Pakistan. La population de Buner se trouve à la merci des talibans


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Près de 650 000 Pakistanais vivant dans le district de Buner, à quelque 120 kilomètres d’Islamabad, se trouvent désormais à la merci de groupes de talibans pakistanais répressifs et violents qui ont pris le contrôle de la région depuis le 21 avril, a déclaré Amnesty International depuis le Pakistan ce jeudi 23 avril 2009. Les talibans avaient précédemment pris le pouvoir dans la vallée voisine de Swat.

« Le gouvernement pakistanais se montre bredouillant tandis que la Province de la Frontière du Nord-Ouest s’enflamme, a déclaré depuis Islamabad Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Il n’a pas donné la moindre information sur la manière dont il compte s’y prendre pour protéger les droits de centaines de milliers de Pakistanais qui sont désormais soumis à la règle répressive des talibans, et ce non loin de la capitale du pays. »

Les habitants de Buner ont expliqué aux chercheurs d’Amnesty International au Pakistan que 400 à 500 talibans lourdement armés circulent désormais librement dans tout le district. Ces deux derniers jours, ils ont érigé un poste de contrôle à Babaji Khandao, sur la route principale conduisant à Buner ; ils arrêtent tous les véhicules et prennent pour cible tous les employés d’organisations non gouvernementales (ONG).

Selon des témoins oculaires, les policiers locaux de Buner – très souvent décrits comme peu armés, sous-payés et mal formés – restent dans leurs casernes et ne s’interposent pas face à la prise de pouvoir des talibans. Le 22 avril, deux sections de Frontier Constabulary (Gardes frontières) sont arrivées à Buner pour apporter du renfort à la section déjà présente et reprendre les patrouilles. Toutefois, ces gardes frontières n’ont pas entravé les déplacements ni les activités des talibans.

D’après plusieurs personnes, notamment des journalistes et des employés d’ONG, la population locale est terrifiée à l’idée que l’armée pakistanaise lance des opérations de représailles à Buner.

« Amnesty International a recensé de graves atteintes touchant les civils dans le cadre d’opérations militaires menées sans discrimination par le passé. Ces opérations, entre autres, ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, a déclaré Sam Zarifi. La population de Buner attend désespérément l’aide du gouvernement, mais ne veut pas d’une nouvelle opération militaire infructueuse qui détruit ce qu’elle ne peut protéger. »

Le commandant des talibans à Buner, Mufti Bashir Ahmed, connu sous le nom d’Abu Sultan, a prohibé par l’entremise de son porte-parole, Mullah Khalil (aussi appelé Abu Usman et Mufti Ghreeb), tous les actes qui violent l’interprétation rigoureuse et restrictive que font les talibans de la loi islamique. Ils ont interdit la musique, ordonné à toutes les filles de plus de sept ans de porter la burqa et à tous les hommes de se laisser pousser la barbe.

D’après les ONG locales, Mullah Khalil a également pris pour cibles les ONG et mis en garde contre toute action susceptible d’être interprétée comme une coopération avec les États-Unis d’Amérique.

Ces deux derniers jours, les talibans ont confisqué par la force pas moins de 23 véhicules appartenant à des ONG et à des représentants du gouvernement, dont des responsables de la sécurité et des centres de soins locaux. Ils ont mis à sac les bureaux de plusieurs ONG, notamment de mouvements pakistanais comme Paiman, impliqué dans l’éducation à la santé et à l’hygiène dans les écoles primaires, et Rahbar, qui se consacre à la lutte contre la pauvreté, et saccagé des projets menés en association avec des organisations internationales comme ActionAid et le Corps Médical International.

« D’importants projets de développement sont bloqués ou sévèrement restreints dans de nombreux secteurs de la Province de la Frontière du Nord-Ouest, a indiqué Sam Zarifi. La population, déjà en butte à des soins de santé médiocres et à un faible niveau d’alphabétisation, doit désormais se contenter d’une aide essentielle encore diminuée. »

Par ailleurs, les talibans ont fermé le sanctuaire de Pir Baba, poète et saint soufi. À Elum Mountain, ils ont incendié des maisons situées autour du sanctuaire de Rana Chandar Gi, un saint hindou. Le sanctuaire lui-même n’a pas été endommagé et demeure ouvert.

D’après des membres des petites communautés hindoue et sikhe résidant à Buner, bien qu’ils n’aient pas été pris pour cibles par les talibans, nombre d’entre eux se préparent à partir, redoutant une terrible dégradation de la situation.

« Les talibans à Buner se positionnent comme l’autorité dirigeante qui remplace le gouvernement pakistanais, tout comme nous l’avons vu dans d’autres régions dont ils se sont emparés, a poursuivi Sam Zarifi. La population de Buner se trouve désormais à leur merci, particulièrement les femmes et les filles, dont les droits sont systématiquement bafoués par les talibans.
« Toute intervention doit mettre l’accent sur le bien-être de la population de Buner et des autres régions dominées par les talibans pakistanais. Depuis trop longtemps, le gouvernement pakistanais et ses soutiens internationaux, principalement les États-Unis, font face à ce problème sous le seul angle militaire ou antiterroriste, négligeant de faire la preuve de leur détermination à protéger les droits des personnes les plus directement touchées."

Complément d’information

La prise de contrôle de Buner intervient dix jours après que le gouvernement pakistanais a signé un « accord de paix » avec les groupes de talibans pakistanais dans la zone tribale de Malakand, qui englobe les districts de Swat et de Buner. Malakand est une zone stable, autrefois l’une des destinations touristiques les plus courues du Pakistan. Aux élections de 2008, ses habitants ont massivement voté pour des candidats laïcs et libéraux.
Aux termes de l’accord de paix promulgué par le président pakistanais Asif Ali Zardari le 14 avril, les talibans pourraient remplacer le droit pakistanais par leur version de la charia (Nizam-e Adl). En échange, ils doivent déposer les armes et cesser d’attaquer les bâtiments gouvernementaux.

Le jeudi 9 avril, entre 40 à 50 talibans se sont rendus à Buner après l’annonce de l’accord de paix de Swat. Les anciens de Buner ont alors convoqué la milice locale, connue sous le nom de Lashkar, afin de stopper les talibans et, avec l’appui de la police, les ont repoussés dans la vallée de Swat, comme ils l’avaient déjà fait en une occasion au moins. Lashkar était dirigée par Fateh Khan, du village de Fateh, et Mukarrum Khan, du village de Ragga. Selon des témoins, ces affrontements ont coûté la vie à trois policiers et deux miliciens de Lashkar et fait entre 12 et 18 blessés.

Au regard de la résistance opposée par la milice locale Lashkar, les chefs des zones tribales se sont réunis dans le cadre d’un conseil de paix, ou jirga, dirigé par Khurshid Akbar de la ville de Buner, et sont ainsi parvenus à obtenir que les talibans mettent fin à leurs activités à Buner.

Mais le 21 avril, les talibans sont revenus en force avec à leur tête Mufti Bashir, habitant de Pir Baba à Bunir, et le commandant Ghauri. Ils ont pu circuler librement sur les routes, établir des postes de contrôle et contrôler les sommets des collines.

Les talibans ont alors pris le contrôle du village de Fateh Khan, chef de la milice Lashkar, et se sont emparés par la force de pensions, de véhicules et d’armes dans le village.

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