Mexique. Découverte d’un charnier : des doutes subsistent quant à l’identité des victimes

Les autorités fédérales doivent ouvrir une enquête exhaustive et approfondie sur la disparition de 43 étudiants à Iguala, au Mexique, alors que des doutes subsistent sur le fait que les corps retrouvés dans un charnier sont bien ceux des étudiants, a déclaré Amnesty International lundi 6 octobre.

«  Les recherches pour retrouver ces étudiants disparus doivent se poursuivre avec ténacité. Ce crime a choqué le monde entier et la vérité doit éclater. Les prochains jours vont se révéler essentiels pour établir ce qui s’est réellement passé ; ces investigations sensibles doivent être réalisées par des experts au plus haut niveau fédéral, assistés des médecins légistes internationaux qui collaborent déjà à l’enquête, a déclaré Erika Guevara Rosas , directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

«  Il est temps que le président Enrique Peña Nieto passe à la vitesse supérieure et garantisse une enquête rapide et minutieuse, afin de faire toute la lumière sur ce qui est arrivé à ces étudiants. Les promesses faites par le gouvernement du Mexique de respecter les droits humains ne doivent pas être des paroles creuses derrière lesquelles ces droits sont bafoués en toute impunité. »

Par ailleurs, les familles doivent être traitées avec respect et être tenues informées, avant les médias, de l’évolution des recherches entreprises pour retrouver les victimes et du processus d’identification des corps découverts.

La découverte macabre d’une fosse commune, dimanche 5 octobre, permettra peut-être de répondre à certaines interrogations quant au sort des 43 étudiants, qui ont disparu lorsque des policiers municipaux et des hommes armés ont attaqué sans avertissement plus de 80 étudiants qui quittaient la ville à bord de trois bus. Cependant, 28 corps seulement ont été découverts et il n’a pas encore été confirmé qu’il s’agissait bien des étudiants.

Le 26 septembre, six personnes ont été abattues et plus de 20 blessées à Iguala, dans l’État de Guerrero. Selon les médias, plus de 30 suspects ont été arrêtés, dont 22 policiers municipaux.

Tandis que les autorités fédérales tentent d’identifier les restes retrouvés le 5 octobre dans un charnier, l’enquête sur les disparitions et les meurtres relève de la compétence de l’État de Guerrero. Amnesty International craint que les investigations ne soient compromises, étant donné les problèmes de corruption, notamment l’infiltration de membres du crime organisé au sein des forces de police, le bilan désastreux en matière d’enquêtes et l’impunité.

Il faut également que les représentants de l’Équipe argentine d’anthropologie médico-légale, qui se trouvent déjà à Iguala, bénéficient d’un soutien institutionnel total pour contribuer à la procédure d’exhumation et d’identification. Le rôle de ces experts internationaux indépendants est de mettre en œuvre une procédure fiable qui aura la confiance des familles des victimes. L’échec du processus d’identification des dépouilles dans des affaires de droits humains très médiatisées compromet les investigations dans de nombreuses autres affaires.

« L’enquête fédérale doit chercher à établir toutes les circonstances entourant l’attaque menée contre les étudiants par des policiers municipaux et des membres d’un gang, notamment les enlèvement et les homicides. Il faut également enquêter sur les informations selon lesquelles les militaires présents ne sont pas intervenus malgré l’aide demandée. Enfin, la sécurité de ceux qui ont survécu, des familles des victimes et des témoins doit être assurée, a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Malheureusement, ces disparitions et ces homicides d’étudiants s’inscrivent dans une continuité. Il s’agit du dernier épisode tragique de toute une série d’atteintes aux droits humains commises à Iguala, et à travers le Mexique. Il est temps de mettre fin à ces horreurs, une bonne fois pour toutes.  »

Complément d’infirmation
La disparition de ces étudiants n’est pas le premier événement de ce type dans l’État de Guerrero.

En décembre 2011, deux étudiants d’Ayotzinapa ont été assassinés, et 20 autres ont été soumis à des actes de torture et des mauvais traitements. Les policiers fédéraux et de l’État impliqués n’ont pas eu à rendre de comptes.

En mai 2013, trois porte-parole de la société civile ont été enlevés et assassinés. Malgré les éléments de preuve pointant du doigt l’implication du maire d’Iguala dans ces homicides, l’investigation aurait été clôturée en mai 2014. Dans ces deux affaires, les autorités fédérales ne sont pas intervenues efficacement pour garantir que justice soit rendue.

Depuis des années, Amnesty International recense et dénonce les graves violations des droits humains qui constituent une pratique bien établie, notamment les disparitions, la torture et le recours excessif à la force, ainsi que l’impunité qui règne au Mexique.

Au mois de septembre, Amnesty International a publié un rapport intitulé Hors de toute mesure. La torture et les autres mauvais traitements au Mexique, qui fait état d’une augmentation de 600 % du nombre de cas de torture et de mauvais traitements infligés par les autorités dans ce pays depuis 10 ans.

Dans un sondage réalisé récemment pour Amnesty International, 64 % des Mexicains interrogés craignaient d’être torturés s’ils étaient placés en détention par la police ou d’autres autorités.

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