un appel mondial pour la libération immédiate et inconditionnelle de Jabeur Mejri en mars 2013. Jabeur Mejri est l’un des cas mis en exergue par le marathon des lettres d’Amnesty International cette année. Au cours de cet événement, des milliers de personnes du monde entier uniront leurs voix pour faire pression sur le président tunisien, afin qu’il gracie et libère Jabeur Mejri.

Complément d’information

Jabeur Mejri a été déclaré coupable d’avoir publié des documents de nature à troubler l’ordre public et les bonnes mœurs, d’avoir porté préjudice à des tiers du fait de cette publication, et d’avoir porté atteinte à la moralité publique, en vertu des articles 121 et 226 du Code pénal, ainsi que de l’article 86 du Code des télécommunications.

Depuis le soulèvement de 2011 qui a renversé l’ancien président Zine el Abidine Ben Ali, la liberté d’expression continue d’être menacée en Tunisie. Des journalistes, des blogueurs, des artistes et des critiques ont été arrêtés ou poursuivis du fait des dispositions pénales édictées par Ben Ali pour avoir critiqué des fonctionnaires ou des institutions publiques, ou encore avoir exprimé des opinions considérées comme « indécentes » ou portant atteinte à la moralité publique et à des valeurs sacrées. Les artistes ont accusé les autorités de ne pas les protéger contre les attaques d’individus ou de groupes en désaccord avec leur point de vue. Certaines personnes ont même été jugées par des tribunaux militaires pour des accusations de diffamation et d’« atteinte à la réputation de l’armée ».

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