Mauritanie. Sous la pression de l’Union européenne, les migrants font l’objet d’arrestations illégales et d’expulsions collectives

Voir le rapport dans son intégralité ICI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI

Les migrants irréguliers qui essaient d’atteindre l’Europe sont arrêtés, maltraités et expulsés collectivement de Mauritanie – parfois vers un autre pays que le leur – sans aucune possibilité de recours : telles sont les conclusions d’un nouveau rapport d’Amnesty International rendu public ce mardi 1er juillet.

« Ces arrestations et expulsions collectives sont le résultat des pressions exercées par l’Union européenne, et en particulier l’Espagne, pour obtenir la collaboration de pays africains à la lutte contre l’immigration clandestine », a déclaré Salvatore Saguès, responsable des recherches sur l’Afrique de l’Ouest au sein d’Amnesty International.

Depuis 2006, les autorités ont procédé à l’arrestation de milliers de migrants soupçonnés de vouloir quitter la Mauritanie pour se rendre en Europe en passant par les îles Canaries (Espagne). Un grand nombre de ces personnes sont conduites par les forces de sécurité à Nouadhibou, dans le nord de la Mauritanie, où elles sont incarcérées dans un centre de détention que la population locale et les migrants qualifient de « petit Guantánamo ».

Le centre de détention de Nouadhibou - une ancienne école dont les classes ont été transformées en dortoirs de fortune – reçoit environ 300 personnes par mois mais n’est soumis à aucun contrôle judiciaire. Le centre est surpeuplé et les migrants y sont parfois maltraités.

Selon le Service de la sécurité nationale, les 3 257 personnes qui ont transité par le centre en 2007 ont toutes été envoyées au Sénégal et au Mali, indépendamment de leur nationalité ou de leur pays d’origine. Ces personnes sont déposées à la frontière, souvent sans nourriture ni moyen de transport.

Dans son rapport intitulé Mauritania : Nobody wants to have anything to do with us, arrests and collective expulsions of migrants denied entry into Europe, Amnesty International se dit également préoccupée par le fait que, sous couvert de lutte contre l’émigration clandestine, les autorités mauritaniennes ont arrêté des ressortissants d’Afrique de l’Ouest qui vivaient en Mauritanie et ne semblaient pas avoir l’intention d’émigrer ailleurs. Certains ont été arrêtés dans la rue ou chez eux, et nombre d’entre eux ont eu leurs biens volés par les forces de sécurité mauritaniennes.

Amnesty International demande aux autorités mauritaniennes de veiller à ce que les forces de sécurité respectent le droit international.
L’organisation appelle également l’Union européenne et ses États membres, et surtout l’Espagne, à veiller à ce que les migrants soient traités dans le respect des normes internationales relatives aux droits humains.


« Les pays de l’Union européenne utilisent certains pays comme la Mauritanie pour réguler le nombre de migrants qui essaient d’entrer en Europe, transformant de fait ces pays en « gendarmes » de l’Europe »
, a conclu Salvatore Saguès.

Complément d’information

Le rapport d’une cinquantaine de pages rendu public ce mardi 1er juillet par Amnesty International sous le titre Mauritania : Nobody wants to have anything to do with us, arrests and collective expulsions of migrants denied entry into Europe (index AI : AFR 38/001/2008) est le résultat d’une mission de recherches que des délégués de l’organisation ont effectuée en Mauritanie en mars 2008. Ils ont interrogé des détenus du centre de Nouadhibou accusés de vouloir migrer en Europe via les îles Canaries. Les délégués de l’organisation ont également rencontré des hauts responsables mauritaniens et des représentants diplomatiques de l’Espagne en Mauritanie

Accueillant traditionnellement un très grand nombre de ressortissants des pays voisins, la Mauritanie a signé un accord avec l’Espagne en 2003 qui l’oblige à réadmattre sur son territoire non seulement les Mauritaniens mais aussi les ressortissants de pays tiers soupçonnés d’avoir cherché à atteindre l’Espagne depuis la côte mauritanienne. La Mauritanie a également accepté la présence sur son sol d’un aéroplane et d’un hélicoptère dans le cadre d’une opération menée par l’Union européenne pour contrôler ses frontières extérieures.

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