Russie, le Réseau LGBT russe est qualifié d’« extrémiste » tandis que la répression se durcit contre les droits des personnes LGBTI

Un tribunal de la deuxième plus grande ville de Russie a décidé de qualifier l’ONG Réseau LGBT russe d’« organisation extrémiste » et d’interdire ses activités sur tout le territoire national, ce qui ne fera qu’accentuer la marginalisation des personnes LGBTI et de leurs droits fondamentaux, a déclaré Amnesty International le 27 avril 2026.

Le tribunal municipal de Saint-Pétersbourg a prononcé son jugement à l’issue d’audiences à huis clos, ce qu’avait demandé le ministère de la Justice, dans les deux mois qui ont suivi des décisions similaires qualifiant d’« organisations extrémistes » quatre autres groupes LGBTI : Vykhod (« Coming out ») à Saint-Pétersbourg, le Centre de ressources LGBT d’Ekaterinbourg, le Centre communautaire de Moscou pour les initiatives LGBT+, l’association LGBTI Irida à Samara et Parni+, un projet médiatique orienté sur les thèmes LGBTI.

« Lorsqu’en novembre 2023, la Cour suprême a interdit le “ mouvement LGBTinternational “ – qui n’existe pas – en le qualifiant d’“ extrémiste ”, il était évident que les autorités ne s’arrêteraient pas là. La désignation du Réseau LGBT russe et d’autres organisations comme “ extrémistes ” est un maillon de la chaîne de persécutions et d’injustices qu’infligent les autorités russes aux personnes LGBTI, a déclaré Marie Struthers, directrice du programme Europe de l’Est et Asie centrale à Amnesty International.

Les autorités russes doivent cesser de détourner la législation de lutte contre l’extrémisme pour réprimer la communauté LGBT

« Depuis près de 20 ans, le Réseau LGBT russe rassemble des militant·e·s de tout le pays, apporte une aide d’urgence et mène des recherches essentielles sur la discrimination et la violence à l’encontre des personnes LGBTI. L’interdire est un coup dur prémédité porté aux personnes LGBTI et à leurs alliés. »

Les défenseur·e·s des droits, les militant·e·s et les bénévoles de la communauté LGBTI jouent un rôle essentiel en proposant un soutien juridique, psychologique et social, en recensant les violations et en évacuant les personnes en danger. Malgré leur action légitime en faveur des droits humains, un nombre croissant d’organisations sont arbitrairement désignées comme « extrémistes ».

« Les autorités russes doivent cesser de détourner la législation de lutte contre l’extrémisme pour réprimer la communauté LGBTI, mettre fin aux politiques homophobes et garantir aux personnes LGBTI les droits à la liberté d’expression, à la liberté d’association et à la non-discrimination, conformément au droit international relatif aux droits humains. Il faut abroger complètement les lois discriminatoires visant et criminalisant les personnes LGBTI et annuler les décisions judiciaires qualifiant le “ mouvement LGBT international ” et certaines associations d’“ extrémistes ” », a déclaré Marie Struthers.

De nouvelles représailles et mesures pour faire taire les personnes LGBTI

Depuis fin 2025, les autorités ont durci la répression à l’encontre des droits des personnes LGBTI par le biais de poursuites pénales, d’arrestations et d’amendes visant des individus, des rassemblements privés et des plateformes médiatiques.

Le 8 décembre 2025, un tribunal de Tcherkessk a condamné un habitant de la République de Karatchaïevo-Tcherkessie à deux ans et demi de prison pour avoir rejoint un groupe de discussion et publié des commentaires qui, selon les autorités, promeuvent des « relations sexuelles non traditionnelles ». Le 4 décembre 2025, un tribunal d’Oulianovsk a assigné à résidence trois habitants accusés d’« avoir organisé et participé aux activités d’une organisation extrémiste » au motif qu’ils étaient à l’initative de soirées privées sur le thème LGBTI et de spectacles de drag queens, entre janvier 2024 et décembre 2025.

