Rome doit renoncer à fermer un site autorisé où vivent des Roms

Par Fernando Vasco Chironda, coordonnateur de campagne, section italienne d’Amnesty International

Le site de Tor de’ Cenci, aux abords de la capitale italienne, n’est pas le genre d’endroit où l’on aimerait que ses enfants grandissent, et les habitants sont les premiers à le reconnaître.

Un tas de détritus vous accueille à l’entrée et les maisons sont un assortiment bigarré d’abris fragiles, glacés l’hiver et étouffants l’été. Pourtant, depuis plus de 15 ans, plus de 350 Roms, principalement des ressortissants de Bosnie-Herzégovine et de Macédoine, vivent sur ce site. La semaine dernière, il a fait la une de la presse locale, non pas pour ses conditions de vie affreuses, ni pour les projets des autorités locales de déloger ses habitants, mais pour le concert qui y a été donné en vue de faire barrage à ce projet d’expulsion.

La municipalité de Rome souhaite fermer le site de Tor de’ Cenci et réinstaller les habitants sur un nouveau site, près de l’aéroport Ciampino, en procédant à une séparation ethnique. Néanmoins, elle n’a pas expliqué clairement les raisons de ce projet, ni respecté les garanties en la matière au moment de prendre sa décision et de choisir un autre site.

La semaine dernière, des militants d’Amnesty International et d’autres ONG se sont joints aux habitants de Tor de’ Cenci pour demander aux autorités locales de renoncer à fermer le site et d’opter pour une amélioration des conditions de logement sur place.

Ce rassemblement, baptisé « Io non sgombero » (« Je n’expulse pas »), fut une fête mêlant musique, culture et solidarité.

Pour la première fois dans l’histoire du site, des musiciens et des comédiens sont venus à Tor de’ Cenci et les enfants ont joué et chanté tout en profitant du spectacle.

Les artistes sont venus apporter leur soutien aux habitants et leur ont dédié leur représentation, un moment de solidarité durant lequel, tout au moins pendant une journée, les habitants de Tor de’ Cenci ont pu se sentir membres à part entière de la société italienne.

La scène trônait parmi des containers rouillés que les autorités locales avaient placés là il y a plus de 10 ans.

L’apparition de chacun des artistes, dont Moni Ovadia, Têtes de Bois, Militant A-Assalti Frontali, Ulderico Pesce, Dj Efrem de Borghetta Style et Ghetto Youth Spinaceto, fut saluée par de vifs applaudissements. Le groupe rom Cheja Celen a présenté des danses traditionnelles.

« Avec le soutien de tous ces gens, on se sent moins seuls dans notre combat contre l’expulsion et le déplacement, m’a confié Maryam, jeune femme rom originaire de Macédoine.

« Mais j’ai toujours peur pour notre avenir et celui de nos enfants. »

De nombreux habitants et visiteurs sont venus sur le stand d’Amnesty International pour en savoir plus sur les actions menées en vue de bloquer cette expulsion et y prendre part. Ils ont même fait la queue pour signer notre pétition au maire de Rome, Gianni Alemanno.

Notre fête à Tor de’ Cenci s’est terminée à minuit, avec les chants et les danses des Roms. À la fin, beaucoup auraient sans doute aimé que la soirée ne finisse pas, peut-être pour oublier, au moins encore pendant quelques heures, la menace de l’expulsion.

L’avenir des habitants est pétri d’incertitude. La fermeture annoncée de Tor de’ Cenci et la construction de La Barbuta, où ils sont supposés se réinstaller, s’inscrivent dans le cadre du « Projet nomades » de Rome, mis en place en vertu d’un état d’urgence déclaré par le gouvernement italien en 2008.

Nombre des habitants sont inquiets à l’idée d’aller vivre à La Barbuta.

Il est clair que ce déplacement ne va pas résoudre leurs problèmes de logement. Pas plus qu’il n’améliorera l’éducation de leurs enfants. Au contraire, il risque d’engendrer davantage de discrimination et d’exclusion.

Ce projet d’expulsion fait partie des nombreuses mesures « de fortune » mises au point par les autorités.

Elles vont sans doute entraîner une dégradation des conditions de vie des Roms en renforçant la ségrégation.

Néanmoins, « Io non sgombero » fut un authentique moment de solidarité. Nous demandons maintenant aux autorités de Rome de mettre au placard ce projet d’expulsion injuste et délétère.

Si elles prêtent l’oreille à notre requête, les peurs de Maryam pourraient enfin s’apaiser.

Comme l’a dit Asan, autre habitant de Tor de’ Cenci :

« Au bout de toutes ces années, notre seul espoir est qu’ils ne nous expulsent pas, parce que notre avenir et celui de nos enfants est ici. »

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