Pakistan. Plus de 80 personnes pourraient avoir été victimes d’exécutions extrajudiciaires à Bajaur

Déclaration publique

ASA 33/046/2006

Amnesty International craint qu’au moins 82 personnes n’aient été exécutées de manière extrajudiciaire à l’aube du 30 octobre, lors d’un raid aérien sur une madrassa (école religieuse) à Bajaur, une région désignée comme zone tribale près de la frontière avec l’Afghanistan. Il ne semble pas y avoir eu de tentative d’arrestation des victimes, décrites par le porte-parole de l’armée, le général Shaukat Sultan comme des « extrémistes », dont il a estimé le nombre entre 70 et 80, en stage « d’entraînement et de formation aux tactiques terroristes » dans la madrassa.

Selon les habitants, les victimes étaient des employés et des étudiants de l ‘école, beaucoup avaient moins de dix-huit ans. Des correspondants sur place ont affirmé que parmi les morts se trouvaient des enfants âgés de six ans.

Les habitants ont déclaré que l’attaque initiale avait été menée par des drones. Les villageois ont déclaré avoir entendu de fortes explosions et vu que la madrassa était touchée. Une vingtaine de minutes plus tard, deux hélicoptères de combat auraient survolé la zone et tiré des roquettes. Les villageois auraient affirmé avoir observé des drones au-dessus du village dans les jours précédant l’attaque.

Le porte-parole de l’armée pakistanaise, Shaukat Sultan, a nié toute implication des États-Unis dans le raid aérien qui a été mené, selon ses déclarations, par des hélicoptères de combat pakistanais qui visaient la madrassa, sous surveillance depuis quelque temps. Un porte-parole de l’armée américaine en Afghanistan a nié également toute implication des États-Unis dans ce raid aérien.

Amnesty International souhaiterait rappeler aux autorités pakistanaises que si ces homicides ont été délibérés et s’ils ont été perpétrés sans qu’il y ait eu auparavant tentative d’arrestation des suspects, sans avertissement, sans que les suspects n’opposent de résistance armée et dans des circonstances dans lesquelles les suspects ne représentaient aucune menace immédiate pour les forces de sécurité, ils sont considérés comme des exécutions extrajudiciaires en violation du droit international relatif aux droits humains.

Selon les normes du droit international relatif aux droits humains, tout être humain possède un droit inhérent à la vie. La privation arbitraire de vie, notamment par des exécutions extrajudiciaires, est toujours illégale et aucune circonstance exceptionnelle – guerre ou état d’urgence – ne peut être invoquée pour justifier de telles exécutions. Toutes les allégations d’exécutions extrajudiciaires doivent faire l’objet d’enquêtes impartiales menées sans délai afin de traduire en justice donneurs d’ordre et exécutants présumés.

Selon les normes du droit international relatif aux droits humains, les forces de sécurité ne doivent pas faire usage d’armes à feu contre des personnes, sauf lorsqu’un suspect oppose une résistance armée ou met en danger de quelque manière que ce soit la vie de tiers et que des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour pouvoir le maîtriser ou l’appréhender.

Selon certaines informations, des journalistes cherchant à accéder à la région auraient été repoussés par l’armée. Cela se traduit par une absence de reportages indépendants en provenance de la zone concernée.


Complément d’information

Depuis 2003, l’armée pakistanaise est engagée, avec environ 80 000 hommes, dans une opération de sécurité à la frontière du pays avec l’Afghanistan. Cette opération vise à chasser les combattants venus d’Afghanistan et à regagner la confiance de leurs partisans côté pakistanais.

Des responsables du gouvernement pakistanais ont dans le passé déclaré que l’opération menée dans les zones tribales du Pakistan était une opération de sécurité soutenue par l’armée, non une opération militaire.

Dans un rapport récent sur le Pakistan (Pakistan : Human rights ignored in the ‘war on terror’, index AI ASA 33/036/2006), Amnesty International exprimait son inquiétude à propos du recours à une force excessive et meurtrière dans le cadre de l’opération de sécurité ; l’organisation appelait le gouvernement à veiller à ce que toutes les affaires évocatrices de possibles exécutions extrajudiciaires fassent l’objet, dans les meilleurs délais, d’enquêtes indépendantes et lui demandait de faire en sorte que les auteurs présumés de violences soient poursuivis en justice.

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