Communiqué de presse

Soudan. Des images satellite de bombardements aveugles font craindre un crime de guerre dans le Kordofan du Sud

Des attaques contre des zones civiles, notamment des bombardements aériens aveugles attribués aux forces gouvernementales soudanaises, sont la cause de destructions croissantes dans le Kordofan du Sud et sont susceptibles de constituer un crime de guerre, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse rendue publique mercredi 25 juin.

Le conflit armé, qui a commencé il y a trois ans, s’est intensifié après le lancement d’une nouvelle opération militaire par les forces armées soudanaises le 14 avril. Des images satellite obtenues par Amnesty International pendant cette période apportent de nouvelles preuve de ces frappes aériennes aveugles et correspondent aux informations selon lesquelles des logements, des marchés, des hôpitaux et des écoles ont été bombardés.

« Les éléments figurant sur ces images, qui ont été prises sur une longue période au cours du mois de mai, semblent confirmer les nombreuses allégations d’attaques contre des zones civiles, ce qui non seulement porte clairement atteinte au droit international humanitaire, mais pourrait en outre constituer un crime de guerre  », a déclaré Michelle Kagari, directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l’Est à Amnesty International.

L’intensification récente des combats entre les forces armées soudanaises et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-Nord) s’accompagne de bombardements aériens soutenus de la part des forces gouvernementales dans des zones civiles, notamment dans les comtés d’Heiban Um Dorein et de Delami.

Ces attaques aériennes utilisent souvent des armes non guidées, telles que des barils d’explosifs qui sont roulés manuellement hors d’aéronefs, et des bombes freinées par parachute larguées depuis des aéronefs à haute altitude, qui causent d’importants dégâts dans les zones civiles.

Entre les 15 et 22 mai, des observateurs des droits humains ont recueilli des informations sur plus de 200 bombes tombées sur Tangal, dans le comté d’Um Dorein. Les 26 et 28 mai, 33 bombes auraient été larguées sur Kauda, une ville où l’armée n’est semble-t-il pas présente, détruisant des logements et d’autres bâtiments, notamment le bureau d’une organisation non gouvernementale locale.

L’analyse d’images satellite de Kauda, prises entre les 20 et 31 mai, montrent des cratères et des marques laissées par le feu mesurant jusqu’à 20 mètres de diamètre. Dans la zone la plus densément peuplée du sud de Kauda, 17 cratères de ce type ont été causés au cours des 11 jours durant lesquels les observateurs étaient présents.

La période allant de mai à août est la principale saison de plantation dans le Kordofan du Sud. En intensifiant les attaques pendant ces mois-là et durant les récoltes, les forces armées compromettent la capacité de la population à cultiver ses champs. Cela ne fait qu’amplifier une situation d’insécurité alimentaire déjà grave. Ces trois dernières années, Amnesty International a observé que les attaques se faisaient plus fréquentes pendant ces mois-là. Le gouvernement soudanais continue à bloquer l’aide humanitaire destinée aux civils vivant dans les zones contrôlées par les rebelles, plongeant ces populations dans une situation extrêmement précaire.

« Après trois ans de conflit, les habitants du Kordofan du Sud, déjà fortement exposés à la faim et à la maladie, sont désormais confrontés à l’imminence d’une catastrophe humanitaire », a déclaré Michelle Kagari.

Amnesty International exhorte le gouvernement soudanais à mettre immédiatement fin aux attaques sans discernement au sol et aux bombardements aériens aveugles dans les zones civiles, et à accorder de toute urgence un droit de passage aux organisations humanitaires.

« Le monde regarde passivement ce conflit prendre de l’ampleur. Le temps est venu pour la communauté internationale de veiller à ce que le gouvernement soudanais mette fin à ses attaques menées sans discrimination contre les zones civiles, qui causent d’immenses souffrances.  »

Complément d’information

Le 14 avril 2014, le gouvernement soudanais a publiquement donné le coup d’envoi de son opération militaire « Été décisif », qui vise à « éradiquer la rébellion dans le Kordofan du Sud, le Nil bleu et le Darfour », notamment par le biais du déploiement des Forces rapides de soutien en renfort des forces armées soudanaises.

Ne pas faire la distinction entre civils et combattants est une violation d’un principe fondamental du droit international humanitaire. Mener intentionnellement des attaques directes contre des civils ou des biens à caractère civil est un crime de guerre.

Selon le MPLS-Nord, 90 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du Kordofan du Sud en mai, en plus des 800 000 personnes qui auraient été déplacées ou autrement affectées par le conflit dans les zones contrôlées par le MPLS-Nord depuis le début du conflit.

Amnesty International estime que les affrontements ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés parmi les civils ces trois dernières années.

Amnesty International exhorte le gouvernement soudanais à :

Faire cesser immédiatement toutes les violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains dans les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, notamment les frappes aériennes aveugles touchant les zones civiles, et les attaques délibérées contre des civils et des biens de caractère civil ;

Prendre toutes les précautions possibles lors des attaques afin de protéger les civils, notamment en les prévenant de l’imminence des attaques visant des cibles militaires ;

Accorder aux agences des Nations unies et aux organisations humanitaires internationales un accès immédiat et sans entrave à toutes les zones du Nil Bleu et du Kordofan du Sud pour qu’elles puissent apporter l’assistance d’urgence requise par les civils touchés par le conflit - nourriture, abris et soins médicaux, entre autres ;

Ouvrir sans délai de véritables enquêtes impartiales sur toutes les violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains, et traduire devant des tribunaux civils ordinaires les personnes soupçonnées d’avoir commis des actes criminels, pour qu’elles soient jugées dans le cadre de procès équitables excluant la peine de mort.

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