SERBIE-MONTÉNÉGRO (KOSOVO/KOSOVA) : Les membres des minorités, prisonniers dans leur propre maison

Index AI : EUR 70/014/2003

Presque quatre ans après la fin de la guerre au Kosovo, les membres des communautés minoritaires encourent toujours le risque d’être agressés ou tués pour des motifs d’ordre ethnique, affirme Amnesty International dans le rapport qu’elle publie ce mardi 29 avril, sous le titre « Prisonniers dans nos propres maisons » : les préoccupations d’Amnesty International concernant les droits humains des minorités au Kosovo/Kosova[i].

Ce rapport met en évidence le fait que les minorités au Kosovo se voient refuser des réparations concrètes pour des actes ou des menaces de violence portant atteinte à leur intégrité physique et mentale. L’impunité qui prévaut pour de telles violations des droits humains les prive véritablement de leur liberté de mouvement et entrave l’exercice de leurs droits fondamentaux - en particulier leur droit à l’emploi, à la santé et à l’éducation.

« Tant que ces droits ne seront pas garantis, les membres de minorités qui se sont réfugiés à l’étranger ou ont été déplacés vers d’autres régions de la Serbie-Monténégro ne seront pas en mesure de revenir chez eux, a indiqué Amnesty International.

« Au moment où l’on débat de l’avenir de l’Irak, la communauté internationale doit retenir les leçons du passé et veiller à ce que des mesures soient mises en place afin de protéger les droits humains des groupes vulnérables, mais aussi de garantir que, dès le départ, les auteurs de violations des droits humains ne bénéficient pas de l’impunité. »

D’autre part, le rapport d’Amnesty International rend compte du fait que les autorités internationales au Kosovo n’étaient pas préparées à faire face à des atteintes aux droits humains des minorités d’une telle ampleur, perpétrées dans le sillage du rapide retour de la communauté albanaise. Bien que le nombre d’attaques violentes à l’égard des minorités ait fortement décliné en regard des mois qui ont immédiatement suivi la fin du conflit en juillet 1999, ces agressions se poursuivent.

Par ailleurs, devant l’absence de résolution de l’immense majorité des crimes à caractère ethnique, la population se trouve confortée dans son sentiment que les coupables demeurent libres de commettre de nouvelles agressions, ce qui entretient un climat de peur. L’impunité, tant pour les violations passées que présentes, dénie aux minorités qui vivent au Kosovo les droits reconnus à la personne humaine par la législation nationale et les normes internationales applicables au Kosovo.

Dans le cadre d’une affaire, Amnesty International s’est entretenue avec deux jeunes femmes serbes et leur grand-mère, qui habitent le centre de Prizren. La KFOR (Force internationale de paix au Kosovo) avait entouré leur maison d’une clôture surmontée de fil barbelé. Après qu’un inconnu se fut introduit chez elles par le toit, des soldats de la KFOR se sont installés dans la maison et vont même faire les courses pour ces femmes, afin de les protéger de toute agression.

« Au Kosovo, l’intimidation que doivent subir au quotidien les Serbes, Musulmans, Goranis, Rom, Askhalis et "Égyptiens ", porte atteinte à leur liberté de mouvement. La crainte de se déplacer en dehors des enclaves mono-ethniques concourt à un sentiment d’emprisonnement et d’exclusion et prive les minorités des droits et services élémentaires, tels que le logement, l’éducation et les soins médicaux », a expliqué l’organisation de défense des droits humains.

En outre, son rapport souligne que les membres des minorités sont confrontés à la discrimination dans l’exercice de leurs droits sociaux et économiques, notamment le droit à la santé, à l’éducation et à l’emploi.

« L’impossibilité de bénéficier de soins médicaux appropriés a, selon certaines informations, engendré une hausse du taux de mortalité et du nombre de personnes malades au sein de plusieurs communautés minoritaires, a déclaré Amnesty International.

« Dans certains endroits, les membres des minorités ne peuvent pas se procurer les médicaments de base - certaines ambulanta (dispensaires) ne disposent même pas d’aspirine. »

En cas d’urgence, les patients doivent appeler la KFOR ou se rendre à un poste de contrôle de la KFOR pour attendre une escorte qui les conduira jusqu’à l’hôpital, mais le temps perdu peut s’avérer fatal.

« La sécurité constitue l’obstacle majeur pour que les enfants des minorités puissent jouir de leur droit à l’éducation », a ajouté Amnesty International.

Au sein des enclaves, il est extrêmement difficile de recruter des enseignants qualifiés. Pour les enfants qui vivent hors de ces enclaves, aller à l’école équivaut souvent à marcher plusieurs kilomètres, sous bonne escorte de la KFOR. Les vingt enfants d’une petite communauté serbe de Pristina/Prishtinë doivent parcourir chaque jour huit kilomètres, escortés par la KFOR, jusqu’à une école primaire de Llapje Selo/Llaplasellë. Un véhicule blindé de transport de troupes de la KFOR passe chercher une enseignante de l’école primaire de Prizren chez elle tous les lundis, la conduit au village où elle enseigne, puis la ramène chez elle le vendredi.

En matière d’emploi, la discrimination est flagrante : selon des estimations, près de 90 p. cent des Serbes et des Roms sont officiellement sans emploi - les Serbes en particulier ont été collectivement renvoyés en juin 1999 des postes qu’ils occupaient dans les entreprises publiques ou la fonction publique.

Au titre de la résolution 1244/99 du Conseil de sécurité des Nations unies, il incombe à la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) de défendre et promouvoir les droits humains. Amnesty International exhorte la MINUK et le gouvernement autonome provisoire au Kosovo à s’attaquer sérieusement à la question de l’impunité et à prendre des mesures pour garantir les droits des minorités résidant déjà au Kosovo. C’est une condition sine qua non pour que les membres des minorités qui se sont réfugiés à l’étranger ou ont été déplacés en Serbie-Monténégro puissent exercer leur droit de rentrer au Kosovo dans la dignité et en toute sécurité.

« Tant que la viabilité du retour repose sur la présence de la KFOR, Amnesty International engage instamment la communauté internationale à veiller à ce qu’aucun membre d’une minorité ne soit renvoyé de force au Kosovo », a conclu l’organisation de défense des droits humains.

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