Communiqué de presse

Ouzbékistan. Plus de 140 000 personnes réclament la libération de Mouhammad Bekjanov

À l’occasion du 61e anniversaire de Mouhammad Bekjanov, plus de 140 000 sympathisants d’Amnesty International ont demandé au président ouzbek de veiller à ce qu’il soit immédiatement libéré. Mouhammad Bekjanov est l’un des journalistes emprisonnés depuis le plus longtemps au monde.

Il a passé les 16 dernières années derrière les barreaux bien qu’il ait affirmé à son procès en 1999 qu’on l’avait torturé afin de lui extorquer des « aveux ». Il aurait été frappé à coups de matraque en caoutchouc, asphyxié et soumis à des décharges électriques. Le tribunal n’a pas pris ses allégations de torture en considération. À ce jour, aucune enquête n’a été menée sur les déclarations de Mouhammad Bekjanov et aucun responsable n’a été identifié ni traduit en justice.

Le cas de Mouhammad Bekjanov est loin d’être unique en Ouzbékistan. En avril 2015, Amnesty International a publié un rapport sur la torture en Ouzbékistan, intitulé Secrets et mensonges : des « aveux » extorqués sous la torture en Ouzbékistan, dans le cadre de la campagne mondiale Stop Torture. Ce rapport a conclu que la torture et d’autres formes de mauvais traitements, ainsi que l’utilisation dans les procès de preuves obtenues sous la torture, sont des problèmes persistants en Ouzbékistan.

La torture et les autres formes de mauvais traitements sont devenues des caractéristiques essentielles du système pénal en Ouzbékistan. Ces pratiques sont au cœur de l’approche adoptée par les autorités ouzbèkes pour faire face à la dissidence, combattre les menaces réelles ou présumées contre la sécurité et sévir contre les opposants politiques.

Des hommes et des femmes vivant dans cet État répressif sont fréquemment contraints à signer des « aveux » par les moyens les plus brutaux que l’on puisse imaginer. Les tribunaux continuent très souvent de condamner des accusés sur la foi d’éléments obtenus sous la torture. Les juges ignorent ou rejettent systématiquement les accusations de torture ou d’autres mauvais traitements, en les qualifiant d’infondées même lorsque des preuves dignes de foi sont produites à l’audience. Le Code de procédure pénale ouzbek n’interdit pas de manière expresse et totale le recours à la torture dans le but d’arracher des aveux ou d’autres témoignages, et n’empêche pas que ce type d’éléments soient utilisés devant les tribunaux. Les membres et sympathisants d’Amnesty International demandent donc également au président ouzbek de publier un décret présidentiel demandant une modification du Code de procédure pénale afin d’y introduire une interdiction absolue et explicite du recours à la torture pour obtenir des témoignages ou des aveux, ainsi que de l’utilisation dans des procédures pénales ou autres d’éléments arrachés sous la torture, sauf comme preuve dans le cadre d’une affaire contre un auteur présumé de sévices.

L’Ouzbékistan continue à fermer ses portes aux observateurs internationaux. Ces dernières années, aucune organisation internationale indépendante, y compris Amnesty International, n’a été autorisée à se rendre librement dans ce pays afin d’y observer les droits humains de manière indépendante. Treize demandes de mission dans le pays, formulées par les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme - notamment le rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants -, sont actuellement en suspens.

Complément d’information

Des signatures ont été recueillies en faveur de la pétition dans 129 pays. Cette pétition s’inscrit dans la campagne Stop Torture d’Amnesty International, lancée en mai 2014.

Le cas de Mouhammad Bekjanov

Mouhammad Bekjanov, rédacteur en chef du journal interdit du parti d’opposition Erk, a quitté l’Ouzbékistan en 1993 à cause des persécutions, du harcèlement et des manœuvres d’intimidation dont il était victime de la part des autorités, en raison de ses liens avec Erk.

Le 16 février 1999, six bombes ont explosé à Tachkent. Treize personnes sont mortes et plus de 100 ont été blessées. Après cet attentat, les forces de sécurité ouzbèkes ont arrêté de façon arbitraire des centaines de suspects présumés, parmi lesquels des membres de congrégations islamiques indépendantes, des membres et des sympathisants de partis politiques ou de mouvements d’opposition interdits, ainsi que des membres de leurs familles. Le 18 mars 1999, Mouhammad Bekjanov a été forcé à quitter l’Ukraine, où il vivait, et à revenir en Ouzbékistan après les événements de Tachkent. Il y a été maintenu au secret jusqu’à sa remise en liberté fin avril 1999.

En août 1999, pendant son procès, Mouhammad Bekjanov et ses cinq coaccusés ont fait une déclaration conjointe, selon laquelle on les avait torturés en détention provisoire afin de les forcer à faire des « aveux » attestant leur implication dans les attentats de février 1999, et incriminant Mouhammad Salih, le chef exilé d’Erk. Mouhammad Bekjanov a affirmé qu’entre autres mauvais traitements, il avait reçu des coups de matraques en caoutchouc et de bouteilles en plastique remplies d’eau, et avait été asphyxié et soumis à des décharges électriques. Après son témoignage, le juge n’a donné que 40 minutes à la défense pour plaider. Dans le jugement prononcé, la cour n’a pas tenu compte des allégations de torture et d’aveux forcés faites par Mouhammad Bekjanov. Elle a basé sa décision sur ses aveux. Le 18 août 1999, Mouhammad Bekjanov a été condamné à 15 ans d’emprisonnement pour sa participation présumée aux attentats de février 1999.

Il devait être libéré en février 2012. Cependant, en janvier 2012, il a été condamné à quatre ans et huit mois d’emprisonnement supplémentaires par un tribunal de Kassan, ville proche de la colonie pénitentiaire où il est détenu, pour avoir supposément violé les règles carcérales. D’après des membres de sa famille, Mouhammad Bekjanov a dit à la cour qu’il n’avait enfreint aucune règle carcérale pendant ces 13 ans et qu’il serait étrange de commencer à violer ces règles quelques semaines avant sa libération. En mars 2012, une cour d’appel a confirmé la prolongation de sa peine d’emprisonnement.

En dépit des nombreuses plaintes déposées auprès des autorités compétentes par Mouhammad Bekjanov, par son avocat et par sa famille au fil des années, aucune enquête efficace sur les allégations de torture n’a eu lieu.

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