MYANMAR - Liberté retrouvée pour 200 prisonniers, mais de nombreux autres sont toujours en détention

Index AI : ASA 16/022/2005

Amnesty International salue la remise en liberté ce mercredi 6 juillet de plus de 200 prisonniers politiques, parmi lesquels plus de cent se trouvaient dans la prison Insein de Yangon.

« Nous nous réjouissons de la remise en liberté de prisonniers d’opinion dont beaucoup sont incarcérés depuis plus de dix ans, a déclaré Catherine Baber, directrice adjointe du programme Asie d’Amnesty International.

« Toutefois, il reste urgent d’obtenir la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers d’opinion détenus parmi plus de 1 100 prisonniers politiques. Nous demandons instamment aux autorités de poursuivre sur la lancée de cette décision et de remettre en liberté, sans condition - quelle que soit leur allégeance politique ou religieuse - tous les prisonniers d’opinion, y compris Aung San Suu Kyi.

« La libération de prisonniers d’opinion doit constituer un premier pas vers la fin d’un système abusif autorisant le placement en détention d’opposants pacifiques. Les autorités doivent veiller, toutefois, à ce qu’aucune condition ne soit posée qui pourrait être utilisée pour renvoyer en prison ceux qui reprendraient une activité politique pacifique. Elles doivent apporter la garantie que tous, y compris les prisonniers récemment libérés, pourront exercer pacifiquement leur droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion sans crainte de la répression », a déclaré Catherine Baber.

Plus de 1 100 journalistes, dirigeants étudiants, religieuses, enseignants, avocats, étudiants, moines et paysans purgent de longues peines, prononcées à l’issue de procès inéquitables, pour s’être opposés de façon pacifique au gouvernement. Beaucoup sont en très mauvaise santé et ont subi des actes de torture et autres traitements cruels, inhumains et dégradants.

Amnesty International renouvelle en ce mardi 6 juillet ses appels au State Peace and Development Council (SPDC, Conseil national pour la paix et le développement) pour qu’il mette un terme aux emprisonnements injustifiés en abrogeant les lois autorisant des poursuites à l’encontre des personnes ayant exercé de façon pacifique une activité religieuse ou politique. Le SPDC devra également veiller à ce qu’à l’avenir, les procès respectent les normes internationales d’équité des procès.

Complément d’information

Un certain nombre de prisonniers, parmi ceux qui ont été remis en liberté ce 6 juillet, auraient pu bénéficier d’une remise de peine pour bonne conduite. Un certain nombre de prisonniers politiques, parmi lesquels des députés élus de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie), qui avaient retrouvé la liberté à l’occasion d’une libération massive de prisonniers entre novembre 2004 et janvier 2005, ont été de nouveau arrêtés après avoir repris une activité politique et condamnés à de lourdes peines. Selon les informations dont nous disposons, ils ne feraient pas partie des prisonniers politiques libérés ce 6 juillet. Des arrestations pour raisons politiques continuent d’être signalées.

Parmi ceux qui ont été remis en liberté ce mardi 6 juillet et pour lesquels Amnesty International avait mené campagne, on peut citer :

U Sein Hla Oo, ancien rédacteur en chef d’un journal, critique de films et député élu de la NLD, incarcéré à la prison de Myitkyna. Il avait été remis en liberté conditionnelle lors d’une amnistie en 1993, avant d’être arrêté de nouveau en 1994 pour avoir communiqué des « informations mensongères » à des diplomates et journalistes étrangers et pour avoir distribué des documents politiques. Il avait été condamné à sept années d’emprisonnement et à purger le reliquat de sa peine précédente, les autorités ayant déclaré que, « contrairement à son engagement, il s’était livré en secret à des activités antigouvernementales ».

U Khin Zaw Win, dentiste, étudiant à l’étranger, ayant des liens avec la Ligue nationale pour la démocratie. Il avait été arrêté à l’aéroport de Yangon alors qu’il s’apprêtait à partir pour Singapour et condamné pour possession de papiers, disquettes et lettres révélant, selon les autorités des « sentiments anti-gouvernementaux ». Il faisait partie d’un groupe de prisonniers sanctionnés en 1996 pour avoir tenté d’alerter les Nations unies sur les mauvaises conditions de détention à Insein et pour avoir fait circuler des informations à l’intérieur de la prison. Des prisonniers ont été détenus dans des cellules destinées aux chiens policiers, contraints de dormir à même le sol de béton sans drap ni couverture et privés de toute visite des membres de leur famille.

Kyaw Min Yu, étudiant, avait été arrêté en lien avec ses activités politiques en 1989. Il purgeait une peine de dix-sept années d’emprisonnement. Détenu dans un premier temps sans avoir été inculpé ni jugé, il avait ensuite été condamné à dix années d’emprisonnement pour incitation aux troubles. Il avait purgé sa peine mais avait écopé de sept années supplémentaires alors qu’il se trouvait toujours en détention, en raison de son implication présumée dans un projet de diffusion d’informations de l’étranger à l’intérieur de la prison d’Insein ; on le soupçonnait également d’être impliqué dans la tentative faite pour alerter la Commission des droits de l’homme des Nations unies sur les conditions de détention dans les prisons du Myanmar.

Selon des sources non confirmées, U Win Tin, journaliste de soixante-quinze ans, aurait également été remis en liberté. Il avait été arrêté il y a seize ans, le 4 juillet 1989 et condamné à vingt années de prison en raison de son opposition politique aux autorités en place. Privé de ses droits fondamentaux, notamment le droit à un procès équitable, il était également privé du droit à disposer de quoi écrire et du droit à des conditions humaines de détention. La semaine dernière, Amnesty International et Reporters sans frontières avaient remis une pétition réclamant sa remise en liberté aux ambassades du Myanmar à Paris et à Londres.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service Presse d’Amnesty International au 02 543 79 04 ou consulter les sites http://www.amnesty.be et http://www.amnesty.org

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