Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les défenseurs des droits humains ont besoin d’une protection étoffée et de meilleures garanties

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les défenseurs des droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord courent toujours le risque d’être emprisonnés, torturés, persécutés et victimes de répression parce qu’ils s’efforcent de faire respecter les droits d’autrui, alors que les Nations unies ont appelé tous les États il y a plus de dix ans à apporter leur appui aux activités de celles et ceux qui défendent ces droits, a déclaré Amnesty International ce mercredi 11 mars 2009.

« Dans toute la région, celles et ceux qui se battent pour les droits fondamentaux et dénoncent les violations commises par les autorités s’exposent à de gros risques, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les gouvernements devraient proclamer le rôle crucial de ces personnes dans la promotion et la défense des droits universels. Pourtant, trop souvent, ils les qualifient d’agitateurs ou de fauteurs de troubles et recourent à des moyens oppressifs pour faire obstacle à leurs activités. Dans toute la région, des prisonniers languissent derrière les barreaux simplement parce qu’ils ont exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression, d’association ou de réunion. »

Dans un rapport circonstancié intitulé Challenging Repression, Amnesty International met en évidence à la lumière de plusieurs cas la situation précaire des défenseurs des droits humains qui subissent intimidations, harcèlements, menaces, arrestations et condamnations à de lourdes peines d’emprisonnement, voire à la mort, au terme de procès iniques. Ils sont maintenus en détention sans possibilité d’entrer en contact avec le monde extérieur pendant des jours ou des semaines, sans inculpation ni jugement, et torturés. Certains sont arrêtés à maintes reprises et victimes de multiples atteintes aux droits humains. D’autres sont contraints de signer des « aveux » pour des crimes qu’ils affirment ne pas avoir commis ou de s’engager à mettre fin à leurs activités en faveur des droits humains.
Les lois nationales servent couramment à les réduire au silence et à condamner leur travail. Ils sont fréquemment inculpés, entre autres, de « diffamation », d’« insultes », de « diffusion de fausses informations » et de « propagande antigouvernementale ». En Iran, les autorités peuvent invoquer pas moins de neuf textes de loi, vagues et partiellement communs pour la plupart, afin de poursuivre les auteurs présumés de critiques, d’insultes ou de diffamation visant les responsables de l’État notamment.

L’état d’urgence instauré pendant des décennies permet également de prononcer des sanctions sévères au terme de procès iniques devant des juridictions d’exception, comme c’est le cas en Égypte et en Syrie.

Dans la région, le climat pour les défenseurs des droits humains s’est globalement détérioré depuis la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, qui a fourni un nouveau prétexte pour museler la dissidence et adopter des lois antiterroristes.

Aux Émirats arabes unis, le décret-loi sur la lutte contre les crimes terroristes punit même les tentatives non violentes de « troubler l’ordre public, porter atteinte à la sécurité, mettre des personnes en danger ou infliger des destructions à l’environnement ».

De la même manière, la loi antiterroriste adoptée en 2003 en Tunisie porte une définition très vague du terrorisme, qui va jusqu’à englober le fait d’influencer de manière illégitime la politique de l’État et de « troubler l’ordre public », dispositions susceptibles d’empiéter fortement sur les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion.

À l’instar des journalistes, des professionnels du droit et des femmes, certains défenseurs des droits humains courent des risques spécifiques en raison de leur profession ou de la cause qu’ils servent. Les personnes travaillant dans les médias sont surveillées de près, par crainte du large impact que peut avoir leur travail. Les professionnels du droit sont en butte au harcèlement en raison de leur proximité avec les accusés, d’autant que les autorités les associent fréquemment à la cause de leur client. Quant aux femmes défenseures des droits humains, elles sont souvent victimes de représailles dans une région modelée par des valeurs traditionnelles, conservatrices et patriarcales.

Malgré ce climat et la répression, la persévérance des militants dans la lutte contre les atteintes aux droits humains a amené une lente évolution. En Iran, le travail de campagne mené par le mouvement des femmes, notamment à travers la Campagne pour l’égalité, a débouché sur le retrait de deux articles controversés d’un projet de loi sur la protection de la famille débattu mi-2008 devant le Majlis (Parlement). En Égypte, des blogueurs ont largement contribué à dénoncer la torture et les autres mauvais traitements infligés dans les postes de police. Ils ont publié sur Internet plusieurs vidéos, filmées avec des téléphones portables, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements.

Même dans les zones de conflit, les défenseurs des droits humains jouent un rôle crucial. Par exemple, les organisations israéliennes et palestiniennes de défense des droits humains ont travaillé ensemble sur la procédure judiciaire dans des affaires jugées par la Cour suprême israélienne. Aussi la Cour a-t-elle rendu un jugement historique, interdisant effectivement le recours à la torture par les forces israéliennes.

Dans une région où les gouvernements persistent à ne pas respecter les droits fondamentaux, le rôle des militants n’en est que plus crucial. En vue de poursuivre leurs activités, les défenseurs des droits humains doivent pouvoir compter sur le soutien de la communauté internationale jusqu’à ce que leurs campagnes soient reconnues et leurs aspirations réalisées.

« Il est grand temps que les gouvernements de la région reconnaissent la contribution essentielle des défenseurs des droits humains et prennent des mesures afin de favoriser leur travail, a conclu Malcolm Smart. Ils doivent immédiatement mettre fin à la persécution des défenseurs et lever les obstacles notamment juridiques qui servent à bloquer ou restreindre leurs activités légitimes en faveur de la promotion et de la protection des droits fondamentaux de la personne humaine. »

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