En janvier 2026, l’artiste drag Alexandre Kniagine a fui la Russie après avoir été inscrit sur une liste fédérale de personnes recherchées à la suite d’une descente de police effectuée le 1er novembre 2025 dans un lieu accueillant un événement LGBTI à Kirov. Le 18 décembre 2025, Sasha (Alexandra) Kazantseva, intervenante en éducation sexuelle et militante LGBTI, a été condamnée par contumace à neuf ans d’emprisonnement pour, entre autres, diffusion de « fausses informations » sur les forces armées russes et participation présumée à un « mouvement LGBT extrémiste ».

À la fin de l’année 2025, au moins 23 procédures pénales avaient été engagées pour « extrémisme » en lien avec des activités LGBTI.

Le 23 mars, un tribunal de Tchita, en Sibérie orientale, a condamné Tatiana Zorina, une entrepreneuse de 23 ans, à quatre ans de colonie pénitentiaire pour avoir « organisé des activités d’une organisation extrémiste » dans une discothèque dont elle était copropriétaire.

Les autorités ont également recours à de lourdes amendes pour réprimer le soutien aux
droits des personnes LGBT. Le 2 février, trois plaintes pour « propagande LGBT » présumée ont été déposées contre Evgueni Pisemski, fondateur du projet médiatique interdit Parni+ et de l’ONG Phoenix Plus, auparavant qualifiée d’« agent de l’étranger » qui avait ensuite choisi de se dissoudre. Ce même mois, le journaliste Vadim Vaganov a été condamné à une amende de 100 000 roubles (1 135 euros) pour « propagande LGBT » – sa troisième amende de ce type – et a rapidement fait l’objet d’une quatrième procédure administrative. Les 18 et 25 février, le journaliste Iaroslav Raspoutine a écopé de deux amendes distinctes de 200 000 roubles (2 270 euros) pour des publications sur les réseaux sociaux.

Le 16 avril, un tribunal de Saratov a condamné l’agence de presse Saratov Business Consulting à une amende de 500 000 roubles (5 680 euros) pour avoir publié une critique de la série télévisée Heated Rivalry qui, selon les autorités, fait de la « propagande LGBT ».

« Outre les poursuites pénales et les amendes administratives, nous assistons à une exclusion systématique des personnes LGBTI de la vie publique, notamment par le biais de la censure et de mesures visant les institutions culturelles, les éditeurs, les librairies, les plateformes de streaming et les espaces en ligne », a déclaré Marie Struthers.

Le 2 février 2026, un tribunal de Moscou a condamné un haut responsable du service de streaming Wink à une amende de 200 000 roubles (2 270 euros) pour avoir permis l’accès à des films traitant de thèmes LGBTI. Le 11 février, de grandes plateformes – Kinopoisk, Ivi et Wink – ont été condamnées à des amendes comprises entre 3 et 3,5 millions de roubles (34 000 à 39 800 euros) pour la même « infraction ». Le 20 avril, un tribunal a condamné la plateforme de jeux vidéos Roblox à une amende de 8 millions de roubles (90 000 euros).

Le 30 janvier 2026, la maison d’édition féministe No Kidding Press, qui avait cessé ses activités, a été condamnée à une amende de 800 000 roubles (90 800 euros) pour avoir publié et distribué la bande dessinéee L’Origine du monde, de l’auteure suédoise Liv Strömquist. Le même mois, des poursuites ont été engagées contre la chaîne de librairies Chitai-gorod – Bukvoed pour avoir commercialisé différents ouvrages, dont le roman de science-fiction d’Ursula Le Guin, La Main gauche de la nuit. Auparavant, le 26 novembre 2025, le roman de Stephen King Ça avait été retiré de la vente à la suite de plaintes invoquant une « propagande LGBT ».

Le 21 avril 2026, les forces de l’ordre ont interpellé le directeur de la maison d’édition Eksmo, Evgueni Kapiev, ainsi que plusieurs employé·e·s, dans le cadre d’une plainte pour « extrémisme » visant Popcorn Books, une maison d’édition spécialisée dans la littérature sur la thématique LGBTI. Ils ont ensuite été remis en liberté après avoir été interrogés en tant que témoins dans le cadre de cette affaire pénale.

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