Communiqué de presse

Pakistan. La condamnation pour blasphème qui vise une chaîne privée de télévision compromettra la liberté des médias

La condamnation à une peine de prison pour blasphème prononcée mercredi 26 novembre par un tribunal au Pakistan contre quatre personnes, dont le propriétaire d’une grande chaîne de télévision privée et l’une de ses actrices phares, aura un effet paralysant sur la liberté d’expression et des médias, a déclaré Amnesty International. L’organisation a également fait part de ses vives préoccupations quant à l’équité du procès.

Le 26 novembre, un tribunal antiterroriste a condamné par contumace Mir Shakil ur Rahman, propriétaire de Geo TV qui appartient à Jang Media Group, l’actrice Veena Malik, son époux Asad Bashir et l’animatrice télé Shaista Wahidi, à une peine de 26 ans de prison chacun pour diffusion d’un programme malveillant. Les relations entre Geo TV et les autorités pakistanaises sont tendues et la chaîne a déjà été suspendue provisoirement d’antenne à la suite des accusations de blasphème.

« Cette condamnation aura un effet paralysant sur la liberté d’expression au Pakistan. Il est choquant que des personnes soient envoyées derrière les barreaux pendant plus de 20 ans en raison d’un programme télévisé. Ce jugement montre que les lois pakistanaises relatives au blasphème, très déficientes, sont un nouveau moyen de faire taire les médias, a déclaré David Griffiths, directeur adjoint du programme Asie-pacifique d’Amnesty International.

« De fortes préoccupations demeurent quant à l’équité de ce procès : les accusés ont été condamnés par contumace et n’ont pas eu la possibilité de répondre aux accusations devant un tribunal.  »

Le tribunal antiterroriste a également condamné chacun des quatre accusés à une amende de 1,3 million de roupies pakistanaises (environ 10 000 euros).

Les accusations de blasphème sont liées à un programme diffusé par Geo TV en mai 2014, dans lequel Veena Malik et Asad Bashir rejouaient la cérémonie de leur mariage au son du Qawaali, musique de dévotion relatant la vie et les enseignements des prophètes et qui avait pour thème le mariage de Fatima Zehra, la fille du prophète Mahomet, avec son cousin Ali.

Mir Shakil ur Rahman vit en dehors du Pakistan, tandis que Veena Malik et Asad Bashir ont fui le pays lorsqu’ils ont reçu des menaces de mort après avoir été accusés de blasphème. Veena Malik a déclaré à Amnesty International craindre pour sa vie si elle rentre au Pakistan.

Les lois pakistanaises sur le blasphème bafouent le droit international relatif aux droits humains et les normes internationales en la matière. Amnesty International exhorte le gouvernement à les réformer de toute urgence afin de fournir des garanties contre les abus, et l’engage ensuite à les abroger.

« Les lois relatives au blasphème sont utilisées de manière disproportionnée contre les minorités religieuses, mais la condamnation prononcée aujourd’hui souligne le fait que personne au Pakistan n’est à l’abri, a déclaré David Griffiths.

« Les menaces de mort visant Veena Malik et Asad Bashir illustrent le fait que les accusations de blasphème sont parfois suivies de menaces de violence. Les autorités doivent s’employer à protéger les personnes exposées, au lieu de mettre de l’huile sur le feu en se servant des lois sur le blasphème pour régler leurs comptes au niveau politique. »

Geo TV se trouve dans une impasse avec les autorités pakistanaises depuis que son présentateur vedette, Hamid Mir, a accusé en avril les Services du renseignement de l’armée pakistanaise (ISI) d’être responsables de la tentative d’assassinat dont il a été la cible.

Le 6 juin, l’autorité gouvernementale de régulation des médias, le Pakistan Electronic Media Regulatory Authority (PEMRA), a suspendu la licence de Geo TV pendant 15 jours en raison de l’accusation de blasphème. Le 20 octobre, la PEMRA a pris une mesure analogue à l’encontre d’une autre chaîne privée, ARY TV, pour avoir « calomnié » le système judiciaire du pays.

«  Les autorités pakistanaises doivent mettre un terme à leurs manœuvres de harcèlement visant à faire taire les voix critiques dans les médias. Au lieu de chercher à contrôler les médias et les journalistes, elles doivent s’efforcer de les protéger afin qu’ils puissent faire leur travail librement, sans intimidation ni harcèlement  », a déclaré David Griffiths.

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