Nigéria, Les autorités ne luttent pas contre l’impunité dont jouit l’unité de police de la SARS

Nigéria police SARS

Les autorités nigérianes ne s’attellent pas à lutter contre l’impunité dont jouit la Brigade spéciale de répression des vols SARS, dont la violence et la corruption montent en puissance, malgré les promesses répétées de réformer cette unité spéciale de la police et d’enquêter sur les violations commises par ses membres.

Le week-end dernier, la police nigériane a annoncé une nouvelle interdiction – la quatrième en quatre ans – des patrouilles de routine de la SARS et d’autres escadrons tactiques de la police nigériane, sur fond de colère grandissante suscitée par le harcèlement et les atteintes aux droits humains imputables aux policiers. Le ministre des Affaires de la police a aussi annoncé une enquête sur les infractions imputables à cette unité.

« Il s’agit d’une manœuvre factice pour reprendre le contrôle de cette unité de la police nigériane bien connue pour infliger torture et mauvais traitements. L’expérience nous a hélas montré que les investigations sur des violations commises par le passé n’ont jamais été menées ou ont été entachées d’irrégularités. À ce jour, les autorités nigérianes doivent prouver qu’elles sont réellement déterminées à mettre un terme aux activités illégales de la SARS, a déclaré Osai Ojigho, directrice d’Amnesty International Nigeria.

« De tels abus ne pourront cesser que lorsque les policiers de la SARS seront amenés à rendre des comptes pour leurs actes et à encourir des sanctions disciplinaires ou pénales s’ils sont déclarés responsables d’atteintes aux droits humains. »

En août 2018, le gouvernement a mis sur pied une commission judiciaire chargée d’enquêter sur les activités de la SARS et de faire des recommandations en vue d’une réforme. Cependant, le rapport de la commission n’a pas encore été rendu public, près de deux années après que ses membres ont soumis leurs conclusions au gouvernement.

L’indignation collective de la population nigériane face aux atrocités commises par la SARS offre aux autorités une nouvelle occasion de mettre fin aux brutalités policières et à toutes les formes de violations des droits humains imputables à la police.

« De tels abus ne pourront cesser que lorsque les policiers de la SARS seront amenés à rendre des comptes pour leurs actes et à encourir des sanctions disciplinaires ou pénales s’ils sont déclarés responsables d’atteintes aux droits humains. »

Amnesty International appelle le gouvernement nigérian à saisir cette occasion de témoigner de l’attachement du pays aux droits humains et de s’acquitter de son obligation d’amener la police à rendre des comptes. Il doit donner du pouvoir aux organismes de surveillance, notamment la Commission des services de police, le Comité contre la torture et la Commission nationale des droits humains, afin d’enquêter et d’engager des poursuites contre les policiers impliqués dans des violations des droits humains.

« Les autorités sont tenues de protéger les Nigérian·e·s et de traduire en justice tous ceux qui piétinent leurs droits fondamentaux. Si elles ne tiennent pas leur promesse de réformer la SARS et de mettre un terme aux extorsions et aux mauvais traitements dont sont fréquemment victimes les citoyen·ne·s, leurs mots continueront de sonner creux », a déclaré Osai Ojigho.

Complément d’information
Depuis plus de 10 ans, Amnesty International enquête sur la torture et les mauvais traitements dont se rendent responsables les policiers de la SARS. Dans son rapport publié en 2018 sous le titre Nigeria : Time to End Impunity, elle a dévoilé que de jeunes hommes sont soumis à diverses formes de torture et de mauvais traitements infligés par des membres de cette Brigade spéciale de répression des vols dans le but de leur arracher des « aveux », de les punir pour des infractions pénales qu’ils auraient commis ou pour leur extorquer de l’argent. Ce rapport dénonçait également le fait que les policiers de la SARS font rarement l’objet d’investigations ou de poursuites en justice pour leurs actes répréhensibles. Dans les rares cas où des affaires ont été portées à l’attention de la population, les autorités policières ont généralement promis des enquêtes, qui n’ont la plupart du temps jamais été diligentées.

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