Protéger les chrétiens coptes

Les autorités égyptiennes doivent assurer de toute urgence la protection des chrétiens coptes dans le nord du Sinaï et fournir des services essentiels et des logements aux centaines de chrétiens qui ont fui leur foyer, à la suite d’une série d’attaques qui ont fait sept morts parmi la communauté au cours du mois dernier

Le gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger les chrétiens dans le nord du Sinaï qui, depuis trois ans, sont de plus en plus la cible d’enlèvements et d’assassinats imputables à des groupes armés. Aucune poursuite n’a été engagée contre les responsables d’attaques à caractère religieux visant les chrétiens dans d’autres régions d’Égypte, les autorités préférant recourir à des accords de conciliation qui, parfois, aboutissent à l’expulsion forcée des familles chrétiennes.

Selon le ministre des Affaires parlementaires, au moins 150 familles coptes ont fui al Arish en raison des dernières violences. La plupart se sont réfugiées dans le gouvernorat voisin d’Ismaïlia, s’entassant dans des logements provisoires sans accès adéquat aux services de base.

« Cette vague d’attaques dans le nord du Sinaï cible les chrétiens coptes, traqués et tués par des groupes armés. Nul ne devrait être victime de discrimination – moins encore d’attaques violentes et meurtrières – en raison de ses croyances religieuses, a déclaré Najia Bounaim, directrice adjointe du programme Campagnes au bureau régional d’Amnesty International à Tunis.

« Les autorités égyptiennes n’ont pas mis en œuvre de mesures visant à protéger les habitants coptes du nord du Sinaï contre les vagues d’attaques violentes ; aujourd’hui, elles ne doivent plus les abandonner. Le gouvernement est tenu de garantir un accès sûr au logement, à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux et à d’autres services élémentaires, à tous ceux qui sont contraints de partir de chez eux parce qu’ils subissent des violences ou sont persécutés.

« Il doit aussi mettre un terme à l’impunité qui perdure concernant les attaques contre les chrétiens à travers l’Égypte et cesser de s’en remettre à des accords de conciliation, issus du droit coutumier, qui ne font qu’alimenter le cycle de la violence contre les communautés chrétiennes. »

Lors des dernières attaques, sept chrétiens coptes ont été tués dans le nord du Sinaï entre le 30 janvier et le 23 février. Le 19 février, la branche du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) au Sinaï a diffusé un message vidéo dans lequel elle menace la vie des Coptes et revendique l’attentat perpétré contre une église du Caire en décembre 2016, qui a fait au moins 25 morts. Depuis 2013, des groupes armés basés au Sinaï ont kidnappé plusieurs chrétiens pour obtenir des rançons, et ont parfois supprimé leurs otages.

« Majid Halim », dont le nom a été modifié pour protéger son identité, a fui al Arish avec sept membres de sa famille pour se rendre au Caire après les homicides qui ont eu lieu le mois dernier. Il a déclaré à Amnesty International que son père, qui tient une papèterie à al Arish, était régulièrement menacé depuis deux ans et que sa photo avait été publiée sur des pages Facebook, accompagnée d’un message incitant à la violence contre les chrétiens coptes et réclamant qu’ils quittent la ville. Majid Halim, son père et son frère n’ont eu d’autre choix que de partir, abandonnant leurs propriétés et leurs moyens de subsistance, notamment trois boutiques et la maison familiale composée de six appartements.

Nabila Fawzy a été témoin du meurtre de son époux Saad Hakim et de son fils, Medhat Saad Hakim, tués par des hommes armés cagoulés. Elle a déclaré aux médias que le 21 février à 22h30, de forts coups ont été frappés à la porte de leur domicile. Lorsque son fils a ouvert, il a été agressé par deux hommes qui l’ont jeté à terre et l’ont abattu d’une balle dans la tête. Nabila est sortie de sa chambre et l’a vu, allongé par terre, du sang lui coulant du nez. Les agresseurs ont fait sortir Nabila de la maison, sont retournés à l’intérieur et ont abattu son époux. Ils lui ont demandé si elle avait de l’or ou de l’argent, lui ont pris son alliance, ont pillé sa maison, avant d’y mettre le feu et de quitter les lieux.

Amnesty International s’est entretenue avec le gendre de Nabila, Sameh Mansour, dont le récit des événements concorde avec celui de Nabila. En outre, il a déclaré qu’il y a quelques jours seulement, le 22 février, ses voisins lui avaient raconté que deux hommes cagoulés étaient venus chez lui et avaient frappé à sa porte, alors qu’il était sorti organiser les préparatifs pour les funérailles de ses proches assassinés. Le lendemain, il s’est rendu avec sa famille dans le gouvernorat de Suez pour l’enterrement. Ce même jour, l’un de ses voisins, Kamel Abu Romany, qui vivait à 150 mètres de la maison des Mansour, a été assassiné par des hommes armés. Sameh Mansour a fui avec sa famille, laissant derrière lui sa maison et son emploi, et vit aujourd’hui dans un logement provisoire à Ismaïlia. Il tente de scolariser ses jeunes enfants dans des établissements à Ismaïlia.

Les personnes déplacées par les dernières violences dans le nord du Sinaï, dont de nombreux enfants et personnes âgées, s’entassent dans des églises ou des bâtiments gouvernementaux, ou se réfugient chez des familles à Ismaïlia qui leur ouvrent leurs portes.

Ces personnes ont besoin d’un logement durable et d’un accès aux services essentiels. Beaucoup sont parties de chez elles en emmenant uniquement ce qu’elles pouvaient porter dans leurs bras, et ont abandonné leur travail et leurs moyens de subsistance, ou interrompu leur scolarité ou leurs études universitaires.

« Les autorités égyptiennes doivent veiller à ce que ceux qui fuient soient réinstallés dans des logements sûrs, aient un accès suffisant aux services les plus élémentaires et bénéficient d’opportunités pour poursuivre leur scolarité ou continuer de travailler », a déclaré Najia Bounaim.

Par ailleurs, elles sont tenues de garantir que les propriétés des personnes déplacées ne soient pas pillées, détruites, saisies ni occupées illégalement. Enfin, elles doivent définir les circonstances qui permettront à ces personnes de rentrer volontairement chez elles ou de se réinstaller dans une autre région du pays.

Les attaques contre la minorité religieuse copte en Égypte se sont intensifiées depuis la destitution de l’ancien président Mohamed Morsi en juillet 2013. Des églises et des maisons coptes ont été incendiées, des membres de la minorité copte ont été agressés physiquement, et leurs biens pillés. Le gouvernorat d’El Minya a été le théâtre de nombreuses violences contre la communauté chrétienne au cours de l’année passée.

Les gouvernements successifs ne se sont pas attaqués à la discrimination bien ancrée à l’égard des Coptes et à la multiplication des violences motivées par l’intolérance religieuse, et n’ont pas traduit en justice les responsables présumés de crimes intercommunautaires. Au lieu d’engager des poursuites contre les initiateurs de ces agissements, le gouvernement égyptien d’Abdel Fattah al Sissi continue de s’appuyer sur les réunions de conciliation, qui débouchent parfois sur l’expulsion forcée des chrétiens coptes de quartiers dans lesquels ils sont menacés.

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