Communiqué de presse

Russie. Assassinat d’Anna Politkovskaïa : l’arrestation d’un suspect est un pas dans la bonne direction

L’arrestation d’un suspect dans l’affaire de l’assassinat, le 7 octobre 2006, de la journaliste et défenseure des droits humains Anna Politkovskaïa est un pas important vers la justice, a déclaré Amnesty International vendredi 3 juin 2011, au lendemain de l’annonce par la commission d’enquête russe de l’inculpation de Roustam Makhmoudov pour cet assassinat.

Annoncé depuis plusieurs années comme étant en fuite à l’étranger, cet homme a été arrêté le 31 mai 2011 en Tchétchénie. Lors d’un précédent procès en 2009, trois suspects, dont deux frères de Roustam Makhmoudov, avaient été acquittés faute de preuves des charges de complicité qui pesaient sur eux.

L’arrestation et l’inculpation de Roustam Makhmoudov sont une avancée importante dans la lutte contre l’impunité pour les crimes dont ont été victimes ceux qui se sont élevés contre les violations des droits humains en Tchétchénie et, plus généralement, dans le Caucase du Nord.

Une enquête efficace sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa serait un signe important prouvant que la Russie a la volonté et la capacité de combattre la violence contre les journalistes et les défenseurs des droits humains. Amnesty International exhorte les autorités russes à veiller à ce que Roustam Makhmoudov et ses complices présumés bénéficient d’un procès équitable conforme aux normes internationales.

Le 1er juin, dans une autre affaire, un tribunal de Vienne a condamné, aux termes de l’article 75 du Code pénal autrichien, trois hommes reconnus coupables d’avoir joué un rôle dans l’assassinat d’Oumar Israïlov, ressortissant tchétchène abattu à Vienne le 13 janvier 2009.

En outre, les jurés autrichiens ont reconnu à l’unanimité ces trois hommes – Otto Kaltenbrunner, Suleïman Dadaïev et Tourpal-Ali Echerkaïev – coupables d’avoir tenté de livrer Oumar Israïlov à une puissance étrangère (article 103 du Code pénal autrichien – c’était la première fois qu’une condamnation était prononcée au titre de cet article).

L’auteur des coups de feu qui ont tué Oumar Israïlov se cacherait en Russie, et plus précisément en république de Tchétchénie. Le tribunal autrichien a demandé au procureur général de Russie de l’aider à résoudre ce crime mais, selon les informations données à l’audience à Vienne, cette aide n’a pas été apportée.

D’après le secrétaire général de la section autrichienne d’Amnesty International, qui a assisté au procès en tant qu’observateur, le tribunal a pris connaissance de nombreux éléments de preuve et témoignages faisant état de l’implication dans cet assassinat de personnalités tchétchènes haut placées.

Il est profondément regrettable que les autorités russes n’aient pas aidé le tribunal autrichien à résoudre cette affaire.

Compte tenu des conclusions de ce procès, Amnesty International appelle les autorités russes à traduire en justice le meurtrier présumé et ceux qui ont organisé l’assassinat d’Oumar Israïlov depuis la Russie.

L’organisation espère également que l’arrestation de Roustam Makhmoudov n’est pas une mesure isolée, mais un signe de la volonté et de la capacité des autorités russes de combattre l’impunité et la criminalité dans le Caucase du Nord.

D’autres mesures doivent être prises pour prouver de manière convaincante l’existence d’une véritable volonté politique d’établir l’état de droit en Tchétchénie et dans le Caucase du Nord.

Complément d’information

Le 19 février 2009, les jurés d’un tribunal militaire de district de Moscou ont acquitté, faute de preuves, trois personnes soupçonnées de complicité dans l’assassinat de la journaliste et défenseure des droits humains Anna Politkovskaïa ; cependant, la Cour suprême de Russie a demandé un complément d’enquête. Deux de ces suspects sont des frères de l’homme qui vient d’être inculpé. Le troisième, ancien policier, est actuellement emprisonné pour concussion. La commission d’enquête russe continue de soupçonner ces trois hommes de complicité dans l’assassinat d’Anna Politkovskaïa.

Le 13 janvier 2009, Oumar Israïlov, ancien combattant armé puis garde du corps de Ramzan Kadyrov, a été abattu à Vienne, en Autriche, où il avait obtenu l’asile politique. Cet homme avait signalé aux autorités autrichiennes avoir fait l’objet de menaces. Il avait porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme contre la Russie et auprès des autorités autrichiennes contre le président de la république de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov. Il affirmait avoir été torturé et maltraité et avoir été contraint de torturer d’autres personnes.

Les trois hommes condamnés pour l’assassinat d’Oumar Israïlov avaient appelé à maintes reprises, avant et après cet assassinat, des numéros de téléphone appartenant semble-t-il à des personnes proches des autorités gouvernementales tchétchènes.

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